L’année 2021 a été marquée par la sortie de la version cinématographique de Dune, signée par Denis Villeneuve. Beaucoup ont adoré, certains l’ont trouvé trop contemplatif, personnellement je ne l’ai pas encore vu. Tout simplement parce que j’ai peur d’être déçu tant l’œuvre de Frank Herbert a participé à mon éveil à la SF en fin d’adolescence. Et je vous assure qu’il y a pire que de finir fan des fremen et d’espérer leur victoire finale avant d’avoir terminé sa lecture. Quand j’ai vu que Pocket rééditait l’ensemble de la série avec des couvertures tout bonnement sublimes, cela m’a donné envie de replonger au cœur des sables de Dune pour voir si vingt ans après je retrouvais le même plaisir.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout, des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?

Dune est un roman assez lent, contemplatif, qui prend le temps de développer son action sur plus de neuf-cent pages. A l’époque j’avais lu une version en deux tomes mais Pocket a fait le choix du livre unique, ce qui fonctionne très bien. On y retrouve Leto Atréides, sa concubine Jessica et son fils Paul qui se retrouvent à la tête de la planète Arrakis, point névralgique de l’Empire, où l’Epice est extraite. La guerre entre Atréides et Harkonnen va causer la perte de la maison de Paul qui va retrouver plongé dans la culture fremen, ces hommes du désert qui attendent la venue de leur messie. Scénaristiquement Frank Herbert propose une œuvre complexe, immersive, intense. Chaque pièce qu’il dépose aux différents endroits de son canevas va prendre vie sous nos yeux et surtout s’imbriquer avec d’autres auxquelles on ne pensait tout simplement plus. Cette histoire est une petite merveille de complexité.

La galerie de personnages est tout simplement exceptionnelle : Paul vit sa quête presque initiatique tout au long du roman et l’adolescent va muer peu à peu, se transformer. Mais Shani, ainsi que d’autres protagonistes font également prendre part à cette grandiose aventure. Chacun d’eux a ses buts propres et si l’on devait faire un reproche, ce serait que certains sont trop purement manichéens, manquent d’un poil de nuance supplémentaire. Dans ce cadre-là il y a par exemple les Harkonnen qui sont décrites comme des brutes pures et simples. Dans ce roman cet aspect basique, primaire, est un peu trop poussé à l’extrême. Néanmoins chacun des personnages est crédible et le lecteur se prend au jeu de les découvrir un par un.

Le style de Frank Herbert, ainsi que la traduction de Michel Demuth, sont impeccables et fluides. Oui il s’agit de SF des années 60 donc on retrouve quelques lenteurs descriptives, mais cela ajoute au contemplatif du roman à son aspect immersif.

J’ai redécouvert l’œuvre de Frank Herbert, très clairement. A l’époque de ma première lecture je n’étais pas en mesure de comprendre toute la dimension poétique, philosophique et sociale de ce roman. Dune m’a impressionné une fois de plus, m’en a mis plein les yeux (et non pas du sable). Oui ce roman a un côté contemplatif, a priori respecté par le film, et le lecteur devrait apprécier. Il ne s’agit pas de space-opera loin de là, simplement d’une œuvre titanesque décrivant un empire spatial et une quête religieuse, presque chamanique d’un peuple. Tout est là de la première à la dernière ligne pour que cette sage soit l’une des plus grande de la science-fiction, ce qu’elle est devenue…

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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