Les + :

– Une tentative de voir d’autres aspects du Batman (détective, héros)

– Un visuel léché

– Des personnages bien campés

 

Les- :

– Une deuxième heure ratée

– Des ressorts scénaristiques trop voyants

– Des pistes mal exploitées ou inexploitées

Le jour d’Halloween, le maire de Gotham City est assassiné. La police est dans l’impasse et Batman, vigilante violent, se mêle de l’enquête. Aidé du Lieutenant Gordon, Batman va tenter d’élucider les énigmes sanglantes laissées par le tueur.

Après Tim Burton, Joël Schumacher, Christopher Nolan et Zack Snyder, c’est à Matt Reeves (Let me in, la Planète des Singes) de nous proposer sa vision de Batman. Au programme, nous allons découvrir le Bat-détective plongé dans un Gotham crépusculaire. Si le film a des qualités, il peine toutefois à convaincre sur la durée.

À partir de là, le critique contient des spoilers du film

Gotham, le jour d’Halloween. Un voyeur observe un appartement. Quelques minutes plus tard, il pénètre dans le logement et assassine son occupant. En parallèle, dans le tramway, un groupe de jeunes loubards en mode Kiss s’attaque à un homme isolé. La bastonnade est stoppée par l’apparition d’un homme masqué en armure, qui met brutalement le groupe en déroute.

Deux séquences, deux introductions, deux ambiances, Matt Reeves soigne l’entrée du spectateur dans son univers.  Images léchées, des idées visuelles (le point de vue du futur meurtrier) ou sonores (le pas lourd du Batman qui devance son apparition, forme de menace aveugle), il attaque son film avec minutie. Cette introduction lance une première heure bien menée qui sera rythmée par le jeu de pistes du Riddler, méchant psychotique en chef de cet opus.

Ce jeu de massacre est intéressant parce qu’il nous plonge dans Gotham, ville corrompue où les malheurs se multiplient. Son Gotham est marqué par l’influence de David Fincher, que le réalisateur cite ouvertement comme modèle. Si l’on pense forcément à Se7en, Zodiac semble l’avoir beaucoup marqué. On a vu pire comme référence et ce ne serait pas la première fois qu’ une franchise s’inspire de glorieuses références (cf les Bond et leur propension à suivre les modes, le Batman de Burton influencé par la Hammer ou celui de Nolan par le réalisme de Michael Mann). Cette première partie offre à Reeves le terrain pour développer le duo Batman/Gordon qui enquête, introduire une galerie de personnages classiques (Selina Kyle, le Pingouin, Carmine Falcone) et initier plein de pistes intéressantes sur la perception du Batman par la ville, ou le lien esquissé entre le jeune garçon qui a perdu son père et Bruce Wayne, l’orphelin traumatisé le plus connu de Gotham City.

L’histoire connait un premier pic lors de la séquence réussie de l’église, pleine de tension et de fatalité. Le jeu sanglant du Riddler se révèle retors et efficace. Dommage que le film ne continue pas sur cette voie.

En effet, The Batman s’attaque ensuite à la sous intrigue du Rat, cet informateur qui aurait permis de faire tomber le parrain de la pègre Salvatore Maroni. À partir de là, le scénario s’éparpille, multiplie les fausses pistes et se dilue. Il perd complètement de vue l’intrigue principale, ce qui brise le rythme. Cette introduction de faux suspenses en devient contre-productive. Un exemple parmi d’autres : Thomas Wayne. Le père de Bruce est présenté au début du film comme l’ange bienfaiteur de Gotham, comme d’habitude. Puis Carmine Falcone révèle à Bruce que son père était en cheville avec lui et qu’il lui a demandé de tuer un journaliste. Tiens, se dit-on, la vision de Thomas pourrait changer du canevas habituel et se rapprocher de Joker. Le film lance là-dessus des pistes sur Martha, la mère de Bruce (née Arkham, tiens, tiens, avec des problèmes mentaux). Et puis le scénario nous abandonne à cet endroit, sans rien creuser et en re-faisant de Thomas un ange.

Il y a plusieurs faux retournements à cette étape du film, ce qui devient lassant. The Batman pourrait se rattraper avec des scènes fortes, mais là aussi, il devient inégal. Si la séquence de l’orphelinat est parfaite, la poursuite de la Batmobile est ratée. Le montage serré nuit à la lisibilité et la séquence n’est pas du tout à la hauteur de son introduction, qui fait brillamment monter la sauce sur l’arrivée du véhicule et les raisons de poursuivre le Pingouin. Rageant.

Le film change une dernière fois d’orientation dans sa dernière ligne droite. Quelqu’un au sein de l’équipe de production s’est alors dit : les gars, c’est un Batman !  Faut revenir à l’essentiel. Le récit rebondit enfin sur la découverte du plan du Riddler et des origines de Catwoman.

La scène du café, avec un cadrage façon Edward Hooper et le plan final sur la tasse pleine rend tout son relief au film. Le temps du cache-cache est terminé, place à la confrontation. D’abord celle d’ordre psychologique entre l’homme-Mystère et Batman dans la cellule, qui rappellera forcément The Dark Knight. Puis celle physique avec la troupe de méchants. Si ce dernier acte est balisé, il essaie tout  de même se différencier un peu : il évoque le complotisme dans l’air du temps, ou l’aspect Batman = héros qui est assez neuf à l’écran. On a l’habitude de le voir se battre ou se sacrifier pour le bien commun, moins pour sauver quelques individus. Ce dernier aspect apporte une touche bienvenue d’humanisation du personnage.

Dans ce rôle du Caped Crusader, Robert Pattinson est convaincant. On le voit très peu en Bruce Wayne, aussi doit-il jouer l’encapé différemment. Il parvient tour à tour à se montrer glaçant ou enragé. Bonne pioche pour le rôle principal.

Face à lui, le Riddler est interprété par un excellent Paul Dano. L’acteur est lui aussi très peu sans son costume, il doit jouer beaucoup de son corps, de ses intonations et de ses yeux pour incarner le méchant. Il excelle dans son duel à distance au moment de la séquence de l’église et se dévoile dans le dernier tiers, où il joue le frapadingue avec délectation.

Le reste du casting est à l’avenant, notamment Zoé Kravitz en Selina, Jeffrey Wright en Gordon, ou un Colin Farrell qui se fond dans son rôle de Pingouin en restant méconnaissable. La seule erreur de casting à mon sens est le choix d’Andy Serkis en Alfred : il le rend antipathique et froid comme son trafiquant d’armes chez Marvel, ce qui ne correspond pas du tout au rôle.

Matt Reeves a donc bien mené sa barque. Techniquement, le film a de beaux plans, dommage que certains choix soient contestables (répétitions du plan sur le phare d’un véhicule qui stationne, manque de plans larges pendant les poursuites, des scènes inutilement très sombres) qui nuisent un peu à la lisibilité et au rythme.

Son binôme avec Michael Giacchino fait à nouveau des étincelles (pour ceux qui en doutent, cf ce morceau ou celui-ci). Le compositeur a écrit trois thèmes forts. Celui de Selina est classique et agréable, là où le thème du Riddler est une variation inquiétante de l’Ave Maria qui a un sens dans le film. “The Batman theme” se découpe en deux segments : d’un côté, celui de Vengeance, martèlement de cuivres facile à retenir et ultra présent à l’écran ; de l’autre, le thème de l’espoir qui apporte un peu de lumière à une partition sombre et qui magnifie la scène finale, transcendant les images du réalisateur. Du bel ouvrage.

CONCLUSION

The Batman n’est pas une réussite totale ou une purge, mais c’est un film moyen. Il souffre d’une deuxième heure très faible où les choix du réalisateur et scénariste font flop. Mais l’ensemble reste un bon exercice de style sur un personnage déjà très exploité à l’écran, pour lequel Matt Reeves arrive à l’essentiel : éviter la redite et renouveler l’approche du Batman.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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