J’ai découvert la plume d’Alex Nikolavitch de manière assez récente, avec Les Canaux du Mitan aux Moutons électriques. J’avais été totalement séduit et lorsque j’ai vu que les éditions Leha sortaient un roman de fantastique lovecraftien de lui, je ne pouvais tout simplement pas passer à côté. Suivez-moi donc dans les méandres du Dossier Arkham, un roman qui n’en est pas vraiment un, tant il sait apporter plus au lecteur !

Arkham, 1941.
Le corps déchiqueté du détective Mike Danjer est retrouvé au milieu d’un monceau de papiers. Il pourrait s’agir à première vue d’un banal meurtre en chambre close. L’examen des feuillets souillés, un dossier qu’il avait constitué au fil d’une très longue enquête, démontre qu’il avait mis au jour un indicible complot.

Alex Nikolavitch, originellement scénariste de bande-dessinée, parvient à nous surprendre avec Le Dossier Arkham, prenant le contrepied du roman fantastique lovecraftien classique en nous proposant une aventure documentée. Oui oui, vous avez bien compris, on suit l’enquête de Mike Danjer, non pas en tant que protagoniste, mais à travers une suite ininterrompu de documents, retrouvés près de son corps sans vie. Cet aspect de roman morcelé, aux multiples facettes et narrateurs, donne une véritable substance au récit et au mystère qui entoure la mort de Danjer. Cela permet à Alex Nikolavictch de gérer chaque élément de son scénario avec la précision d’un horloger, tout en permettant au lecteur de découvrir par lui-même, au vu des pièces qui lui sont révélées, ce qui est arrivé au détective. Cet aspect totalement immersif et innovant dans l’écriture est vraiment impressionnant.

Concernant l’histoire en elle-même, je dirais que l’auteur maîtrise parfaitement son propos, avec un fantastique feutré, fou et inquiétant. On suit les différents récits de manière très addictive, se prenant au jeu de l’enquêteur jusqu’au bout. Très clairement Alex Nikolavitch sait ce qu’il fait et l’on sent ici toute la maîtrise de son métier et ses longues années d’expérience pour emmener le lecteur précisément là où il le souhaite, mais en lui laissant suffisamment de marge de manœuvre pour qu’il ait la sensation de découvrir librement. Il en va de même de sa plume qui se fait tantôt légère sur certains récits, tantôt plus administrative pour les rapports. L’aspect caméléon de son écriture est absolument séduisante de bout en bout et permet l’immersion totale dans le récit.

Mais il faut également parler des qualités purement éditoriales de ce livre, qui a visiblement été réalisé avec le plus grand soin. Incorporant des croquis, des fonds de page colorés, bref tout est mis en place pour favoriser l’immersion de bout en bout. La mise en page est impeccable de bout en bout également avec ces changements de typographie en début et fin de chaque pièce, et cela afin de faciliter la lecture. Très clairement un très gros effort a été fait par l’éditeur, et malgré l’impression en couleur intérieure le prix du livre reste totalement abordable puisqu’il est de dix-sept euros.

Le Dossier Arkham est donc une excellente surprise de cette fin d’année, un roman inattendu comme je les aime, qui vient me prendre au débotté et m’emmener loin. Une nouvelle fois Alex Nikolavitch réussit parfaitement son pari, me surprend et m’emporte sur des terres sur lesquelles je ne l’attendais pas. Et ajoutons cette mention spéciale à l’excellent travail des éditions Léha sur ce titre…

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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