Entretien avec Eliott, batteur de Stengah

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux
tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Stengah ?

Bonjour et merci également, je suis Eliott, j’ai beaucoup de casquettes dans le groupe. Je suis avant tout batteur, mais c’est également moi qui mène le projet dans sa dimension artistique, la composition musicale, les textes, ainsi que l’écriture des clips et des concepts visuels.

D’où vient le nom du groupe ?

Pour nous c’est avant tout un son. Un mot percutant avec une sonorité massive et intrigante. Il a une résonance qui change selon notre humeur et qui va raconter autre chose à chaque fois, à l’image de notre musique, ce qui nous a confortés dans notre choix. C’est aussi un titre connu du groupe Meshuggah, et même s’il arrive parfois que le public soit induit en erreur dans son premier avis, les gens se rendent vite compte que le lien s’arrête là, et que nous explorons un univers bien à nous, avec tout un tas d’influences plus surprenantes.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

J’ai baigné dans le Rock Prog à la King Crimson, Genesis et Magma en même temps que des groupes des années 90 comme Deftones, Korn, Dream Theater ou Slipknot. J’ai commencé la batterie au sein d’un groupe de Jazz, tout en m’amusant à reproduire les plans de blasts et de double-pédales que j’entendais dans le black ou le death metal. J’ai évolué toute ma vie en laissant cohabiter tous ces styles et restant toujours très curieux. Je pense que ça se ressent beaucoup aujourd’hui dans la musique de Stengah et dans mon jeu de batterie.

Soma Sema est le nouvel album du groupe, le premier. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui écrit la musique et qui se penche sur les paroles ?

Effectivement, c’est notre premier album, celui qui définit le point de départ de notre identité artistique. Il y avait donc un double challenge, celui de trouver les bons arrangements, et celui de trouver cette fameuse identité. Nous avons pris le temps d’enregistrer chaque instrument méthodiquement en privilégiant le côté unis plus que l’acharnement à trop vouloir coller au métronome qui peut parfois gâcher le feeling. Le mixage a demandé la même méthode, pour obtenir cette puissance du métal moderne tout en conservant un aspect très organique. Je voulais qu’on ressente le musicien derrière son instrument. Il y a un côté très sincère dans la production de ce disque. Nous qui avons un discours très prononcé sur l’imaginaire et la connexion entre l’esprit et la matière, il était important que ce soit retranscrit dans notre musique.

D’où est venu ce titre étrange pour l’album ?

Soma Sema c’est une astuce grecque qui emprunte à la philosophie de Platon. Elle suggère l’idée que l’esprit soit prisonnier de son propre corps. Il y a une notion de dualité entre les deux que je trouve intéressante, comme si l’un et l’autre pouvaient tout à coup se dissocier et converser. Ça rejoint la thématique de cet album qui parle globalement de cette dualité entre ce que l’on projette de nous même vers les autres et ce que l’on est plus précisément à l’intérieur. C’est l’équilibre fragile d’une vie qui est exploré à travers des questionnements existentiels et l’observation du monde. On laisse aussi une grande place à l’onirisme, puisque tout ce qui est évoqué dans cet album se place dans un entre-deux, entre le monde rêvé et le monde réel.

Où trouves-tu l’inspiration quand il s’agit d’écrire de la musique ?

Un peu partout. L’inspiration c’est souvent quelque chose d’inattendu qui peut émerger de tout et n’importe quoi tant qu’on reste toujours prêt à la saisir pour en faire quelque chose. Ce sont souvent des éléments qui viennent faire écho à un souvenir très personnel et qui donnent un vrai point de départ à l’écriture, avant de créer des connexions avec d’autres sensations, d’autres couleurs… En général je me laisse surprendre et je découvre moi même le résultat à la fin comme s’ il s’était créé de lui-même.

Quelle est ta piste préférée de cet album, et pourquoi ?

Ma piste préférée est Blank Masses Inheritance. Ce n’est peut être pas le morceau qui représente le plus le groupe, je trouve même qu’il est un peu à part dans notre répertoire, mais il est comme un enseignement à chaque fois qu’on le joue. Il a une progression énorme dans son intensité et nous laisse tous les 5 à bout de souffle avant ce moment très atmosphérique de méditation qui vient achever le morceau. C’est un morceau qui appelle à la résilience aussi bien dans le texte et le chant qui font presque office de guides et la musique qui crée des ruptures énormes entre des émotions fortes. À titre personnel c’est un moment clé quand on le joue en live.

Comment s’est déroulé le travail sur l’artwork de l’album ?

On l’a pensé comme un onzième morceau de l’album, avec cette même approche autour de la matière et des couleurs. On peut voir des images lorsqu’on écoute de la musique et je pense que ça fonctionne dans les deux sens. On y retrouve beaucoup d’éléments énigmatiques qui font écho aux différents morceaux de l’album, à commencer par ce masque brisé qui raconte à lui tout seul le morceau Swoon par exemple, ou encore les petits personnages qui s’évadent que l’on retrouve dans le clip de He and the Sea…

Qu’y a-t-il de prévu niveau clip pour soutenir cette nouveauté ? Des vidéos sont déjà sorties mais d’autres choses sont-elles en production ?

Nous avons sorti 3 clips dont deux avec une extension live. C’était un outil très important pour promouvoir l’album avant sa sortie à défaut de jouer sur scène. C’était une façon indispensable d’exister sur les médias, pour nous présenter également à travers des visuels marquants. Maintenant que l’album est sorti nous passons sur la version live, à la rencontre directe avec le public. C’est passionnant.

N’est-ce pas trop compliqué de se mettre en scène devant la caméra lorsque l’on est musicien ?

Nous ne jouons pas la comédie dans ces vidéos, nous y sommes présents en tant que musiciens, donc il suffisait tout simplement de rester nous même et de nous donner à 100% sur l’interprétation de nos morceaux durant les tournages. Ça s’est fait de manière assez naturelle et nous avons logiquement confié le travail de comédiens aux comédiens!

Quand est-ce que l’on pourra découvrir Stengah sur scène ?

Nous avons démarré notre première tournée promotionnelle le jour même de la sortie de Soma Sema, le 18 Mars 2022. Nous sommes passés par Poitiers, Montluçon, Lille, Paris, et sommes attendus prochainement à Strasbourg, à Chelles et à Rennes les 9, 16 et 20 avril prochains. Nous passerons également par Chauny le 21 Mai à l’excellent festival éclectique Rock’Aisne avant de finir cette première vague de concerts sur la Mainstage 2 au Hellfest le 19 Juin. D’autres dates vont très bientôt s’ajouter, notamment à Bordeaux et Toulouse les 14 et 15 Novembre.

2021 a été très riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année?

J’ai un top 3: Cannibal Corpse – Violence Unimagined, puis plus tard Mastodon – Hushed and Grim, des albums vraiment dingues, mais si je dois en choisir un c’est finalement Converge – Bloodmoon I, en collaboration avec Chelsea Wolfe qui a été mon plus gros coup de coeur sur la fin d’année!

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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