I Want You To Worship Satan – King Satan

On dit souvent de ne pas se fier à sa première impression, mais d’un autre côté, difficile de l’ignorer. Le business de la musique, quel que soit le genre, est saturé de groupes et pour espérer percer, il vaut mieux que cette première impression soit positive, poussant ainsi l’auditeur curieux à vouloir en savoir plus, explorer l’univers d’un groupe ou d’un artiste, et ainsi l’aider à gravir les marches du succès. Autant dire qu’avec King Satan, la première impression ne risque pas d’être mesurée.

Fondé en 2015, ce groupe finlandais de la ville de Tampere opère dans un registre indus metal/hellektro aux sonorités, disons-le tout de suite, très familières des fans de leurs compatriotes de Turmion Kätilöt. I Want You To Worship Satan, sorti en novembre 2019, fait suite au premier album du groupe, sobrement intitulé King Fucking Satan. D’ores et déjà, on sent venir le rictus moqueur aux lèvres de ceux qui se demandent quel genre d’abruti peut encore trouver des titres aussi bidons en 2019, à part Dark Funeral. Et c’est là que le piège se referme, car rien ne prouve que King Satan se prenne autant au sérieux que les blackeux suédois. Question visuel, ce n’est guère mieux : sur un artwork qui sent le Photoshop foireux, le chanteur, qui répond au doux nom de King Aleister Satan (rien que ça ?), a l’air de sortir d’une soirée Halloween avec un look à la King Diamond, mais raté. En fait, le seul visuel un peu cool, c’est le logo du groupe, et il ne correspond pas du tout à leur musique. Là encore, est-ce voulu ? Aucune idée. Admettons-le, on a vu plus inspiré sur des skyblogs de gothiques.

La musique rattrape-t-elle le tout ? Il semble bien que non, hélas. À défaut de savoir si le groupe est une parodie assumée ou un projet sérieux, on ne peut que se fier à sa propre opinion, forcément biaisée. Ne prenez donc pas pour argent comptant ce qui suivra dans cette chronique, mais gardez-le dans un coin de la tête. Même si King Satan était un groupe parodique, il y aurait quelques éléments pour en être certain : une certaine façon de jouer, d’être, des détails qui par exemple nous rassurent quant à l’humour du groupe, comme ce serait le cas chez Ultra Vomit ou Nanowar Of Steel. Ici, aucun indice ne permet d’en être sûr, ce qui pousse donc à juger la musique avec sérieux… et très vite, on se rend compte que ce n’est pas un bon album. Sans le jeter dans la fosse des étrons cosmiques, I Want You To Worship Satan souffre de trop nombreux défauts pour qu’on puisse l’apprécier sérieusement ou non. Tout d’abord, il est oubliable : après 43 minutes, il ne faut guère que quelques instants pour ne pas se souvenir de ce qu’on vient d’entendre. Aucun morceau ne sort vraiment du lot, à part éventuellement le titre éponyme, une piste de moins d’une minute qui se résume en fait à un genre de sketch de Jean-Yves Lafesse où une voix « démoniaque » appelle un type lambda au téléphone pour lui demander de le vénérer. Dans le genre inutile, ça se pose là. Les brèves étincelles qui pourraient susciter un semblant d’intérêt disparaissent aussitôt derrière des mélodies electro génériques et creuses, et les tentatives d’installer une espèce d’ambiance burlesque donnent plus envie de se mettre un bon facepalm que de rire. En fait, le gros problème de cet album, c’est que chaque élément qui pourrait être intéressant individuellement a déjà été fait en mieux par d’autres groupes récents. Le côté cirque décalé ? Pensées Nocturnes et Avatar écrasent la concurrence. L’electro-metal clubesque ? On a déjà Shaârghot, merci. Les références à Satan et au sexe ? Turmion Kätilöt a déjà tourné et retourné ce terrain avec plus de créativité et de talent.

Je ne suis pas pour dire du mal d’un groupe que je découvre à peine sans prendre le temps d’en savoir plus à son sujet, généralement. Ce n’est pas ainsi qu’on aide les artistes émergents à se faire un nom. Hélas, parfois on a cette première impression, solide et affirmée, qui brise d’office toute envie de donner sa seconde chance à un groupe qui, pourtant, pourrait avoir du potentiel avec un petit peu de travail. Si d’autres ont la patience de la leur accorder, grand bien leur fasse, car elle ne viendra pas de moi. Pour néanmoins finir sur une note positive, voyons le bon côté de la chose : si vous aviez l’habitude d’écrire des textes « dârk » dans votre agenda au lycée du genre « le metal domine, le rap s’incline, vive Satan », gardez-les au chaud ; avec un synthé et une guitare, y’a moyen d’en faire un album !

Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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