Il est assez rare que je me lance dans la lecture et la chronique de romans aussi étonnants et épatants que Sous le sceau de l’hiver. Oui, je vous donne directement la température : ce roman est une petite merveille qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui a énormément de qualités à défendre. Hermine Lefebvre, dont il s’agit du second roman chez Scrinéo, nous livre ici un thriller d’urban-fantasy mené tambour battant.

Paris, de nos jours.

Les hommes ont découvert l’existence de la magie et des Cours faëriques, l’Été et l’Hiver. Après des années de conflit sans merci, la paix établie demeure fragile. Et, lorsque des chevaliers de la Cour d’Été disparaissent sans laisser de trace, elle ne tient plus qu’à un fil… Accusée, la reine de l’Hiver, Medb, fait régner par vengeance un hiver glacial dans les rues de la capitale.

Le jour où Virgile, changelin doué de magie et orphelin, tente de se suicider, Medb le sauve contre son gré et lui propose un pacte : s’il veut mourir, il n’a d’autre choix que d’enquêter pour retrouver les chevaliers disparus et prouver l’innocence de l’Hiver.

Heureusement, son chemin croise celui de Camille, qui a des contacts privilégiés avec les faës et accepte de l’aider. Ensemble, parviendront-ils à éviter une nouvelle guerre ?

Proposé à partir de 15 ans ce roman respecte la totalité des codes d’un bon titre d’urban-fantasy : de la magie, des créatures étranges, un rythme soutenu, des personnages charismatiques, de l’aventure. Hermine Lefebvre nous invite, avec Sous le sceau de l’hiver, à suivre les récits tour à tour de Camille et Virgile dans leur enquête afin de s’avoir ce qu’il est advenu des chevaliers faës disparus. Le fil rouge de base est assez classique mais est parfaitement maîtrisé par l’autrice qui nous raconte son histoire avec maestria, dévoilant l’ensemble peu à peu, nous réservant toujours quelques surprises. L’autrice s’attaque au passage à des concepts plutôt complexes comme la drogue et la dépendance, l’identité sexuelle,

Mais LE point fort de ce roman réside dans ses deux protagonistes principaux. Virgile est un dealer et toxicomane de dix-sept ans qui va se retrouver investi de cette enquête, qu’il le veuille ou non. Un personnage assez archétypal mais qui s’avère particulièrement attachant notamment dans ses relations avec Camille. Mais Camille est bel et bien la grosse surprise de ce roman. Pourtant prévenu par la note d’intention de la première page, sur laquelle je reviendrais, j’ai été étonné par ael. Car oui Camille est non-binaire, ne possède pas de genre et s’exprime en utilisant le pronom ael. Cela surprend énormément au début de la lecture, voire même a failli me rebuter complètement, car cela ne correspond pas aux standards littéraires auxquels je suis habitué et attaché. Et pourtant après quelques chapitres je me suis vraiment pris au jeu, j’ai pu m’immerger dans le personnage et dans ce qu’il est, comprenant totalement le pourquoi de cette innovation littéraire. Et oui même si cela étonne, que certains rejetterons assurément le roman pour cela, il me paraît plus qu’utile et temps que des auteurs et autrices prennent la peine de nous proposer des personnages de ce type avec de véritables intégrations littéraires.

En fait le point noir de cette innovation a été la note d’intention, qui s’est révélée presque trop alarmiste en voulant être pédagogique. Je m’attendais à quelque chose de littérairement beaucoup plus complexe, avec un personnage plus simple et presque archétypal. Au final j’en viens à me demander si cette note d’intention est bel et bien utile du point de vue du lecteur.

Le style d’Hermine Lefebvre aide également totalement à la lecture. Fluide et agréable à lire il sait se faire trépidant lorsque cela s’avère nécessaire. De même les dialogues sont dynamiques et crédibles.

Avec Sous le sceau de l’hiver Hermine Lefebvre a parfaitement réussi à me convaincre, alors que pourtant cela partait assez mal après la note d’intention. Elle parvient à surprendre et séduire avec son personnage de Camille, qui vient rehausser un thriller d’urban-fantasy particulièrement réussi. Un des très bons romans de cette rentrée littéraire imaginaire, à découvrir d’urgence.

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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