A l’occasion du bicentenaire de la mort de l’Empereur il n’est pas forcément surprenant de voir apparaître sur les étals de nos amis libraires des uchronies autour du personnage. Et c’est Mnémos qui prend la peine de nous proposer un menu plus que consistant avec une anthologie, dirigée par Stéphanie Nicot, autour de Bonaparte. Treize textes pour nous emporter et découvrir de nouvelles facettes de l’un des personnages français les plus controversés. Étant passionné de longue date par le personnage, je ne pouvais pas passer à côté de ce livre…

Né le 15 août 1769 à Ajaccio et mort le 5 mai 1821 à Sainte-Hélène, Napoléon est une figure contestée, mais incontournable, de l’histoire de France. Douze auteurs et une autrice (les femmes ne lui ont pas pardonné leur statut d’éternelle mineure inscrit dans le Code civil !) ont donc relevé un défi digne du bicentenaire : raconter des histoires alternatives à celle que nous connaissons, qu’il s’agisse d’un Empire qui se survit un temps (« La Nouvelle campagne de Russie », « Crassus et Auguste », « Tout se distille », « Implacable Clio ») ou d’un songe qui passe (« L’Horatius Coclès du Tyrol », « Le dernier rêve de Napoléon », « Cent-Jours sans lui », « Dernier soleil »).

Adepte des armes de destruction massive (« Au Service Secret de l’Empereur », « La Dynamique de la révolution »), mais aussi pharaon d’Égypte (« Mémorial de Philæ »), fan de rencontre du troisième type (« L’Empereur d’un autre monde ») ou défenseur des droits humains (« Rêves d’égalité »), Napoléon est vraiment, grâce à la fine fleur de l’uchronie, dans tous ses états !

L’anthologie, une fois passée la préface, est organisée en trois blocs. On retrouve tout d’abord L’Empire vainqueur avec quatre textes. Celui de Laurent Poujois, qui a déjà traité du thème napoléonien avec L’Ange Blond est intéressant car présentant une brève histoire d’espionnage. Mais finalement trop court pour être vraiment prenant ce Au service secret de l’Empereur. La Dynamique de la Révolution de Jean-Claude Dunyach est encore plus courte et nous place juste une sorte de saynète entre l’Empereur et Lavoisier, avec une invention qui peut changer l’Histoire. Bien écrit mais une nouvelle fois trop courte pour être vraiment indispensable. Fabien Cerutti nous propose à son tour une vision de Napoléon avec La Nouvelle Campagne de Russie. Et là on retrouve le professeur d’histoire, précis dans les moindres détails, avec ce twist final qu’il nous amène depuis le début mais qui fait tout de même plaisir. Un excellent texte malgré une petite tendance à jouer au manuel d’histoire, ce qui peut perdre une partie du public. Ce premier bloc se conclue avec la plume de Johan Héliot, que j’affectionne particulièrement, sur L’Empereur d’un autre monde. Et c’est cette fois un récit fantastique de haute volée qui nous est proposé. Rien à redire du premier au dernier mot.

Le second bloc est intitulé L’Empire toujours et nous propose une vision de ce que serait devenu l’Empire s’il avait perduré. Et c’est Silène Edgar qui ouvre les hostilités avec un texte émouvant, horrifiant par endroit mais particulièrement bien trouvé. Tout se distille est une des meilleures nouvelles de cette anthologie. S’ensuit Crassus et Auguste de Thibaud Latil-Nicolas où nous est dépeint un Napoléon las des combats mais dont l’empire se poursuivra encore longtemps. Un très bon texte, plutôt inattendu. Jean-Philippe Jaworski vient conclure ce bloc de sa plume allègre. Et très clairement avec sa longue nouvelle il parvient à nous emmener à sa suite dans un conflit qui n’est plus totalement napoléonien. Si je devais décrire cette nouvelle je le ferais ainsi : le temps passe mais les choses restent les mêmes. Implacable Clio est un texte à dévorer.

Le troisième et dernier bloc parle de fin d’Empire et c’est Raymond Iss qui prend la tête avec Le Dernier rêve de Napoléon où il nous propose une uchronie étrange, entrecoupée de songes. Intéressant et complexe ce texte a le mérite de surprendre. L’un des auteurs de romans d’imaginaire historiques les plus courus du moment, Jean-Laurent Del Socorro prend ensuite la plume pour proposer L’Horatius Coclès du Tyrol. De nouveau un titre alambiqué pour un texte immersif qui nous emmène sur les rivages d’Egypte. Fort bien documenté, comme à son habitude, il nous ravit une fois de plus par son talent de conteur. Victor Dixen et son texte Cent-Jours sans lui m’ont surpris, et en bien. Cette histoire de devin prend à contre-pied et j’ai vraiment apprécié aussi bien le développement que la conclusion. Un auteur que je connais trop mal mais qui sait visiblement proposer des choses intéressantes. Dernier soleil est un texte lui aussi surprenant et qui nous emmène cette fois au Mexique. Armand Cabasson étonne mais sa plume vient achever de nous convaincre que sa nouvelle est impeccable de bout en bout. On termine cette partie avec le Mémorial de Philae, de Ugo Bellagamba, où Napoléon se trouve Pharaon. De nouveau étonnant ce texte est un délice de bout en bout.

Une dernière nouvelle vient nous emporter une dernière fois : Rêves d’égalité de Michael Roch. Cette fois l’histoire impériale se trouve mêlée à celle de la fin du XXième siècle. Une plume que je ne connaissais pas mais qui m’a particulièrement séduit et qui vient parfaitement conclure l’anthologie.

Mention à la couverture, tout bonnement magnifique, signée du talentueux Alexey Egorov, qui parvient à rendre la totalité de l’anthologie en une seule image. Impeccable.

Ce Et si Napoléon… est, au final, une très bonne anthologie. Certains textes s’avèrent plus anecdotiques que d’autres, mais Stéphanie Nicot a su proposer un ensemble cohérent, littérairement intéressant et bien construit. C’est donc très clairement un succès digne de l’Empereur avec cette vision uchronique de son épopée, de sa suite ou bien de sa fin…

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *