J’ai adoré cette longue épopée androïde, spectatrice de la lente déchéance humaine.

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Derniers nés des laboratoires Tomorrow Foundation, Carbone et Silicium sont les prototypes d’une nouvelle génération de robots destinés à prendre soin de la population humaine vieillissante.

Élevés dans un cocon protecteur, avides de découvrir le monde extérieur, c’est lors d’une tentative d’évasion qu’ils finiront par être séparés. Ils mènent alors chacun leurs propres expériences et luttent, pendant plusieurs siècles, afin de trouver leur place sur une planète à bout de souffle où les catastrophes climatiques et les bouleversements politiques et humains se succèdent…

Dès les premières images, les dessins magnifiques de Mathieu Bablet donnent vie à ce récit bouleversant, porteur un message aussi militant que triste.

A travers les premiers chapitres, c’est surtout le militantisme humain qui ressort. L’histoire a beau se dérouler dans quelques dizaines d’années, le lecteur ne sera pas dupe : ce sont bien nos travers actuels qui sont ici pointés du crayon. L’auteur dépeint d’une façon réaliste et brutale le sexisme, le racisme qui imprègnent nos sociétés. Carbone et Silicium, androïdes originels à l’image d’Adam et d’Eve, en seront les premières victimes.

Au fur et à mesure de l’histoire, l’un comme l’autre gagnent en humanité, en sagesse. Si les questionnements découlant de ce point de départ (des robots sensibles qui pensent et ressentent) a été maintes fois exploré, le renversement des rôles, lent et inexorable, l’est beaucoup moins. Car à l’image d’une bascule, tandis que Carbone et Silicium s’humanisent et s’imprègnent du monde, l’espèce qui les a créés – la nôtre – s’extrait au fil des siècles de ce corps de chair et de sensations, troquant son sang et sa réalité pour des membres bioniques et des voyages virtuels. Et plus l’histoire avance moins l’on se reconnaît dans cette humanité, qui nous ressemble pourtant bien plus que nous ne le souhaiterions.

Au fil des pages, des chapitres, des années, le lecteur est donc condamné à contempler cette lente déchéance humaine, dont la chute semble inexorable. Au travers des planches et des couleurs de Mathieu Bablet, il voyage par le monde et le temps, au delà des siècles et des frontières, à la rencontre de ce que notre société deviendra sans doute (ou de ce qu’elle est peut-être déjà).

Carbone et Silicium est donc une excellente lecture, tant sur le plan graphique que scénaristique. Entre post-apo et humanité, militantisme et déchéance, ce récit coup de poing mérite largement sa reconnaissance. Une œuvre à découvrir absolument.

NokomisM

NokomisM

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