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Entretien avec Brandon Bliss (Monster Truck)

A l’occasion de la sortie du troisième opus des canadiens de Monster Truck, nous avons rencontré le claviériste Brandon Bliss, leur dernier concert parisien à l’Elysée Montmartre, pour connaitre un peu plus en détails la face cachée de True Rockers  Attention ! Révélations !

Izzy : Bonjour, merci de m’accorder cette interview. Comment vas-tu après ce superbe concert à l’Elysée Montmartre ?
Brandon : Hé bien ça va très bien ! Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit mais ça valait la peine !

Quel effet ça fait de jouer en première partie de Black Stone Cherry et dans cette salle parisienne mythique ?
Eh bien, au début, c’était très impressionnant ! Le premier « gros » groupe avec qui nous avons joué, c’était Deep Purple en 2012, au Canada, donc ça commence à dater… A cette époque, c’était la première fois qu’on ouvrait pour un aussi gros groupe, donc je ne me sentais pas vraiment à ma place, et je me suis dit « il y a un autre claviériste sur scène, et il est bien meilleur que moi, je ne suis pas assez bon, etc… »

Mais avec le temps, les grosses tournées que nous avons faites après ça étaient avec Slash et Alice In Chains, et ces mecs ont été tellement gentils avec nous qu’on s’est tout de suite senti à l’aise, et ces mecs nous ont vraiment aidés. Après ça, avec notre dernier album, nous avons fait une autre grosse tournée en support pour Deep Purple, on a fait un paquet de dates avec Nickelback, et tout ça nous a paru naturel au final, et nous n’étions plus intimidés.
Je pense que ça prend du temps, mais maintenant tout va bien pour nous, et on s’éclate en fait !

C’était la quatrième fois que je voyais Monster Truck en live et à chaque fois je suis impressionnée par cette énergie débordante. Comment vous faites ? Vous buvez des litres de café avant de monter sur scène ?
(Rires) Non, je ne bois pas du tout de café, tu sais, en ce qui concerne Monster Truck, on ressent toujours cette espèce de magie depuis que le groupe a commencé, ce n’est pas une chose à laquelle on réfléchit, c’est juste notre façon d’être, le son et le feeling du groupe, donc je n’ai pas de vraie explication pour ça… C’est juste ce qui se passe quand on est ensemble et qu’on joue !

Peux-tu m’expliquer ton job dans Monster Truck ?
Oh wow ! Ça dépend de quel aspect du groupe dont on parle… Musicalement parlant, tu le sais, je suis le claviériste du groupe, plus particulièrement de l’orgue Hammond, et mon rôle est de compléter ce que jouent la guitare et la basse. Mon instrument, l’orgue Hammond, est très efficace pour apporter des nuances. En plus de ça, je joue pas mal de parties qu’un guitariste rythmique pourrait jouer, ce qui permet à Jeremy de jouer plein de leads. Je fais passer mon clavier par un ampli guitare, et la plupart du temps les gens pensent qu’ils ne m’entendent pas et que la guitare a un son génial, alors qu’en fait c’est moi (Rires) ! Donc ouais, mon job c’est de combler les blancs dans la musique.

Pour le reste, je m’occupe aussi de tout ce qui est booking dans le groupe, toute la partie logistique liée aux concerts : le voyage, le staff sur place, être sûr que le matériel est bien envoyé sur place, etc… Je suis aussi celui qui fait attention à ce qu’on ne dépense pas trop dans tout ça ! Je fais pas mal d’administratif. Rien de bien glorieux, mais quelqu’un doit bien s’y coller, et comme c’était déjà plus ou moins mon rôle dans mon ancien boulot, j’imagine que je sais gérer ça un peu mieux que les autres.

J’ai plusieurs casquettes dans Monster Truck, mais personne ne s’y intéresse, je suis juste le claviériste, le mec qu’on ignore et dont tout le monde se fout, et qui bosse dans l’ombre, et c’est le chanteur et le guitariste qui ramassent la gloire… Mais ouais, je suis bien d’accord ! (Rires) Même si tout le monde ne le remarque pas, mais ça me va !

Quel est le morceau que tu préfères jouer en concert ? Pourquoi ?
Eh bien, j’aime vraiment jouer la majorité de nos morceaux, mais mes préférées sont les nouvelles chansons. Ce que je me dis quand je les joue, c’est que ces chansons ont fait de moi un meilleur claviériste et que ce que je joue maintenant est bien meilleur que ce que je faisais sur les albums précédents. J’ai eu la chance d’apprendre beaucoup de Dan Airey de Deep Purple juste avant qu’on rentre en studio, donc j’ai utilisé beaucoup de trucs que j’ai appris de lui qui ont rendu les nouveaux morceaux plus fun à jouer pour moi. Je pense que  « Devil Don’t Care » est l’une de mes préférées, « True Rocker » est vraiment cool à jouer, et ouais, ce sont vraiment mes favorites.

Peux-tu me dire d’où vient le nom « Monster Truck » ?
Alors, pour être honnête, je ne sais pas très bien… En fait, Steve, le batteur, avait un vieux mini-van. Je ne sais pas si vous avez autant de mini-vans ici en Europe comparé à nous, mais ils étaient super populaires, surtout à l’époque. Toutes les familles en avaient un. Ce n’est pas comme un grand van, c’est vraiment petit, mais comme il y avait pas mal de familles nombreuses, on en voyait partout. Donc Steve en avait un, vieux qui dormait dans un coin, pas mal abîmé et qui faisait beaucoup de bruit, qu’on appelait le Monster Truck. Et pendant longtemps, personne n’a pensé que ça pourrait être un nom de groupe, mais un soir, les trois autres faisaient la fête, et quelqu’un a dit : « Hey ! Ça devrait être le nom du groupe ! », et ils ont dit « Mais carrément ! », et quelqu’un a dit « Et pourquoi on n’intègrerait pas un orgue Hammond dans le groupe ? ». Et je suis quasiment sûr que j’étais le seul mec à jouer de cet instrument dans notre ville, et les gars le savaient, donc Jeremy m’a appelé le lendemain et m’a dit « Hey, ça te dirait de jouer dans un groupe qui s’appelle Monster Truck ? ». Au final, ce nom était à la fois le nom du van de Steve et du groupe de Steve, mais c’est un nom qui colle tellement bien à la musique qu’on joue !

… Et ce slogan devenu célèbre  « Don’t Fuck With The Truck »?
Alors c’était le truc de Jeremy et Steve ! Jeremy et lui sont coloc’, et je ne sais pas si c’était son idée au départ, mais ce que je sais, c’est que c’est lui qui a voulu en faire un t-shirt. C’est un slogan qui fonctionne parce qu’il est très « direct dans ta face », un peu comme le son du groupe, et il crée une certaine émotion quand tu l’entends, il est un peu provocateur, et c’est à l’image de l’attitude du groupe à l’époque. Je pense qu’on était plus énervés au début, et que c’était un bon slogan pour faire passer le message, puis c’est devenu une signature au fil du temps. Tout le monde a commencé à le dire, et les t-shirts se vendaient, et il est devenu partie intégrante de la personnalité du groupe. Donc voilà, c’est cool, c’est « bad ass », les gens trouvent ça cool aussi, du coup ça nous va !

Est-ce que True Rockers a été produit uniquement pour les vrais rockeurs ?
C’est pour n’importe quelle personne qui aime le Rock. On a essayé de nouvelles choses, mais on n’essaie pas d’être un autre groupe. Je pense que l’essence de cet album est la même que celle des précédents. Nous sommes toujours un groupe de Rock qui essaie de jouer de bonnes chansons de Rock pour les gens qui aiment le Rock. C’est ce que nous avons toujours fait, et là encore c’était notre leitmotiv. Peut-être que les gens vont être un peu déroutés parce que quelques chansons, notamment les premières que nous avons sorties, étaient un peu différentes, et ça a fait peur à certains, mais en tant que groupe tu te dois d’expérimenter – ou du moins nous en avions envie – nous ne voulons pas être un groupe différent, mais je pense que c’est cool de tester des trucs, donc pour le meilleur ou le pire, on l’a fait ! Vraiment, on a fait ça pour l’amour du Rock et les gens qui partagent cet amour.  Pour être honnête, être un « True Rocker », c’est être fidèle et vrai envers toi-même, sans barrières, et c’est de ça qu’il s’agit sur cet album : être un « True Rocker ». Ce n’est pas un club secret ou quoi que ce soit, tout le monde peut adhérer. On essaie juste d’inciter les gens à être les plus intègres possibles.

Comment se déroule le processus d’écriture dans Monster Truck ? Tout le monde participe ?
Jon écrit toutes les paroles. C’est son truc, il a toujours voulu le faire, donc on le laisse faire. On lui propose des idées de temps en temps pour lui filer un coup de main, mais il aime vraiment le faire. Parfois, ce sont les paroles qui arrivent en premier, d’autres fois c’est un riff de guitare ou une idée de Jon ou Jeremy. La manière dont cette idée va être présentée au groupe est assez différente à chaque fois. Il arrive qu’ils ne proposent qu’un riff de guitare, qu’on triture dans tous les sens, ou alors ils ont déjà une idée plus précise de ce que sera la chanson et on la teste. Généralement, on se retrouve avec tout le groupe, et tout le monde va commencer à jouer ses propres trucs. Avec le clavier j’ai plein de possibilités, de sons différents, donc on se retrouve, on joue, on enregistre, et on réécoute tout ça après. Ça change complètement ta perception de ce que tu viens d’écrire. On essaie plusieurs versions, on en fait plusieurs démos, et au bout d’un moment, tu sais que ta chanson fonctionne.

En gros, c’est comme ça qu’on fonctionne. Ça commence avec Jon et Jeremy, puis tout le monde s’y met et on expérimente.

J’aime beaucoup l’artwork de cet album. Peux-tu me dire qui l’a fait ? Est-ce qu’il travaille seulement avec vous ou aussi avec d’autres groupes ?
Le mec qui nous a fait l’artwork s’appelle Tony Sklepic, c’est un tatoueur d’Edmonton. Il fait des tattoos hyper réalistes, pas mal de comics, et pour le coup, si tu regardes l’artwork, ça nous ressemble vraiment ! Et il a dessiné ça comme ça, en live sketching, sans photo ni rien, pas de Photoshop, il a tout dessiné comme ça, d’un coup, sur la même page, pour te dire à quel point c’est un artiste talentueux ! Il est incroyable ! Il était fan du groupe quand on est devenus potes il y a quelques années. On avait cette idée en tête depuis un moment, cet esprit très « Blacksploitation » des 70’s. On lui a soumis l’idée, et ce qu’il nous a proposé en retour a fonctionné immédiatement. Il fait essentiellement des tattoos, je pense qu’il dessine pas mal de son côté, qu’il vend des prints et ce genre de choses, mais je ne sais pas s’il avait déjà fait des artworks d’albums avant ça. Peut-être que les autres le savent… Jon le saura probablement, c’est lui qui est devenu pote avec Tony en premier, et il s’est fait tatouer par lui plusieurs fois.

J’ai une horrible question à te poser (rires) : quel est ton pire souvenir en live ? et le meilleur ?
Le pire souvenir ? Wow… Personnellement, rien ne me vient là comme ça, mais je me rappelle d’une fois : on jouait avec Nickelback pour la première fois, dans des stades en Australie, et je ne sais plus si c’était le premier ou le deuxième concert, plus probablement le premier. On commençait par « Why Are You Not Rocking », qui commence avec la caisse claire avant que la guitare n’arrive. Steve a lancé le beat à la caisse claire, et Jeremy a voulu commencer son riff de guitare, et rien ne se passait… Donc Steve a continué sur la caisse claire, Jeremy a commencé à flipper, tout le monde courait sur scène pour tenter de comprendre ce qui se passait et pourquoi la guitare ne fonctionnait pas, Steve est resté sur sa caisse claire pendant deux minutes avant de s’arrêter. On était le groupe d’ouverture de la soirée, et clairement, on était loin de l’impact et de l’effet escomptés. Ça nous a rendus super nerveux, parce que c’était un stade immense avec un tas de monde, c’était vraiment flippant…

Et ton meilleur souvenir ?
Le meilleur souvenir : Evidemment, toutes les dates avec les gros groupes dont je t’ai parlé tout à l’heure ! Tous ces concerts étaient vraiment cool ! Mais quand on a tourné avec Alice In Chains, le bassiste Mike Inez est venu jouer ses chansons préférées avec nous ! C’est très spécial et touchant d’avoir un mec d’un groupe tel qu’Alice In Chains qui vient jouer tes morceaux ! C’était vraiment magique !

Quels sont les groupes que tu écoutes en ce moment ?
J’écoute pas mal de vieux groupes que j’ai toujours aimés : j’écoutais les Rolling Stones pas plus tard qu’hier soir. Il y a un mec que j’adore, qui fait pas mal d’Electro, John Hopkins, un anglais. Il joue une musique vraiment cool ! Je suis allé le voir sur scène et j’ai été vraiment soufflé ! Sa musique est vraiment belle et ne ressemble à rien que j’aie pu entendre avant. Il est très certainement en haut de ma liste actuellement ! Pour tout te dire, je n’écoute pas beaucoup de Rock moderne, parce que je n’ai pas trouvé au cours des dix dernières années de groupe qui sonne mieux que les bons vieux groupes de Rock que j’aime tant. Il y a parmi les vieux standards tellement de matière et de choses que j’aime, là pour moi quand j’en ai besoin que… bon… tu vois ? Si j’ai des envies de Rock, j’écouterai certainement du Johnny Cash ou ce genre de trucs avant de me tourner vers des groupes plus récents, parce qu’à moins que ces groupes puissent s’élever à ce niveau, à quoi ça sert ? C’est juste mon opinion…

Que penses-tu de Bon Jovi, qu’on entend en ce moment au Hard Rock Café ?
C’est un peu « cheesy », mais ouais, j’adore ça, c’est aussi ça le Rock ! J’aime ces gros hymnes Rock des 80’s, c’est cool, c’est fun, et c’est ce que le Rock est supposé être. Quand j’étais gosse et un peu Punk, j’aurais trouvé ça chiant, mais maintenant, du moment que les gens passent un bon moment, c’est ce qui compte le plus. Je m’éclate quand j’écoute du Bon Jovi, donc voilà ! Je ne l’ai pas rencontré, non. Peut-être qu’on se croisera s’il tourne !

Hormis la musique et Monster Truck, quelles sont tes passions ?
Je n’ai pas d’enfants et ne suis pas marié, donc j’ai plein de temps pour moi. J’aime beaucoup de choses : la lecture, l’art en général, le sport (aller à la salle, j’adore la rando aussi), j’aime aussi beaucoup ne rien faire et profiter – je suis une personne très contradictoire en fait – j’aime trop de choses pour avoir le temps de tout faire… Je fais beaucoup de musique dans mon coin, juste devant mon ordi, j’écris toujours plein de trucs, soit des chansons, soit juste de la musique atmosphérique, juste m’amuser avec tout ce qu’offrent les logiciels de musique qu’on trouve maintenant. J’aime les films, mais pas les trucs cucul hollywoodiens, j’aime les vieux films. Tout comme j’aime les classiques de la littérature : mes livres préférés sont les vieux livres du XIXème siècle : Dracula, Frankenstein, pas mal de littérature gothique.  Je viens de terminer « Le loup des Steppes », d’Hermann Hesse. Ce genre de choses…

Quel est ton film préféré ?
Mon film préféré… Je pense que c’est « Pulp Fiction » ! Je suis tombé amoureux de ce film, et c’est celui qui m’a donné envie d’entrer en école du cinéma. J’aimais tellement les films de Tarantino que je me suis dit que je voulais faire des films aussi quand j’étais ado. Au bout d’un an, j’ai réalisé que c’était une question de politique et de contacts, et que si tu voulais être réalisateur il fallait faire en sorte que les gens te choisissent. Je passais mes nuits à jouer de la musique, donc je me suis dit que je devrais finalement plutôt m’orienter là-dedans.

En tant qu’admiratrice de Monster Truck, j’ai trouvé le set d’hier vraiment trop court… Avez-vous prévu de revenir à Paris et jouer plus longtemps ?
Ouais, 40/45mn, c’est… trop court… C’est pour ça qu’on reviendra probablement comme headliner en mai ! Il faudra que tu bouges un peu, mais on joue à Savigny-le-Temple et Vauréal ! Et avec un peu de chance, on reviendra peut-être en automne. On veut vraiment revenir ! On a remarqué que le public est cool ici, donc on reviendra autant qu’on le pourra !

C’est malheureusement la fin de notre entretien. As-tu un dernier message pour nos lecteurs ?
Venez nous voir si vous aimez la bonne ambiance d’un show Rock énergique, nous avons le show qu’il vous faut, donc n’hésitez pas !

Merci beaucoup pour cet entretien Brandon. A bientôt !
Merci à toi, c’était très cool ! A l’année prochaine !

Interview réalisée le 04 Décembre 2018
Traduction : Julien Dijoux (merci beaucoup !)
Photos promo : Mathew Guido

Eldricht Tales

A propos de Izzy

C’est l’histoire d’une fille qui n’a pas toute sa tête… Passionnée d’arts graphiques et de littérature fantastique, issue de diverses formations artistiques et amoureuse de la musique depuis belle lurette, elle cherche à faire partager ses passions à travers des productions de concerts. C’est ainsi qu’en 2012 elle crée une association de production de concerts indépendante sur la capitale, Extrême Factory. En parallèle, elle est chroniqueuse pour différents webzines musicaux et commence ainsi une carrière de schizophrène mélomane.

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