Les + :

–          Un film d’une beauté plastique incroyable

–          Une ambiance unique

–          Un conte moral parfois étrange et dérangeant

Les – :

–          Un casting réussi, mais inégal

–          Un manque de moyens parfois flagrant

–          Un rythme lancinant qui ne plaira pas à tous

Quand on parle de la geste arthurienne, Excalibur reste LE film indépassable en prises réelles, même 40 ans après sa sortie. Pourtant, ce ne sont pas les reprises et détournements qui manquent, alors que le mythe reste plus présent que jamais dans la culture de l’imaginaire (des romans, Kaamelott etc).

A24 est une société de production américaine indépendante qui se spécialise dans les films d’auteurs avec une forme très aboutie (Moonlight oscarisé en 2016, les Ari Aster, les Alex Garland comme Ex Machina). Elle se trouve derrière ce film du réalisateur David Lowery, à la carrière étrange, capable de se fondre dans un projet Disney (l’adaptation live de Peter et Eliott le Dragon, celle qui arrive de Peter Pan) comme de monter de petits films dérangeants (A ghost story). Il marie ici les deux façons, abordant le mythe connu de façon étrange et singulière.

 

 

Attention : si la critique ne révèle pas toute l’intrigue, elle donne quelques spoilers.

Sir Gauvain (Dev Patel) est un jeune noble coureur de jupons, volontiers fêtard, qui a la chance d’être le neveu du roi Arthur. Participant à une célébration du roi, il assiste au défi lancé par l’étrange Chevalier Vert à la Table Ronde. Décidé à prouver sa valeur, il relève ce défi et décapite le chevalier. Charge à lui de le rencontrer, un an plus tard, pour subir le même sort.

Gauvain se lance alors dans une quête à travers un royaume à son crépuscule, entre brigands, rencontres étranges et épreuves opposées à sa volonté. Il va subir le sort de bien des chevaliers errants : détroussé par des voleurs, il va affronter un fantôme, traverser des lieux peu recommandables et rencontrer aussi des amis. Toute la narration puise dans le canevas habituel du conte de chevalerie mâtiné de fantastique. En cela, The Green Knight est fidèle au matériel d’origine, y compris dans son découpage en épisodes internes emprunts chacun d’une épreuve et d’une morale pour le héros.

 

C’est visuellement que The Green Knight époustoufle. Plans larges, cadre posé,  David Lowery a composé ses scènes comme des tableaux tout en gardant un mouvement fluide. Il met en scène le gigantisme aussi bien que l’intime, à l’image d’un Ridley Scott en grande forme (on pense plusieurs fois aux Duellistes par exemple). Chaque voyage devient une aventure où l’on découvre un nouvel aspect enivrant ou dérangeant de ce monde (le Chevalier Vert, la scène de la galaxie, celle des géants).

Les images et les couleurs ont été l’objet d’un soin particulier. Ils sont mis en valeur avec talent, à travers les décors naturels très bien filmés ou les couleurs très variées (tentures, costumes, photographie générale).

Combinée à cetteimagerie soignée, la musique lancinante de Daniel Hart, accompagnée d’une chorale dissonante, donnent une ambiance unique au film.Elle participe à la captivation du spectateur par son rythme hypnotique.

L’ensemble donne l’impression d’un récit hors du temps, qui ne respecte pas les normes actuelles. Ce décalage fait de The Green Knight un film radical qui peut envoûter autant que susciter le désintérêt.

 

 

Le casting est à l’unisson, surprenant et bien choisi. Dev Patel se montre aussi charismatique que fragile et c’est cette fragilité qui fait de Gauvain un homme perdu sur le chemin du destin.En cheminant avec le spectateur dans cette histoire, il partage ses doutes, son incompréhension parfois, sans parler, mais avec son regard et son corps. Les dix dernières minutes rendent bien cette ambivalence qui va au bout de ce que la narration pouvait donner sur son personnage.

Face à lui, on enchaîne les noms comme les apparitions marquantes : Alicia Vikander,Joel Edgerton, Barry Keoghan ou Sean Harris s’imposent avec charisme malgré leur peu de temps à l’écran. Reste que leurs personnages sont souvent réduits à des ombres et que ce qu’ils ont à défendre à l’écran est parfois bien maigre comparé à leur mise en scène à l’écran.

 

The Green Knight n’est de toute façon pas exempt de tous défauts. Malgré le soin apporté à la production, on voit parfois dépasser les coutures du manque de moyens. Ici, un manque de figurants. Là des séries de gros plans pour éviter de montrer un décor pauvre. Plus loin, des effets spéciaux trop visibles. Cela tranche avec la beauté revendiqué de l’ensemble.

Et puis il y a ce rythme étiré, qui peut être perçu de deux façons par le spectateur. Soit l’on est emballé par l’aspect onirique de l’ensemble, soit l’on pourra s’ennuyer devant cet enchaînement de plans lents, d’iconographie un peu lourde, ce qui pourrait transformer les 2h10 en chemin de croix. Le film étant assez clivant sur tous les points, le résultat sera soit qu’on aime, soit que l’on déteste (et vous l’aurez compris en me lisant, je fais ici partie de la première catégorie!).

Conclusion :

The Green Knight est un film visuellement splendide, qui regorge de plans iconiques. Bien emmené par un Dev Patel parfait, il sort du tout venant du cinéma actuel pour essayer de proposer une autre narration. C’est surprenant, parfois raté, mais j’ai été conquis par la proposition d’ensemble qui m’a projeté dans le mythe arthurien. Si j’ai pris beaucoup de plaisir à le découvrir, nul doute que sa narration étirée et son rythme lent partagera les spectateurs à son sujet.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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