Headcharger est une valeur sûre du paysage metal rock français. Depuis 2004, le groupe a peu à peu gravi les échellons et su s’imposer comme l’un des fers de lance “made in France” du genre. Les débuts musicaux étaient très orientés metal core avant de prendre un tournant plus rock et heavy. Le line up de base demeure quasiment inchangé depuis les origines. Il est composé de Sébastien Pierre (chant), Romain Neveu (basse) et David Rocha (guitare). Après l’album Hexagram paru en 2017, une grosse période de doute et d’incertitude s’installe. La survie même du groupe est remise en question. En 2020, le guitariste Antony Josse (membre permanent depuis 2006) est prié de quitter les rangs et le batteur Rudy Lecocq quitte le navire. Deux nouveaux musiciens sont alors recrutés : David Vallée (guitare) et Antoine Cadot (batterie). Rise From The Ashes est le septième album du groupe.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce changement de musiciens et l’aboutissement de cette petite traversée du désert ont été bénéfiques à Headcharger. Car de l’évolution, il y en a. Bien entendu, il ne faut pas non plus s’attendre à un changement radical de style. Headcharger, c’est du rock metal bien envoyé avec un soupçon de hardcore par-ci et une touche de stoner par-là. Et pourtant, Rise From The Ashes réussit à surprendre là où un Hexagram pourtant de très bonne facture demeurait peut-être plus classique et conventionnel. Dès Magical Ride, titre d’ouverture, on perçoit quelques changements notoires : le son des guitares apparaît plus édulcoré et plus ouvert que sur les précédentes productions du groupe. L’attaque des cordes elle-même est relativement nouvelle. Cette façon frénétique de plaquer un accord m’a rappelé illico un certain groupe. Disons-le tout de suite : j’ai immédiatement pensé à Foo Fighters ! Et ce sentiment n’a fait que se confirmer au fil des écoutes. Sébastien Pierre s’énerve sur le dernier tiers du titre en plaçant un growl énorme réitéré quelques instants plus tard sur les ultimes secondes du morceau. Mais à de rarissimes exceptions près, ce sera la seule et unique fois de l’album qu’il se servira de son chant saturé. Le refrain de Magical Ride lui-même présente une tournure relativement sobre et main stream (toutes proportions gardées). Mais il n’en est rien comparé à My Chains, second morceau de l’album. Jamais Headcharger n’aura sonné plus rock. Mais un rock très contemporain et accrocheur. En un mot : moderne ! Indéniablement, la recherche du refrain “qui tue” se confirme. Paradoxalement, l’atmosphère n’est pas à la fête non plus. Et les couplets, bien plus sombres, sont là pour nous le rappeler. Cet état de fait renforce par ailleurs la dualité couplet / refrain et rend les compos vraiment agréables à écouter et percutantes. Cette méthodologie, que l’on retrouve énormément sur Rise From The Ashes, est particulièrement évidente sur My Chains. Another Day Alive campe le single parfait : le titre est plutôt direct et rapide avec là encore un excellent refrain. Le groupe a vraiment placé l’accent sur la mise en avant de chorus puissants et mémorisables presque instantanément. Il faut attendre Death Sound pour assister à un véritable relâchement de la pédale d’accélérateur de la part des musiciens. Ici, on navigue davantage dans un univers à la Alice In Chains. Le swing des guitares est absolument imparable et forme avec le tandem basse / batterie un groove d’une efficacité absolue ! Le chant de Sébastien Pierre, renforcé par de belles harmonies vocales, nous évoque immanquablement un Jerry Cantrell avec cette grâce toute particulière de laisser traîner les mots. Love / Hate constitue un enchaînement parfait. Intro et couplet restent dans cette même veine d’un rock sombre et un peu mélancolique à la Alice In Chains une fois encore. Mais brutalement sur le refrain, le groupe met le turbo. Le changement est complet et surprend tout en se révélant extrêmement bien ficelé et efficace. De manière générale sur Rise From The Ashes, les paroles des chansons vont de pair avec la musique. Et elles ne sont pas très enjouées. Entièrement écrites par Sébastien Pierre, on sent que le chanteur en a bien bavé sur le plan privé. Ainsi qu’il le précise en interview, Rise From The Ashes constitue son album le plus personnel et en a été un véritable exutoire. Globalement, il y est question de désillusions, de tromperies, de perte de repères sur le plan humain et affectif et de la façon dont on peut parvenir à se reconstruire après de telles épreuves. Le titre de l’album Rise From The Ashes, allié à la magnifique pochette qui l’illustre, prend alors tout son sens. Si l’on ajoute à cela un nouveau départ du groupe tant dans son line up remanié que dans sa façon de composer de la musique, le clou est alors définitivement enfoncé. Headcharger s’est véritablement relevé de ses cendres ! L’intro bien rythmée de Piece Of Mind est trompeuse, le morceau étant dans sa finalité plus chaloupé qu’il ne pouvait le laisser présager au départ. On reste tout de même dans un rock au tempo assez enlevé mais plus subtil dans sa construction qu’un Another Day Alive par exemple qui jouait les Ayrton Senna (RIP) quasiment du début à la fin. Nouveau changement de décor avec So Strange qui s’avèrera être la compo de l’album la plus nuancée dans ses arrangements. De nouveau, l’ombre d’un Alice In Chains refait surface. Le tempo est lourd, presque lancinant. Il faut patienter jusqu’au refrain, plus bondissant, pour entrevoir une éclaircie dans cette chanson tour à tour sombre, belle et… Classe, tout simplement. Définitivement, il s’agit du titre le plus ténébreux sur Rise From The Ashes ce qui en constitue également son originalité. Une très jolie réussite. The Things To Shape nous ramène vers un rock plus léger, conventionnel et sautillant. Mais qu’on ne s’y méprenne pas, le son reste heavy en diable (bien davantage que celui de Foo Fighters, hein !). Cette fois, ce sont les refrains qui sont moins frénétiques et plus posés. Headcharger continue donc d’appliquer cette formule “couplet rapide / refrain lent” ou inversement. Et bon sang que c’est efficace ! The Last Dance n’est probablement pas la compo la plus originale de l’album mais demeure tout de même très sympa à écouter. En outre, elle présente une particularité avec cette nappe de guitare mystérieuse que l’on perçoit dans l’intro et bien davantage encore dans l’outro (on croirait entendre un synthé mais votre serviteur opte plutôt pour une guitare avec un gros effet). Ambiance vieux film d’horreur garantie ! Rise From The Ashes, la chanson-titre de l’album, conclut ce septième opus des Normands. Bien que placé en ultime position, il s’agit d’un morceau phare. Le départ est tonitruant et ne s’encombre pas d’une longue intro. On rentre direct dans le vif du sujet, tous instruments confondus, avec un riff rapide et assassin. Sur les couplets le pattern de batterie est très original, apportant un groove particulier et hyper rythmé. Le refrain quant à lui est plus classique. Puis la basse initie le break. Et c’est à partir de ce moment-là que Rise From The Ashes devient vraiment saisissant. Les musiciens s’appliquent à délivrer une ambiance relativement feutrée au départ mais qui va progressivement monter en puissance jusqu’à devenir grandiloquente et carrément épique sur la fin ! Toute la deuxième partie de la chanson s’inscrit donc indéniablement comme LE moment fort de Rise From The Ashes. À l’image du personnage de la pochette, j’ai véritablement ressenti de façon métaphorique cette espèce de sortie de l’ombre vers la lumière. Une réussite totale et un beau moment de musique !

Avec Rise From The Ashes, Headcharger nous revient donc sous un jour nouveau et gonflé à bloc. Les fans de la première heure n’y trouveront certainement pas leur compte, les musiciens ayant depuis longtemps abandonné leurs influences les plus extrêmes pour s’orienter vers un rock metal certes couillu mais définitivement éloigné de leurs premiers méfaits discographiques. En ce qui me concerne, je pense qu’il s’agit de leur opus le plus novateur jusqu’à présent. Les musiciens n’ont pas voulu faire un Hexagram bis et cela s’entend ! Rise From The Ashes est un album faussement “easy listening” et qui dévoile son lot de subtilités au fil des écoutes. Tout est extrêmement bien ficelé, des arrangements à la production. Les titres sont variés et les refrains pénétrants. Quoique très rock et moins metal que par le passé, une certaine noirceur plane sur la musique de ce Headcharger 2021. C’est certainement ce qui rend ce nouvel album beau et attachant.

Nico D.

Nico D.

Salut ! Passionné de musique, je suis tombé dans le chaudron rock et metal dès l'âge de 10 ans en découvrant des groupes tels qu'AC/DC, Scorpions, Y&T, MSG, Mötley Crüe, Téléphone (cocorico !) et bien d'autres encore. Je suis notamment devenu un inconditionnel d'Iron Maiden lorsque mes oreilles se sont posées pour la première fois sur l'album "The Number Of The Beast" en 1982. Ce fut une vraie révélation ! Plus tard, j'ai découvert Metallica et toute la scène thrash metal. Désormais mon champ d'appréciation en terme de musique est large avec une prédilection toutefois pour le heavy, le prog' et le classic rock. En 1988, j'ai commencé à jouer de la batterie. J'ai fait partie de plusieurs formations musicales et je suis actuellement batteur dans le groupe de metal prog' JIRFIYA. Parallèlement à ma passion pour la musique, j'apprécie la lecture et le cinéma notamment fantastique, de science-fiction et d'horreur. J'adore voyager également. Et bien entendu, j'aime me rendre à des concerts !

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