Qui a dit que les musiques urbaines se limitaient au hip-hop et ses nombreux dérivés ? Sûrement pas Hangman’s Chair, qui revendique à la fois ses racines citadines et ses nombreuses influences rock et metal. Quatre ans après Banlieue Triste, les Franciliens reviennent avec A Loner, un disque bienvenu en ces temps troublés.

Il se dégage quelque chose de mystique et universel dans la musique au sens général. L’imagerie et l’évocation sont des forces puissantes : qui ne s’est pas imaginé glorieux et intrépide au son des hymnes guerriers de Brothers Of Metal, plongé dans un cosmos chatoyant en écoutant Atoma, ou roulant à pleine vitesse sur la moto du Ghost Rider pendant Painkiller de Judas Priest ? Certes, chacun avec sa propre sensibilité répond à cette grammaire musicale admise. Toujours est-il qu’on peut aisément mettre des images sur des mélodies, au-delà des textes qui les accompagnent, et se créer un monde autour d’un album. D’autant plus facilement lorsque cet album reflète une réalité très actuelle.

C’est précisément ce que Hangman’s Chair a fait avec A Loner. On a beau tout faire pour ne plus parler de confinement, les images fortes de villes désertées, d’avenues vides plongées dans un silence pesant, nous reviennent en tête dès les premières notes de An Ode For Breakdown. Chaque titre de l’album a cette texture grondante et résonnante, presque lointaine, comme si le groupe jouait au milieu d’une cité vide dont les murs de béton renverraient les échos mélancoliques à nos oreilles. À l’exercice toujours périlleux de la classification musicale, il semblerait que l’appellation “doom urbain” pourrait convenir, quelque part entre le post-punk, le goth rock et un grunge lourd à la Alice In Chains.

Hangman’s Chair ne triche pas avec son public. Sur album comme sur scène, les musiciens se montrent tels qu’ils sont au quotidien. Un quotidien magnifiquement illustré dans le clip vidéo du single Loner, presque un documentaire, qui nous présente quatre profils atypiques et touchants, sans jugement aucun. De vraies “gueules” dans un sens, de vrais gens, et pas des profils photoshoppés pour plaire au consommateur lambda. A Loner rend hommage à toutes celles et tous ceux qui “n’existent pas”, par choix ou par contrainte, dans un monde qui s’emploie de plus en plus à nous séparer les uns des autres.

Difficile de trouver une piste qui ressorte plus qu’une autre tant la qualité de l’album rend chaque titre agréable à écouter, malgré le propos pesant. On pourra au choix apprécier l’instrumental Pariah And The Plague pour son côté ambient ; Cold & Distant pour sa puissance et son clip vidéo dans lequel apparaît la comédienne Béatrice Dalle ; ou encore le long final A Thousand Miles Away qui clôt superbement le disque. Chacun trouvera sans doute aucun le morceau qui lui parle le plus, tant il est aisé de s’identifier ou se reconnaître dans l’une des neufs chansons, pour peu qu’on soit soi-même solitaire. Les amateurs de The Cure ne manqueront pas non plus de comparer l’album aux premières productions des Britanniques, à juste titre puisqu’ils font partie des influences majeures du quatuor.

 

A Loner se place d’ores et déjà comme un solide prétendant au titre d’album metal français de l’année. Album parfait pour une écoute au casque lors de vos balades en ville, il risque aussi bien d’accompagner les moments de spleen baudelairien de nombreux auditeurs, coincés entre quatre murs en attendant le retour de jours meilleurs.

Wolflord

Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.