Entretien avec Aurélien de Seven Eyed Crow

 

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Seven Eyed Crow ?

Salut, je m’appelle Aurélien mais on m’appelle « Oreye ». Je suis l’un des deux guitaristes du groupe et je suis producteur de celui-ci via « Lunatik Music », une association que je gère et finance.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

En 3ème, mon meilleur pote m’a offert Nevermind de Nirvana alors que je lui avais demandé en « en 1990 » de Jean Leloup pour mon anniversaire (rire). Je ne m’en suis jamais remis. L’année d’après, à l’auberge de jeunesse d’Anglet ou je faisais un stage de surf, le DJ nous a matraqué Rage Against the Machine qui venait de sortir. J’ai couru acheter le CD dès que je suis rentré à Bordeaux. Je n’ai jamais cessé d’être fan de métal, depuis, au sens le plus large. Enfin en terminal je quitte mon groupe de reprises pour un groupe qui deviendra Nihil après mon départ à l’université et depuis je n’ai joué en groupe que des dérivés de cette musique.

D’où vient le nom du groupe ? Il n’est pas sans rappeler Game of Thrones. Est-ce une référence ?

Oula ! ça vient d’un moment imprégné (rire). C’est venu comme une sorte de révélation. Et si notre réalité, dans un lieu et un temps donnés, n’était qu’une des multiples couches ou dimensions d’un tout plus grand ? En creusant plus loin dans le thème, nous avons imaginé sept réalités possibles. Sept mondes. Du passé au présent jusqu’au futur. Mais aussi de l’Enfer au Purgatoire et jusqu’au Paradis. Six couches, transcendées par la dernière : le rêve, comme un vaisseau pour passer de l’une à l’autre. L’imagination a fait le reste. L’idée d’un corbeau à sept yeux, chacun capable de voir travers une seule dimension, est devenue le nom du projet. C’est aussi un visuel terrible. Mais rien à voir avec GOT.

Comment définirais-tu la musique de ton groupe ?

Question simple et pourtant difficile à répondre. Pour moi nous faisons du rock. Le sous-genre est question de spécialistes. Seven Eyed Crow c’est un melting pot musical en permanent recentrage. L’émotion et le rock puissant sont les éléments centraux qui luttent contre des divergences fusion, jazz, hip hop, pop ou avant-gardistes. Le fil conducteur est subtil et nous laisse sur une ligne de rock progressif mélodique à la Karnivool, Leprous ou Agent Fresco. Nous avons tous pas mal trempé dans le néo-métal et la fusion dans notre jeunesse et nous en avons gardé l’absence de limites musicales et l’esprit d’ouverture qui animait ces groupes. C’est une « niche » musicale qui peut débouter pas mal de puristes.

Icarus est le nouvel EP du groupe. Comment s’est passé le travail dessus ? Qui écrit quoi ?

Nous sommes un peu partis dans une voie plus complexe et plus calme avec l’arrivée de Yoann à la basse. Les morceaux partent souvent d’un canevas à la guitare et se recomposent en salle de répétition avec l’arrivée de chacun. Jay notre chanteur nous orchestre mais compose son chant définitif tardivement une fois la structure mélodique établie. Il est en autonomie totale sur l’écriture de ses textes. Ils nous les faits relire voire nous les traduits. Nous n’y trouvons jamais rien à redire. Nous ne travaillons ensemble que sur les mélodies. La crise Covid est arrivée après ces cinq morceaux et il a été difficile d’en lancer des nouveaux. Nous les avons donc beaucoup arrangés et nous les avons sortis en un EP.

Où trouves-tu l’inspiration quand il s’agit d’écrire de la musique ?

Sans vouloir paraitre trop intello, c’est vraiment un processus sublimatoire au sens freudien du terme. J’y met toute la négativité de nos vies modernes et j’essai de le transformer en quelque chose de positif. Ça vient en jet et je sors mon téléphone pour chanter dedans ou je saute sur ma guitare pour y autister quelques heures. Comme beaucoup d’artistes, je suis plus prolifique quand je me sens mal ou quand je brasse de la merde.

Quelle est ta piste préférée de cet album, et pourquoi ?

C’est « Eyes Wide Shut », qui est loin d’être la plus commerciale. J’aime ce tour de force de garder une cohérence sur 7’30 de musique. Elle passe par tellement d’état d’âmes. J’ai parfois l’impression que c’est la B.O. de ma vie.

Pourquoi avoir choisi cette photo de ciel étoilé, fort inspirante par ailleurs ?

Icarus est imprégné de thèmes dystopiques et de réflexions sur l’avenir de l’espèce humaine. Nos parentalités et nos deuils récents nous amènent à questionner le futur et à nous interroger : où va l’humanité ? Ne finira t’elle pas par se brûler les ailes à vouloir se rapprocher du soleil, à vouloir se faire dieu ? Nous avons voulu un artwork qui reprenne ceci et qui interroge : explorer l’espace pour abandonner la terre ou essayer de la sauver du défi climatique ? La pochette de Benji, qui a déjà fait nos précédents artworks, est une vraie réussite.

Qu’y-a-t-il de prévu niveau clip pour soutenir cette nouveauté Un clip est déjà sorti pour le morceau To My Old Man mais d’autres choses sont-elles prévues ?

Le clip de Weird Boy est prévu le 11/02. Nous travaillons sur un clip maison en stop motion pour Until qui sortira dans un 3eme temps.

Seven Eyed Crow sur scène, c’est pour quand ?

Ben trois mois de répétitions intensives pour une annulation de tous les premiers concerts c’est un peu dur à vivre. Une date subsiste à Lembras près de Bergerac le 27/08 et à Gradignan près de Bordeaux le 18/11 et une autre se profile à Angoulême. Pour le reste, on est un peu en expectative car c’est beaucoup de travail pour beaucoup d’annulations. Mais on prend quasiment tout ce que l’on nous proposera.

2021 a été très riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année ?

J’hésite entre « Aphelion » de Leprous, « Vengeance » de Twelve Foot Ninja, mais finalement je choisis le « Zeal and Ardor » (partiellement sorti à ce jour) qui est la plus grosse claque que j’ai prise ces dernières années.

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.