Entretien – Manuel Soufflard

 

Bonjour, et avant toute chose, merci de bien vouloir répondre à nos questions !

Au plaisir !

Pour commencer, pourrais-tu te présenter ?

Je suis Manuel Soufflard, chargé de communication et marketing chez J’ai lu, notamment de la collection « Imaginaire », mais aussi du polar, de la non-fiction, du Young Adult de la BD et d’une partie des titres en littérature générale. Même si j’aime tous les genres littéraires (ou presque), l’Imaginaire a une place particulière dans mon cœur, en tant que lecteur d’une part, mais aussi car c’est la première collection dont je me suis occupé dans ma première et ancienne maison d’édition, Le Livre de Poche. De ce fait, ça fait plus de 10 ans que je m’occupe des littératures de l’Imaginaire. C’est donc officiel : je suis un vieux !

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton rôle dans la mise en place du Mois de l’Imaginaire ?

Et bien tout d’abord il faut rappeler le caractère collectif de cette initiative, car il y a près de 50 éditeurs engagés dans le Mois de l’Imaginaire ! Depuis cette année et pour plein de raisons il existe une association pour structurer encore plus le mouvement. En résumé j’essaie, avec d’autres, de coordonner au mieux les actions entre ces différents éditeurs. Concrètement, c’est écrire à tout le monde pour lancer ou relancer des idées, répondre aux interrogations des différents partenaires, mais aussi aider les petits groupes qui travaillent sur des thématiques particulières à faire avancer les dossiers, comme les formations libraires, les relations avec les institutions, etc. Et tout ça en plus de mon travail ordinaire car il n’y a que des bénévoles dans le Mois.

Comment est venue cette idée du Mois de l’Imaginaire ?

Alors il y a plusieurs écoles, selon les interlocuteurs. En fait on peut presque dire que l’idée était dans l’air puisque plusieurs éditeurs pensaient dans leur coin à organiser des événements qui sont maintenant ancrés dans un événement unique, Le Mois de l’Imaginaire. C’est pire que l’anneau unique de Sauron !

Pour moi tout est partie d’une discussion entre éditeurs lors d’une soirée Babelio sur les lecteurs de l’Imaginaire en mai 2016 suivi d’un échange avec des intervenants éditeurs ; en résumé tout le monde s’accordait à dire que l’Imaginaire propose plein de pépites, de la réflexion ET du pur loisir, mais que les genres n’étaient pas assez reconnus et évoqués en librairie, dans les médias, et même chez les lecteurs, que beaucoup de gens aimaient les genres de l’Imaginaire sans le savoir (« Comment, Harry Potter c’est de la Fantasy ? »).

Plusieurs interlocuteurs dont les intervenants Pascal Godbillon (éditeur chez Folio, Denoël), Thibaud Eliroff (éditeur chez J’ai lu) et je crois Mathias Echenay (fondateur de la maison La Volte) ainsi que Sébastien Moricard (directeur commercial chez Bragelonne) disaient que ce constat valait depuis des années. Donc on s’est dit qu’on allait arrêter de se plaindre et qu’on allait faire quelque chose, ensemble. Bragelonne avait déjà un projet dans son coin, les éditeurs de poche (dont je faisais partie au titre du Livre de Poche à l’époque) se sont d’abord groupés pour organiser une grosse opération commerciale en librairie en octobre, puis on s’est dit que ça ne suffisait pas, qu’il fallait aller plus loin. Parallèlement, les maisons d’édition indépendantes spécialisées en Imaginaire pensaient à des actions communes et les deux « groupes » se sont assez vite rapprochés. La première édition a eu lieu en octobre 2017 et il ne fallait pas moins de 17 mois pour faire venir d’autres éditeurs, trouver des bonnes idées et un mode de fonctionnement avec tant de monde et surtout faire travailler ensemble des concurrents…

Comment décidez-vous des événements qui interviennent au cours de ce Mois, et comment choisissez-vous les intervenants ?

Pour vous répondre, je vais devoir d’abord expliquer un peu ce qu’il y a derrière le Mois.

C’est l’une de ses particularités intéressantes : il n’appartient à personne, et surtout pas aux éditeurs. Au fond nous n’espérons rien d’autres que tous les fans de l’Imaginaire (et au-delà comme dirait Buzz l’Eclair) s’en emparent et organisent plein d’événements sympas, en librairie, sur Internet, dans la rue, dans les bibliothèques, sur les blogs, où vous voulez ! D’ailleurs eMaginarock peut tout aussi bien proposer des choses ou en organiser, on relaiera avec plaisir !

Pour en revenir aux éditeurs, pendant deux ans le fonctionnement était complètement démocratique et tous les éditeurs, du plus petit au plus grand, avaient une même voix et pouvaient proposer et voter pour des projets. Les dépenses venaient soit de dons de certains éditeurs, soit de contribution en nature : tel éditeur payait pour la diffusion d’une affiche commune, l’autre pour des badges libraires, un autre encore pour des événements en librairie, etc. D’autres contribuaient par leur temps passé sur des projets. En 2019 comme nous avions de plus grandes ambitions et que cela nécessitait un vrai budget on a créé une association et il y a désormais une cotisation, mais qu’on a maintenue le plus bas possible pour n’exclure personne.

Pour les événements, une partie est proposée par les éditeurs regroupés dans cette association, une autre partie par les éditeurs indépendamment les uns des autres et enfin beaucoup d’événements ne viennent pas de nous, mais de libraires, de sites comme eMaginarock, de bibliothèques ou d’autres acteurs. On ne sait par exemple pas si l’expo Tolkien à la BnF en octobre c’est fait exprès mais nous en sommes ravis ! En fait on a l’impression que de plus en plus d’acteurs s’approprient le mois d’octobre pour mettre l’Imaginaire en avant, ce qui était l’objectif initial.

Pour le choix des événements dans le cadre de l’asso, c’est un vote collectif et on essaie d’atteindre l’unanimité des votants : l’année dernière, nous avons financé une attachée de presse pour faire parler des genres dans les médias, via le relais des événements en librairie, des tribunes et expliquer ce qu’était le Mois, mais aussi des vidéos et la création d’un site vitrine et le sponsoring et des animations sur les réseaux sociaux du Mois. Cette année nous avons voulu organiser une grosse soirée de lancement regroupant le maximum d’intervenants professionnels et amateurs de l’Imaginaire, lancer une grosse consultation sur les plus grandes œuvres de l’Imaginaire auprès du grand public et on espère mener à bien un projet datant de deux ans, à savoir des masterclass à destination des libraires et médiathèques, mais cela prend du temps, beaucoup de temps… Je rappelle que tout le monde est bénévole et que ça se rajoute à notre « vraie vie professionnelle » !

 

Je sais que c’est un peu loin, mais… as-tu déjà des idées pour le Mois de l’Imaginaire 2020 ?

Mais oui, on en a plein, il nous manque juste de l’argent et du temps ! Vous allez me dire qu’il y a plein de gros éditeurs et que ça ne devrait pas être l’argent qui manque, mais nous ne pouvons pas laisser tomber toutes les actions que nous faisons pour promouvoir nos livres et nos auteurs, donc tout ça se rajoute. Et puis il faut rappeler que malgré une idée reçue répandue, personne ne roule sur l’or dans l’Imaginaire, particulièrement dans l’édition…

Pour revenir à la question, il y a plein de projets qui n’attendent que leur heure et des bonnes volontés ! En vrac : mobiliser des célébrités qu’on sait aimer les genres de l’Imaginaire et pourquoi par instaurer un parrain et une thématique par année, multiplier les événements en librairie, voire organiser des soirées thématiques ou déguisées, élargir l’événement aux éditeurs BD & mangas et pourquoi pas aux acteurs de l’audiovisuel et du jeu vidéo, créer un petit livre pour expliquer ce qu’est l’Imaginaire, communiquer davantage dans l’année pour que tout le monde soit prêt en octobre, inclure davantage les auteurs et les sites & blogs aux actions, créer des challenges lecteurs et libraires, monter des dossiers de subventions pour avoir un budget encore plus importants pour multiplier les actions notamment de formation auprès des professionnels et pourquoi pas dans les écoles, créer davantage de matériels communs, apporter notre aide pour accueillir des grands événements internationaux liés à l’Imaginaire… On aimerait aussi davantage insister sur le côté festif les prochaines années. Et plein de surprises et d’autres choses pas encore pensées !

Si tu étais un héros de la littérature de l’imaginaire, ce serait lequel et pourquoi ?

Rhââaaaa, mais c’est trop difficile comme question, c’est justement parce qu’on s’identifie à plusieurs personnages qu’on aime ça ! Je vais donc être obligé de tricher héhéhé. Alors j’aurais rêvé d’être une pincée d’Alice (celle du pays des merveilles, oui oui c’est de l’Imaginaire 🙂 !) pour le côté merveilleux et barré, un peu de Renart le goupil (Le Roman de Renart, un des premiers livres en français, avec des animaux qui parlent !) pour le côté rusé et coquin, un des personnages des BD du cycle des Cités Obscures de Peeters & Schuiten pour l’univers, Morgoth du Silmarillion pour le côté dark (mais je crois être, hélas, un vrai gentil), dans l’univers du Trône de fer, un mélange de Samwell Tarly pour l’amour des livres, de Tyrion Lannister pour le côté stratège (qui se plante souvent) ou de Jon Snow pour le côté tragique (c’est le vrai héros de la série TV, il est réhabilité par son côté loser !), la subtilité psychologique et l’intelligence empathique et libertaire du Shevek des Dépossédés de Le Guin et tellement d’autres encore… Et Harry Potter, quand même, malgré la perte de ses parents et son destin chaotique. Tous les personnages de ma vie en moi réunis (oui oui, je trouvais bien de finir cette interview par une parodie des L5).

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