Entretien avec A., compositeur de Korsakov

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Korsakov ?

Bonjour à toi et merci de nous accorder ces quelques lignes ! Je suis A. et je m’occupe de la composition et des arrangements. Je suis accompagné par E. qui lui s’occupe du chant et qui m’accompagne pour les arrangements.

D’où vient le nom du groupe ?

Korsakov fait référence au syndrome du même nom découvert par Serguei Korsakov au XIXe siècle. Il s’agit plus exactement d’une maladie dont les caractéristiques sont une forte tendance à
l’affabulation et des démences assez sévères. Nous avons vécu tout les deux des évènements personnels et familiaux qui ont eu un rapport avec Korsakov. Quand le projet est né, ce terme s’est
imposé à nous très naturellement.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

J’ai été très tôt intéressé par la musique et notamment le rock puis le métal (vers mes 10/11 ans). Vivant dans le Nord de la France, j’ai pu avoir accès à des radios belges et notamment Radio 21. Il y avait sur celle-ci une émission, « Rock à Gogo », qui diffusait le lundi soir beaucoup de métal. C’est ainsi que j’ai pu découvrir énormément de groupes dans des styles assez extrême rarement diffusés à l’époque notamment en France (dans les années 80/90). J’ai complété cela avec pas mal de tape trading avec des amis.
Par la suite, j’ai commencé à pratiquer la basse dans un groupe puis je me suis rapproché d’autres instruments comme la batterie, la guitare puis plus tard avec l’essor de la M.A.O à la musique
électronique. Cela fait désormais partie intégrante de mon quotidien.

Comment définirais-tu la musique de ton groupe ?

Beaucoup de personnes qualifient la musique de Korsakov comme étant du Post Black Metal et cela nous convient assez bien même si cela reste un terme un peu fourre-tout.

погружать est la nouveauté du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui a écrit quoi ?

La composition de l’album s’est faite sur un créneau assez court, quelques semaines pour tout dire. Je sais la chance que cela a pu être car pour beaucoup de musicien(ne)s, c’est souvent très
compliqué de trouver l’inspiration. Hors, ici, les riffs sont venus de façon assez naturels et nous n’avons pas eu besoin de faire de longues sessions de travail pour arriver à nos fins.
Pour rentrer un peu plus dans les détails, je suis souvent à l’origine d’une composition. Une fois l’instrumentale terminée, je l’envoie à E. afin qu’il puisse l’écouter et me faire d’éventuels retours.
Par la suite, nous nous réunissons afin qu’il puisse poser sa voix. Ils nous arrivent de temps en temps de retravailler quelques arrangements mais la plupart du temps, la V1 d’un morceau est 90% de ce que donnera le titre final.

Où trouves-tu l’inspiration quand il s’agit d’écrire de la musique ?

Bonne question ! Je ne suis pas du genre à pratiquer tous les jours ou à m’enfermer dans un local de répétition dans l’espoir de trouver un riff. C’est souvent un état d’esprit, un « mood » du moment qui va me permettre de sortir quelque chose. Des fois, l’inspiration va venir en testant des sons via mon DAW (ma station de travail musical), des fois en alignant une suite d’accord au piano. Cela reste assez aléatoire mais je sais que c’est par vague en ce qui me concerne. Il peut se passer des jours sans avoir une seule idée et puis, par je ne sais quel concours de circonstances, je vais pouvoir composer 3 morceaux en 2 semaines. C’est une manière de fonctionner qui m’est propre mais pour l’instant cela me convient parfaitement.

Quelle est ta piste préférée de cet album, et pourquoi ?

Je n’ai pas particulièrement de titres préférés sur l’album car un peu comme si tu demandais à un parent de choisir quel est son enfant préféré. Tout ce que ce que je peux te dire c’est que E. et moi-même accordons beaucoup d’importance à chaque titre, que ce soit dans sa structure ou dans l’émotion qui véhicule. Certes c’est un peu cliché mais c’est pour nous un moyen d’expression
primordiale de nos personnalités.

Pourquoi avoir choisi le nom погружать écrit en russe ? Est-ce une référence à l’origine du nom du groupe ?

Ce terme signifie en russe « immergé » mais de façon subjective, cérébrale. Pour être plus précis, une personne atteinte de Korsakov pourra, dans certaines circonstances, être incapable de se rappeler de ce qu’il a fait la veille mais il pourra te raconter des évènements avec une très grande précision alors qu’il ne les a jamais vécu ! погружать résume bien cet état ou tu es plongé dans des souvenirs qui ne t’appartienne pas. De plus il n’y pas de terme en francais/anglais qui puisse décrire de façon aussi précise cet état mental.

D’où est venue l’idée de cette photo pour illustrer l’album ?

En faisant quelques recherches sur internet, nous sommes tombé sur cette photo venant d’un artiste du nom de StormKeeper et nous lui avons demandé l’autorisation pour utiliser ce visuel. Cette
dernière nous a tout de suite plus car elle illustrait pour nous parfaitement le concept.

Vers quoi allez-vous vous diriger musicalement après погружать ? Peut-être avez-vous déjà recommencé à composer ?

Tout à fait ! Nous avons déjà pas mal de matériel et nous n’avons pas arrêter de composer depuis que le projet est né. Nous sommes actuellement dans une situation où nous faisons le tri dans tout
cela.

Qu’as-tu prévu niveau clip pour soutenir cette nouveauté ?

Nous avons eu l’opportunité de clipper le premier morceau de l’album. Ce dernier a été réalisé par Alexandre Dinaut et met en scène la création de la lithographie qui accompagne le vinyle en édition limitée. Cette lithographie a été créé spécialement pour l’occasion par Laurie Joly, une artiste de
talent.
Nous ne pourrons assez remercier Alexandre et Laurie pour leur travail, le résultat est au-delà de nos espérance et nous en sommes assez fiers.

Est-ce que l’on a une chance de pouvoir se plonger dans la musique de Korsakov en live un jour, ou bien le projet est-il conçu pour rester uniquement sur album ?

A la base, Korsakov devait rester un projet « studio ». Avec les nombreux retours positifs suite à la sortie de l’album, l’idée de pouvoir le défendre sur scène a fait son chemin. Pour l’instant nous en
sommes qu’au début car nous devons résoudre pas mal de questions logistiques. Mais dans tout les cas c’est en projet !

2021 a été très riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année ?

Sans conteste l’album de Fluisteraars « Gegrepen Door De Geest Der Zielsontluiking ». C’est une formation hollandaise dont la discographie est incroyable et je recommande à tout le monde cette
dernière sortie.

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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