Après les performances en baisse de la postlogie, qui a subi de nombreuses critiques, Disney semble avoir retrouvé le mojo Star Wars avec le Mandalorien, sa série phare Disney +. Accompagnée d’un buzz positif, elle profite de son positionnement différent dans l’univers de la franchise. Ludwig Göransson, qui a la difficile tâche de reprendre le flambeau de John Williams, participe à cette approche autre par sa musique à la fois moderne et tournée vers le western.

Ludwig Göransson est assez neuf dans le monde de la musique de film américaine : principalement remarqué pour sa collaboration avec le réalisateur Ryan Coogler, le compositeur suédois a mis en musique la série de films Creed et Black Panther. Pour ce dernier, il a obtenu un Oscar en 2019. Formé au pays, il a achevé sa formation à Los Angeles et a rapidement commencé à travailler pour la télévision (dès 2009 sur Community) puis avec le compositeur Theodore Shapiro avant de voler de ses propres ailes. Il a également produit plusieurs albums pour Jay-Z, Childish Gambino (nom de scène de l’acteur Donald Glover) ou Alicia Keys.

Le challenge que lui propose la série Le Mandalorien est de taille : marquer de son empreinte un univers musical majoritairement défini par John Williams, grand maître d’œuvre de la musique de Star Wars depuis 1977. Jusque-là, les autres compositeurs choisis ont opté pour la copie servile – et souvent de qualité (par exemple, sur Rogue One en film, ou Shadows of the Empire en livre, ou The Old Republic en jeu vidéo). Göransson a la latitude de changer sur cette première saison. Il en profite.

 

Le thème principal du Mandalorien, exposé en intégralité à la fin du premier épisode, se compose en phases : essentiellement percussif avec de l’ambiance qui sert de gimmick pour l’apparition du personnage, le principal motif rappelle les fanfares de Rocky que Göransson connaît bien avant de basculer sur des orchestrations plus western.

En effet, le principal motif rappelle les fanfares de Rocky que Ludwig Guransson connaît bien : en prenant en main la musique de Creed et Creed II, il a fait sien le style de Bill Conti, compositeur attitré de Rocky. Ces cuivres claironnants évoquent bien entendu la fanfare célèbre qui se rattache à Rocky Balboa, mais aussi des pistes emblématiques de la franchise de boxe (Going the distance par exemple). Des internautes ont vite fait des rapprochements, des montages Youtube le confirment :

 

Les sonorités comme la flûte à bec basse ou la guitare sont un renvoi direct à l’univers western du Mandalorien. Ce son est très présent dans les textures, l’ambiance, qui cherche autant à creuser son propre sillon qu’à rappeler les compositions d’Ennio Morricone. On le voit, Göransson n’hésite pas à payer tribut à ses aînés pour créer son propre style.

Ce thème, par sa construction protéiforme, se prête à la citation, l’évocation, le jeu musical. Le compositeur l’utilise comme socle à sa musique et il est littéralement partout : esquissé à la guitare, grave avec les violons, triste à la flûte, il soutient chaque apparition à l’écran du personnage titre.

Ce croisement d’influences n’est pas dommageable : le travail de Göransson permet de les digérer et de créer une identité musicale propre à la série. Le thème principal finit par être obsédant, ce qui démontre combien il est bon et marque à l’image.

Le thème du Mandalorien est très présent, ce n’est toutefois pas le seul : on peut citer par exemple le thème du Beskar, assimilé à la forgeronne (Back for Beskar, Mandalore way). D’inspiration plus électro, il offre une respiration bienvenue dans un style musical différent.

Dans un autre style apparaissent des motifs, peu présents, mais qui illustrent des séquences particulières. L’un des plus marquants se trouve dans l’épisode 4 : il s’agit de la piste Training the plebs. Orchestrale, Göransson y sort les cuivres martiaux comme au plus beau temps des Rocky/Creed.

Il y a beaucoup de morceaux d’ambiance et quelques pistes agressives pour des scènes d’action, mais ce n’est pas la majorité et cela contribue à caractériser encore un peu plus le show. Au final, on peut juste regretter que le compositeur s’affranchisse totalement de Williams, au point d’illustrer platement des séquences qui auraient bénéficié d’un thème mythique. La fin de l’épisode 2 avec sa non-utilisation du thème de la Force est là pour le rappeler.

 

Un dernier point sur la diffusion du score, qui illustre bien les changements stratégiques en cours dans le monde de la musique de films. Ludwig Göransson a été autorisé à publier l’intégralité des musiques de tous les épisodes sur son compte Youtube, ce qui est assez rare. De plus, si un album est disponible en téléchargement sur les plates-formes d’achat, il n’existe pas de CD physique, mais un double vinyle.

Qu’un grand groupe comme Disney se prive d’un CD sur un succès comme le Mandalorien en dit long sur l’avenir du support, même sur un marché de niche comme celui des BO.

Mission accomplie pour le Mandalorien saison 1 : Ludwig Göransson y créé une identité musicale basée sur le western et ses influences, principalement le compositeur Bill Conti. Il en ressort un fantastique thème principal, très présent, et quelques belles fulgurances. On ne peut qu’espérer que le compositeur poursuivra dans cette voie par la suite.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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