Les + :

– Un vrai talent visuel

– Des séquences très réussies

– Un projet ambitieux…

 

Les – :

– …Que Snyder peine parfois à tenir

– Un scénario inégal

– Des erreurs de casting

Alors que Superman affronte le général Zod, détruisant une bonne partie de Metropolis, Bruce Wayne tente désespérément de sauver les employés de sa société pris dans les scènes d’apocalypse provoquées par les Kryptoniens. Il décide d’utiliser son alter ego, Batman, pour trouver une solution afin d’arrêter celui qu’il considère comme un danger. Car Superman devient plus en plus l’égal d’un dieu pour les populations, et d’autres veulent le faire tomber de son piédestal…

Avant Justice League : the Snyder cut, un autre film du réalisateur avait subi les ciseaux des exécutifs de la Warner : il s’agit de Batman vs Superman. Amputé d’une grosse demi-heure, le film d’origine avait reçu des critiques controversées. Cette nouvelle version de 3 heures, qui a la lourde tâche d’introduire la Justice League, remplit-elle tous les objectifs ambitieux que Zack Snyder s’est fixés ?

Le chantier est en tout cas énorme : le film doit à la fois introduire Batman, poursuivre l’histoire débutée dans Man of Steel et lancer de nombreuses pistes pour l’opus suivant. Il y parvient avec des fortunes diverses.

La partie Batman est assez efficace dans son introduction. Les passages obligés sont bien traités, à l’image de l’assassinat du couple Wayne, puissant et lyrique avec un thème percutant de Hans Zimmer. Mais rapidement se présentent divers problèmes liés à l’absence d’un film uniquement centrée sur la chauve-souris. D’abord, de nombreux éléments sortent de nulle part et ne sont jamais justifiés, ce qui crée une impression brouillonne (le sort du manoir Wayne, la prescience de Bruce).

Ensuite, le casting lui-même pose question. On se souvient du tollé à l’annonce du choix de Ben Affleck dans le rôle de Batman. Assez peu crédible en ex-dandy bad ass, il fait ce qu’il peut, mais manque toujours à mon sens de charisme pour incarner le personnage. Il ne suffit pas de faire de la gonflette pour incarner Batman et la comparaison avec Christian Bale lui fait très mal. A cela s’ajoute le choix étrange de Jeremy Irons en Alfred. Ce n’est pas de sa faute, mais Irons a souvent émergé dans les rôles de méchant et le rôle ironique donné ici au majordome ne colle pas au côté moralisateur du personnage. Comme son comportement n’est jamais justifié, il y a là aussi un sentiment de brouillon non finalisé.

Enfin, la motivation même de Wayne perd vite en crédibilité. Si Snyder réalise une chouette progression narrative de son envie d’en découdre, il échoue totalement à rendre acceptable la fin du conflit qui oppose les deux personnages titres. Cette version ultime ne sauve pas la raison qui pousse Batman à s’entendre finalement avec Superman : ce dernier n’est sauvé que parce que sa mère porte le même prénom que celle de Bruce ! C’est toujours aussi risible.

Il n’empêche que Snyder réussit souvent à mythifier le Caped Crusader. Batman profite de la meilleure scène d’action du film (la violente libération de Martha), la scène de Batmobile est très bien menée, bref tout ce qui le concerne a été traité avec soin, ce qui compense en partie les problèmes qui se présentent.

A contrario, la poursuite de l’histoire de Man of Steel est la vraie réussite du film. L’univers bien posé dans l’opus précédent continue à être intelligemment exploité.

L’intrigue autour de Lois Lane bénéficie d’une vraie progression qui structure le récit. Son enquête sur les activités des mercenaires donne un cap et le scénario creuse cette question, amenant peu à peu le spectateur à comprendre les enjeux derrière le plan du grand méchant, Lex Luthor (Jesse Eisenberg en mode Heath Ledger tout du long). C’est finement fait et Amy Adams se montre toujours aussi convaincante dans le rôle.

Quant à Superman lui-même, le film nous interroge sur la place d’un tel surhomme parmi nous. Le propos n’est pas finaud, mais donne lieu à une réelle prise de recul entre espoir (les scènes de sauvetage très bien faites), déification (plan majestueux où, pendant la fête du Jour des Morts, Sup’ sauve un enfant et redescend dans la foule qui tend les mains vers lui) et critiques acerbes d’un statut hors-normes (les journaux télévisés, la commission sénatoriale). Une bonne partie passe par l’image, démontrant tout le talent de Snyder pour iconiser son personnage. La question est également creusée par le Knightmare, cette séquence très mal introduite où Bruce Wayne rêve de/pressent ce que pourrait devenir le monde si Superman décidait de l’asservir.

Henry Cavill est très crédible dans le rôle et je ne comprends pas toutes les critiques qu’il a essuyées. Sa présence physique correspond tout à fait et les passages en Clark Kent sont très réussis (à l’image de la scène avec papa Kent dans la montagne). Paradoxalement, alors que je préfère le personnage de Batman, c’est bien Superman qui tire son épingle du jeu dans ce film.

Le dernier gros morceau auquel s’attaque le réalisateur est cette fameuse Aube de la Justice (League). La présentation des méta-humains par quelques séquences est bien trouvée, leur découverte faisant sens dans la tentative de comprendre le plan de Luthor. Il est dommage que tout ne soit pas intelligible par le quidam : l’apparition surprise de Flash nécessitera une vraie explication dans Justice League, car en l’état, seul un fan peut la comprendre.

L’introduction de Wonder Woman est très bien menée également. Gal Gadot a elle aussi subi de nombreuses critiques, qu’elle a fait taire à travers ses diverses apparitions. Sa première fois en costume, soutenue par le thème au violon électrique d’Hans Zimmer, est un grand moment. Cette version longue lui permet de ne pas tomber comme un cheveu dans la soupe, même si le récit a tendance à l’oublier pendant un gros tiers.

La narration de Batman vs Superman garde cette dichotomie en deux parties entrevue dans Man of Steel : après une première partie calme qui développe les motivations et l’intrigue, on bascule dans l’action débridée. C’est ici moins « tarte à la crème » que Man of Steel, les destructions semblant moins longues et automatiques. Zack Snyder est à l’aise et la narration alternée est intéressante. Techniquement, il impose sa patte. Le film ne changera pas le point de vue très polarisé à son sujet : soit on aime, soit on déteste.

Techniquement, il faut donc apprécier les ralentis, l’image délavée, la photographie assez sombre et l’iconisation à outrance. Ce dernier point colle très bien au propos du film : comment doit-on considérer ces dieux parmi les hommes ? Par exemple, la musique d’Hans Zimmer et Junkie XL va totalement dans ce sens en sortant la chorale massive dès les premières secondes, mettant en scène des héros mythiques en train de se battre. Il y a donc un réel point de vue, auquel il faut accrocher pour ne pas trouver le temps très long.

CONCLUSION

Il y a du bon et du moins bon dans Batman vs Superman : l’aube de la Justice. C’est un film moins facile que d’autres films de super-héros car il cherche constamment à trancher, par ses choix scénaristiques ou techniques, là où d’autres veulent un consensus. Zack Snyder fait le job, à condition d’adhérer à son style. Tout n’est pas parfait, loin de là, mais il reste une proposition à part dans un paysage héroïque qui reste malheureusement très standardisé.

L’échec relatif du film original au cinéma ou la campagne actuelle du #RestoreTheSnyderVerse laissent songeur sur ce qu’attend le public et les fans de DC. A l’heure des choix, la Warner n’a pas assumé les différentes décisions prises (en témoigne la sortie de la Justice League version Snyder, fait tout de même assez rare) et se retrouve maintenant face à un univers en jachère. C’est dommage, car si ce film fait bien une chose, c’est qu’il laisse deviner de nombreuses portes exploitables à l’avenir. Il faudra voir si la Justice League version Snyder permet de les exploiter.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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