Gros coup de cœur en ce mois d’avril sur un roman que je n’attendais absolument pas : Le Sang et la Chance de Hélène P. Mérelle. Ce n’est pas souvent qu’un roman ayant pour base une époque historique, antique qui plus est, vient me séduire avec une telle force. Très clairement cette autrice a su proposer un roman qui bouleverse quelques codes tout en étant particulièrement prenant. Une belle réussite !

Milan, le demi-frère bâtard du roi hittite et l’un des chefs de son armée, a toujours été protégé par le dieu de la Chance. Mais demain se jouera une bataille décisive, durant laquelle beaucoup seront sacrifiés. Afin de sauver la vie de Maya, une éclaireuse indisciplinée bien trop jeune pour mourir, Milan choisit de conclure un pacte avec le dieu de l’Orage. Car dans le royaume d’Hattush, que l’on surnomme « le pays des mille dieux », il n’est pas rare qu’une divinité se mêle des affaires des hommes… Que veut donc Tarhunnir, le terrifiant dieu de l’Orage, en échange de son aide ?
Au cours de la quête périlleuse qui les réunit, Milan, Maya et leurs compagnons apprendront vite que les menaces humaines ne sont rien à côté de la colère des dieux…

L’époque hittite n’est pour ainsi dire jamais traitée en fantasy, notamment car on en connaît finalement très peu de choses. Et Hélène P. Mérelle a pris le parti pourtant d’y situer son histoire, de nous proposer une vision, un moment de fantasy en plein cœur de cette époque antique. On y découvre le personnage de Milan, son enfance, puis sa progression jusqu’à l’âge adulte, le tout grâce à des ellipses temporelles parfaitement gérées. Ce roman propose au final deux histoires en une : la première détaille Milan et ce qui l’a fait devenir ce qu’il est dans la seconde, se penchant sur la quête confiée par Tarhunnir.  Cette seconde partie se fait plus intimiste, les cinq protagonistes choisis par le dieu offrant une nouvelle vision des choses, avec une gestion de leurs relations qui s’avère passionnante. On se retrouve donc avec un roman intéressant pour sa première partie, avec cette plongée dans le monde hittite, anatolien, puis on se dirige vers une quête initiatique ensuite. Les ficelles scénaristiques sont parfaitement gérées par l’autrice qui propose un scénario finalement classique dans son fil rouge mais où les éléments périphériques viennent semer le trouble et ajouter un sel intéressant à l’ensemble.

Comme je le disais les personnages sont un des points forts de ce roman. Très clairement l’autrice va se pencher avant tout sur les cinq qui vont animer la seconde partie du récit. A commencer par Milan, chef de guerre torturé au passé difficile. Il est intéressant à découvrir tout au long du récit et on ne se lasse pas de lui. Gengir le vieux guerrier est un archétype du genre, mais pourtant il n’en reste pas moins pertinent. Rikya et Vadir sont eux aussi assez classiques mais elle parvient par petites touchés à transformer ces deux personnages en quelque chose de crédible et prenant. Et enfin Maya, l’éclaireuse nyctalope. Sa relation avec Milan va tenir une belle part dans le roman et par moment je dois dire que ce ni-oui-ni-non constant m’a agacé. Et pourtant on les suit avec plaisir au fil des pages.

Le monde anatolien antique dans lequel se situe le récit n’est, comme je le disais, jamais exploré et l’autrice a eu les coudées franches pour nous proposer son récit de fantasy, le tout en tentant de respecter la mythologie de ce peuple, ainsi que la géographie et les coutumes que l’on connaît. Un travail d’équilibriste parfaitement réussi.

De la première à la dernière page ce roman m’a tout simplement passionné. Hélène P. Mérelle propose un one-shot de grande qualité, porté par des personnages fort et l’inattendu fourni par les hittites. Le Sang et la Chance entre donc dans le club restreint des romans m’ayant séduit en 2022 et il fera très probablement partie du Top 10 de mon année. Une découverte à faire d’urgence !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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