Accueil / Musique / BO / Pirates des Caraïbes 3 : Jusqu’au bout du monde – Hans Zimmer

Pirates des Caraïbes 3 : Jusqu’au bout du monde – Hans Zimmer

Le troisième épisode de la franchise Pirates des Caraïbes, annoncé comme un succès même bien avant sa sortie, s’est donné les moyens de ses ambitions. Plus sombre et premier degré, la musique Jusqu’au bout du Monde offre à Hans Zimmer l’occasion de revenir aux sources avec un score enlevé et épique.

Depuis le bricolage musical de la Malédiction du Black Pearl, les compositions écrites autour de l’univers de Pirates des Caraïbes ont pris de l’ampleur. Hans Zimmer avait déjà gonflé la thématique lors du second opus grâce au Kraken, Jack Sparrow, et la perle Davy Jones. Sans compter les petits motifs rattachés à la Compagnie des Indes ou à Tia Dalma. Cette fois, il apporte la touche finale avec l’apparition de nouveaux thèmes qui enrichissent considérablement la partition de ce Jusqu’au bout du monde.

 

La première piste Hoist the Colours, est associée aux pirates en général, dont la confrérie se réunit dans le film. C’est une chanson, d’abord fredonnée par un jeune garçon avant d’être reprise par un chœur masculin qui illustre l’ouverture du film. Le thème revient à plusieurs reprises, notamment sur Brethen Court, mais il est surtout marquant sur la deuxième partie de What Shall We Die For où il est joué en orchestral, avant l’arrivée du chœur masculin.

Deuxième motif à faire son apparition sur l’album, c’est Singapore rattachée à la ville et au personnage de Sao Feng (Chow Yun Fat). À l’image du pirate, il est très peu présent à l’écran et ses sonorités asiatiques sont très typées Zimmer, proche du Dernier Samouraï et de Pearl Harbor. Rien de marquant ou de facilement fredonnable. La piste vaut surtout pour sa reprise de He’s a Pirate.

Dernière découverte, le Love Theme qui fait aussi office d’Action Theme dans cet épisode. L’ami Hans a écrit une piste à double emploi, qui se découpe en plusieurs parties. L’ensemble forme un seul thème, unique, où plusieurs séquences peuvent tour à tour évoquer l’amour ou l’action selon les instruments choisis et le rythme auquel il est joué. Exposé dès At Wit’s End, il est décliné de toutes les façons possibles et imaginables, comme une danse sur Up Is Down, comme un morceau western sur Parlay, comme un pur thème d’action et d’amour sur les trois ultimes pistes de l’album.

Son « originalité » dans Pirates des Caraïbes vient du fait qu’il ressemble à un vrai thème de film de pirates. Contrairement aux habitudes de Zimmer, qui a tendance à mettre en avant l’ensemble de l’orchestre saupoudré de gros synthé, cette fois on se retrouve avec un thème où dominent essentiellement les cuivres. Le côté enlevé, associé à la capacité de Zimmer à écrire des rythmiques suffisamment simples et facilement mémorisables, nous donne un thème incroyablement riche, qui supporte toutes les déclinaisons et apporte un souffle épique à l’image.

Je me dois de préciser ma formulation au sujet du « vrai thème de pirates » : le thème de la franchise He’s a Pirate ne rentre pas, à mon sens, dans cette catégorie : très bon sur les images, il reste un thème d’action comme un autre où Hans Zimmer (et Klaus Badelt) a recyclé ses vieilles recettes. C’est très efficace, très entraînant, mais ça manque un peu de personnalité. Au contraire, notre Love/Action Theme s’inscrit dans le moule de la tradition. Nous n’avons plus entendu de BO de films de pirates depuis longtemps, c’est vrai. Mon souvenir le plus récent est L’Ile aux Pirates de Renny Harlin avec Geena Davis, et ça remonte à 1995. À cette époque, John Debney avait signé un excellent thème héritier des grands films de pirates (voir Korngold et autres BO du Golden Age) dont je me permets d’ailleurs de conseiller l’écoute à tous. Vous comprendrez immédiatement la filiation entre les deux morceaux, la musique vaut mieux que tous les paragraphes sur lesquels sur je pourrais m’étendre.

Revenons à l’album. Comme d’habitude, le compositeur allemand ne peut s’empêcher de nous offrir trois pistes longue durée, et ce dès At Wit’s End. Très sombre, elle s’ouvre sur l’exposition du Love/Action Theme ponctué par un motif choral évoquant Calypso (motif présent sur I See Dead People in Boats et Calypso). Le thème est alors repris par les violons pour le souffle dramatique avant que la transition ne s’opère vers celui de Davy Jones. Déjà entendu sur Pirates des Caraïbes : Le Secret du Coffre Maudit, il est d’abord mêlé au Love/Action Theme avant d’être entonné par tout l’orchestre et dominé par les percussions et les cuivres. À l’écran, Davy Jones massacre tous les pirates qu’il croise grâce à l’impressionnante force de frappe du Hollandais Volant, son navire. La musique souligne alors l’aspect désespéré de la situation. La piste se relance sur des chœurs et le Love/Action Theme s’offre une grande montée en puissance sur les cordes ponctuée de percussions. On sent déjà là derrière une influence de King Arthur et par extension du Da Vinci Code, influences qui se confirmeront par ailleurs.

 

I See Dead People in Boats s’ouvre lui aussi sur le Love/Action Theme, joué de manière posée et calme. Il se termine sur une petite chorale planante avant que ne soit vaguement cité le thème de Jack Sparrow. La légère évocation noire du thème de Davy Jones arrive dans le film au moment où l’on présente son rôle vis-à-vis des morts. Le thème reste présent grâce à la chorale féminine qui le reprend, puis l’orchestre à nouveau. La solennité et la gravité des violons ne sont pas sans rappeler les passages les plus intenses de Gladiator (comme Patricide). On revient enfin sur le Love/Action Theme dans une progression dramatique digne de Chevaliers de Sangreal (Da Vinci Code) avec une conclusion en chœur. La piste s’achève abruptement sur une note à l’orgue.

Le dernier marathon s’intitule I Don’t Think Is The Best Time et dure 10 minutes 45. Cette piste est à remettre dans son contexte de bout d’album. Comme dans le film, c’est le climax de fin où il est temps de sortir l’artillerie lourde.

Zimmer s’y emploie en mettant la pression dès What Shall We Die For. Il s’ouvre bien entendu sur le Love/Action Theme, alors que Elisabeth Swan se lance dans un grand discours sur le pont du Black Pearl. Le thème est joué en entier avant de glisser sur la reprise orchestrale de Hoist the Colours puis sa déclinaison chorale. Il est à noter que ce passage est horriblement sous-mixé dans le film, où il est très difficile d’entendre les chœurs.

La fin du morceau s’enchaîne directement sur I Don’t Think Is The Best Time où les violons mettent immédiatement la pression. Le combat final commence et il est temps de laisser éclater deux fois le Love/Action Theme soutenu par la chorale. Les percussions assurent l’intensité dramatique avec la surprésence des cordes en fond, une pratique habituelle dans les scores épiques de Zimmer.

Une première partie chorale se distingue particulièrement sur cette partie de piste : vers 2min40, un motif de plus d’une minute indique quand les deux navires se lancent dans le combat à coups de canonnades, dans une ambiance de fin du monde.

La piste est en quelque sorte coupée en deux quand rentre dans le jeu le thème de Sparrow. Les sonorités Pirates des Caraïbes sont de retour avec la reprise nette de l’ensemble du thème, ponctué vers 5:50 d’un deuxième motif choral exceptionnel d’intensité, mais trop court. Le thème Love/Action apparaît alors, les cordes et les cuivres s’y renvoient la balle pendant que Elisabeth et Will se font leur déclaration à l’écran. Il est interrompu par un énergique He’s a Pirate ponctué par la chorale, enchaîné sur un large morceau de bravoure héritier direct de Wheel of Fortune (Pirates des Caraïbes 2). Le Love/Action Theme l’entrecoupe brièvement, joué par les violons alors que les deux amoureux s’embrassent sur le pont du Pearl. Si la piste reprend les principaux faits d’arme du combat final, elle ne représente que dix minutes de musique pour un climax long d’au moins vingt. De nombreuses parties ont été laissées de côté, mais reste le cocktail aventure/action/amour qui porte cette séquence finale.

L’album ne s’arrête pas en si bon chemin puisque l’enchaînement continue. One Day nous offre une reprise complète de He’s a Pirate à la façon du Main Theme du Roi Arthur alors que nos héros célèbrent leur victoire. Le Love/Action Theme est repris lui aussi en entier, joué lentement par les violons et soutenu par une chorale planante type Pacificateur.

Drink Up Me Hearties fonctionne comme un End Title. Après l’évocation franchouillarde du thème de Sparrow, on nous livre dans toute leur gloire He’s a Pirate et le Love/Action Theme. C’est à cette occasion que l’on identifie le mieux quelle partie relève de l’action (la première), laquelle de l’amour (la deuxième avec les violons).

À côté de ces moments de bravoure, les pistes plus courtes offrent une récréation bienvenue. Up Is Down démontre l’aspect caméléon de ce nouveau Love/Action Theme, car Zimmer l’a directement transformé en danse. La légèreté et le côté enjoué de l’orchestration (avec les vents que l’on entend bien) aident sans mal à emporter l’adhésion pour mon morceau préféré de Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde.

L’aspect touche-à-tout de ce thème n’est pas sans rappeler l’utilisation, avec toutes ses variations, de He’s a Pirate sur le premier opus. À coups de modifications des instruments, de ralentissement ou d’accélération, il enchaîne les transformations. Tantôt menaçant, héroïque, sirupeux, il est la pierre angulaire du score. C’est intéressant de constater ce parallèle entre le premier et le troisième opus. Il existe une longue bisbille entre Hans Zimmer et Klaus Badelt pour savoir qui est le créateur de He’s a Pirate. Les récentes interviews (et la publication de démos qui soulignent le lien fort entre ce thème et celui de Gladiator) semblent confirmer la paternité de Zimmer sur cette composition, or il est aussi l’heureux papa de ce Action/Love Theme fourre tout. Ces deux thèmes servent incontestablement de colonne vertébrale au monde musical de Pirates des Caraïbes.

Autre témoignage de cet aspect caméléon, Parlay qui s’ouvre et se conclut sur le motif de la Compagnie des Indes — il faut en profiter tant il est absent des albums de la saga. Au milieu, le compositeur a transformé son Love/Action Theme en thème western, où la guitare électrique et l’harmonica ont grande place. La piste rappelle tout de suite Broken Arrow, mais reste d’abord et avant tout un hommage à Ennio Morricone.

Ce n’est pas le seul passage clin d’œil au complice de Sergio Leone. Multiple Jacks introduit le thème de Sparrow et se situe également dans cette veine. La scène illustrée est celle où Jack est prisonnier de l’antre de Davy Jones et commande le Pearl à l’aide d’une armée de… lui-même ! le thème Jack Sparrow est alors joué de manière complètement décalé par la guitare (en contrepoint de l’habituel violoncelle).

Conclusion

Pirates des Caraïbes : Jusqu’au bout du monde parfait l’élaboration d’un véritable univers musical par Hans Zimmer. En plus de l’entraînant He’s a Pirate, bombardé symbole de la franchise, il nous a offert une flopée de thèmes facilement identifiables et très marquants. Ce Pirates 3 nous propose un cocktail explosif d’action, d’humour, d’aventure et d’amour. Légèrement plus premier degré que les deux autres opus, cette BO ravira aussi bien les fans de Zimmer que les amateurs de musiques épiques.

Pirates des Caraïbes 3 : Jusqu’au bout du monde

Composé par Hans Zimmer

À propos Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Ecologies Etrangères), Malpertuis (Malpertuis VI) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy débarquera courant 2017.

2 plusieurs commentaires

  1. Oui il y a un côté très western dans ce volet (notamment pendant la séquence de rencontre sur la plage isolée).

    • C’est clair, Zimmer aime bien la référence western et là-dessus, Pirates 3 lui offre de quoi se faire plaisir. Le réalisateur Gore Verbinski est également un grand fan comme il l’a démontré sur Rango (ou Lone Ranger). C’est d’ailleurs Verbinski qui est crédité sur certains passages de guitare électrique comme la scène sur la plage.

Laisser une réponse

Votre adresse email ne sera pas publiéeLes champs requis sont surlignés *

*

x

Check Also

Machine Messiah – Sepultura

Quatre ans après l’album The Mediator Between Head and Hands Must Be the Heart , ...

Watch Dragon ball super