The Heretics – Rotting Christ

Lorsqu’on évoque la Grèce, l’une des premières images qui viennent en tête est celle de temples majestueux, usés par le temps mais à jamais témoignages des temps anciens, nous rappelant à une époque lointaine précédant les religions monothéistes. Autant dire que Rotting Christ, qui vient de sortir son treizième album The Heretics (le cinquième depuis la signature du groupe chez Season Of Mist), s’inscrit dans la tradition des monuments.

The Heretics rend hommage à ces noms illustres qui furent conspués par les religieux de leurs époques respectives à cause de leur vision personnelle du monde. Le chanteur et compositeur principal, Sakis Soltis, nomme ainsi ceux qui lui ont inspiré cet album : Nietzsche, Milton, Poe, Twain, ou encore Voltaire, tous ont questionné la pertinence de la religion dans la société. C’est un questionnement similaire que soulève Rotting Christ dans The Heretics, alors qu’après plus de vingt ans d’existence, le groupe doit toujours faire face à la méfiance et la peur de certains mouvements religieux, et pas seulement à cause de leur nom. L’an dernier, les frères Solis furent brièvement détenus en Géorgie sur des soupçons de terrorisme satanique (?!). Plus proche de chez nous, les Grecs apparaissent régulièrement sur les listes des groupes cités par les collectifs anti-Hellfest, les accusant de prôner un message diabolique. Comme quoi, l’hérésie a encore de beaux jours devant elle.

Mais revenons à la musique, car c’est bien la seule chose qui importe au groupe. Une première écoute de ce nouvel opus et on réalise assez vite l’essentiel : The Heretics n’a pas pour but de changer la face du groupe, ni celle du metal extrême à la grecque. Les sonorités sont on ne peut plus familières à ceux qui ont apprécié Rituals, qui lui-même sonnait déjà comme Κατά τον δαίμονα εαυτού. Les guitares sont lourdes, les percussions écrasantes et martiales, et l’on retrouve les éléments typiques des dernières productions du combo : intonations religieuses épiques, cloches lugubres, et des textes inspirés par les figures du passé. À l’instar de Rituals, The Heretics invite à se plonger dans une méditation profonde et impie. On se surprend parfois à retrouver des accents death mélodique qu’on attendrait plutôt chez Amon Amarth (Heaven And Hell And Fire), voire goth metal à la Moonspell (The Raven, le célèbre poème d’Edgar Allan Poe à la sauce RC) mais globalement, Sakis ne tente pas d’introduire de nouvelles choses ou de revenir à d’anciennes formules éprouvées par le groupe à ses débuts.

La musique de Rotting Christ est avant tout une trame de fond, un décor sonore qui sert le propos en accentuant son aspect spirituel. Et si le grand adversaire Satan n’est jamais nommé dans aucun des titres de l’album, The Heretics dégage pourtant quelque chose de sombre, une rébellion contre un certain ordre établi, une remise en question constante des valeurs et de la foi. Les références à Dieu et au feu sont nombreuses (In The Name Of God, Dies Irae, Fire God And Fear), évoquant à la fois l’enfer biblique où sont jetés ceux qui se dressent contre Dieu, et le feu offert aux hommes par Prométhée contre la volonté de l’Olympe. Des thèmes familiers aux fans de Behemoth, et l’on pourrait sans mal comparer The Heretics à I Loved You At Your Darkest plus qu’à leurs compatriotes de Septicflesh.

Sans vraiment évoluer, Rotting Christ n’en délivre pas moins un album solide, dans la lignée des précédents. Certains trouveront facile de critiquer les compositions trop redondantes, d’autres reviendront avec plaisir en terrain connu. Quoi qu’il en soit, les Grecs restent fidèles à leurs principes, sans se soucier de plaire ou de déplaire. Comme l’a rappelé très justement la biographie officielle du groupe parue il y a peu, un seul mot d’ordre : « non serviam ».

The Heretics
Rotting Christ
Season Of Mist
2019

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