3 questions à Marie Valente, autrice de Le Secret du Roi

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Le premier roman de Marie Valente, Le Secret du Roi, est sorti ce mois-ci chez Bragelonne. Proposant une urban-fantasy au temps de Louis XV je dois avouer que j’ai été séduit tant par ses personnages que son scénario.

Le personnage d’Hippolyte n’est pas sans rappeler le Chevalier d’Eons. T’en es-tu inspirée pour créer ton protagoniste ? D’où te sont venues les premières lignes de ton trio de héros ?

Quel personnage fascinant, le Chevalier d’Éon ! Je m’en suis inspiré oui, mais aussi de Lady Oscar (le personnage principal du manga La Rose de Versailles) qui ne se travestit pas pour les mêmes raisons que mon héroïne et qui ne cache pas son véritable genre. Hippolyte se travestit en garçon pour ne plus être contrainte par le fait d’être une femme au XVIIIe siècle, autant par les buts sociaux du mariage et de l’enfantement imposés aux femmes, que par le costume qui n’est fait que pour paraître. Car on parle de corps à baleines qui resserrent la taille et le buste, de paniers qui pouvaient blesser les jambes ou même de robes parfois cousues directement sur la personne. Alors que les habits masculins bénéficiaient de boutons par exemple. C’est peut-être simple, mais ça leur permettait d’enlever et de retirer leurs vêtements seuls et de les ajuster à leurs mouvements. Hippolyte cache son genre mais vit avec la plus grande sincérité. Elle est enfin elle-même dans ces habits d’homme et dans le maniement de l’épée qui lui permet d’être autonome.

Si elle incarne « les bras » du cabinet du Secret, son collège James Darroch est quant à lui son pendant en incarnant « la tête ». Il me fallait un personnage aux antipodes pour compléter le duo d’agents. James est plus réfléchi, taiseux et conscient de ses multiples identités : il est un exilé écossais, un catholique romain, un espion en Angleterre, un agent au service de la France et un être surnaturel. Ce qui ne l’empêchera pas de se remettre en question à diverses reprises ! Quant à Olympe, elle est celle qui trouvera peu à peu sa place dans le Cabinet et dans le déroulement de l’histoire. Née esclave aux Antilles françaises, elle est parvenue à s’enfuir et à atteindre l’Europe après moult aventures. C’est un personnage encore plus en marge que les deux autres, qui s’est libérée seule, mais qui mettra du temps à reprendre le contrôle de son destin. Comme mon roman parle de l’emprise extérieure sur le corps et l’individu, Olympe était indispensable.

L’époque de Louis XV est peu utilisée dans l’imaginaire francophone et c’est finalement assez dommage. Comment as-tu conçu cette histoire qui débute comme de l’espionnage ? Quelles ont été tes premières idées au moment d’ajouter une dimension surnaturelle à ton histoire ?

Je trouve aussi que c’est dommage, alors que le règne de Louis XV occupe la majeure partie du XVIIIe siècle et qu’il voit l’émergence des sciences et de la philosophie au point où on le surnomme le Siècle des Lumières. Le début du règne de Louis XV (ainsi que la Régence qui le précède) est à mon sens encore plus intéressant à explorer : on sort d’une période très austère et très religieuse avec la fin du règne de Louis XIV, pour entrer dans une période de libération des mœurs et de la parole. Le roman se déroule donc durant cette époque de transition : entre une place de l’Église encore très forte et le déploiement de nouvelles pensées qui mèneront à la Révolution.

Au départ, ma première idée était de faire un roman historique qui tournerait autour du service secret que met en place Louis XV, et dont ont fait partie le Chevalier d’Éon et Beaumarchais. Louis XV était un roi très secret et timide, à l’aise uniquement en petit comité. C’était une base parfaite pour introduire tout un pan surnaturel à mon histoire, qui resterait invisible et caché. Et comme j’éprouve plus de liberté dans l’écriture avec le surnaturel qu’avec l’exactitude historique, les vampires, les lycanthropes et les alchimistes s’en sont mêlés ! Ils sont une occasion parfaite de parler de l’autre, de différences, du rejet et de l’acceptation ; mais aussi de ce que la société impose aux minorités et de la perte de pouvoir sur sa propre personne. Hippolyte, James et Olympe sont finalement tous les trois plus proches de ces communautés que de la société dans laquelle ils sont nés.

Comme à cette époque, l’ennemi numéro 1 de la France était l’Angleterre, les Loups – l’équivalent anglais du Secret – ont émergé pour devenir le parfait reflet des tensions de leur temps (avec une dirigeante à poigne !) C’est aussi dans tout ce contexte que j’avais envie de replacer les jacobites. Ils sont les loyaux soutiens du prétendant Stuart au trône d’Angleterre et d’Écosse et ont mené plusieurs révoltes pour détrôner la dynastie protestante des Hanovre. La plupart ont trouvé refuge à Rome, auprès du pape, mais aussi à Paris, auprès de Louis XV, leur principal allié. On leur doit la création de multipes sociétés secrètes que craignait le pouvoir, ça ne pouvait que coller avec l’univers que je mettais en place ! Je me suis enfin beaucoup amusé à explorer les écrits de l’époque pour récupérer ce qu’on pensait des vampires, comment on se battait à l’épée, ce qu’on risquait à se travestir, ce que l’on rapportait dans les anecdotes de la Cour (le Singe vert était, par exemple, le surnom réel donné au prince de Conti).

As-tu commencé à travailler sur la suite ? Car la fin du Secret du Roi appelle très clairement à une ce que l’histoire continue. Comment conçois tu la série : trilogie, plus encore ? As-tu déjà un plan global de l’ensemble des aventures d’Hippolyte ?

S’il y a une suite, ce ne sera pas une suite directe. J’ai effectivement laissé en suspens une ou deux affaires qui appellent à un prochain tome, mais j’envisage un bond dans le temps de plusieurs dizaines d’années pour les régler – la toute fin du XVIIIe siècle voit certes arriver la Révolution, mais aussi des épisodes fascinants comme l’Expédition en Égypte de Napoléon. Il y a tout de mêmes des indices sur la fin de l’arc d’Hippolyte dans le livre ! Et même si je suis très attachée à ce personnage, j’ai besoin d’explorer d’autres possibilités dans cet univers peuplé d’immortels parfois peu croisés… Cela dit, j’avais coupé des scènes ou des idées durant l’écriture du Secret du Roi, donc pourquoi pas les faire revenir sous forme de nouvelles !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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