Entretien avec Fabien, guitariste de Junon

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que tu peux tout d’abord te présenter et nous expliquer ce que tu fais dans Junon ?

Salut, je m’appelle Fabien Zwernemann, j’ai rejoint General Lee à la guitare en 2007 et je suis donc désormais dans Junon.

D’où vient le nom du groupe ?

Junon est l’une des cinq déesses astéroïde et le nom du titre d’ouverture figurant sur le premier EP du groupe « The Sinister Menace » enregistré en 2003. C’est un titre emblématique qui nous a suivi durant toutes ces années et qui représente une base solide de notre son et de ce que nous aimons composer ensemble. Ce choix s’est donc imposé comme évidence à notre retour afin de garder un lien avec General Lee, le changement dans la continuité.

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

Je pratique la musique depuis l’âge de 6 ans, j’ai commencé par le violon. Un copain de classe m’a fait découvrir « Nevermind » de Nirvana à 10 ans, c’est la première fois que j’écoutais de la musique « saturée ». Dans la foulée je suis tombé sur Metallica, qui est LE groupe qui m’a amené vers le metal et qui m’a donné l’envie de jouer de la guitare et de monter un groupe. Venant d’un milieu modeste, ma première guitare était une guitare classique, mais c’était parfait pour jouer « Fade To Black » ;)

« The Shadow Lenghten » est le nouvel EP du groupe. Comment s’est passée son écriture ?

Assez Facilement et sans aucune pression extérieure en fait…La composition a débuté après une longue pause de 4 ans donc nous avions tous énormément envie de composer, d’expérimenter et de nous ouvrir à d’autres perspectives musicales. Notre ligne directrice reste la mélancolie, des riffs massifs, des plans hardcore, finalement un mix de tout ce que nous avons pu créer avec General Lee. Nous n’aurions jamais pu composer les titres de Junon sans les quasiment 20 ans de General Lee derrière. On s’est nourri de cette longue expérience.

La musique de Junon est à la fois poétique et puissante. Comment parviens-tu à cette alchimie ?

Merci c’est flatteur. Ce mélange se fait de façon assez naturelle car nous sommes 3 guitaristes dans le groupe avec des influences différentes et avec chacun un son bien spécifique. Nous démarrons généralement la composition par un riff de guitare plutôt rythmique et catchy puis nous ajoutons des couches et des textures différentes pour avoir un spectre sonore assez large et riche. Ensuite la section basse/batterie vient muscler le tout suivi des chants qui proposent davantage de variété qu’à l’époque de General Lee. Le mélange de nos six personnalités donne le son de Junon, entre explosions hardcore et mélodies tristes.

Où trouves-tu l’inspiration quand il s’agit d’écrire la musique de Junon ?

Personnellement, j’essaye de ne pas trop être inspiré par la sphère musicale dans laquelle on navigue avec Junon. La musique que j’écoute et les émotions qu’elle génère ont forcément un impact sur la composition, mais lorsque je sors ma guitare, mon cerveau switch en mode lobotomie et je laisse parler les sons.

Quelle est ta piste préférée de l’album, et pourquoi ?

J’aime beaucoup le morceaux « Sorcerer », de par sa simplicité et son alternance d’orage et d’éclaircie. Ce morceau joue beaucoup sur ces deux extrêmes, entre riffs plus planants et le tonnerre qui gronde, annonçant le déluge.

Un clip est actuellement sorti pour « Carcosa ». Comment s’est passé le tournage ? Ce n’est pas trop dur de devoir faire semblant de jouer et chanter pendant tout un tournage ?

Le tournage au FRAC de Dunkerque s’est très bien passé. On a eu l’opportunité d’utiliser le belvédère situé au dernier étage du bâtiment avec sa verrière avec vue sur la mer et sur le couché de soleil. C’est assez physique car tu répètes des dizaines de fois le même morceau en te donnant à fond, mais ça reste très enthousiasmant car au fil des prises tu perçois de plus en plus à quoi va ressembler le résultat final. Nous avons eu la chance de travailler avec Eloi Casellas, un ami de longue date et directeur artistique qui travaille pour l’agence LUEE en Catalogne. Nous avions totalement confiance en son travail et en sa vision, d’autant plus qu’il avait vraiment préparé les plans en amont. Avec toutes ces bonnes conditions réunies tu ne peux pas te permettre de faire semblant pendant les prises, même au niveau des chants, sinon tu n’es pas crédible. On a poussé les potards bien à fond pour s’immerger dans le morceau et c’était parti pour un playback non-stop pendant des heures, un peu comme quand t’as 12 ans et que tu fais du Kurt Cobain devant ton miroir de chambre. Ça restera une expérience inoubliable.

Ça ressemblera à quoi un concert de Junon, quand vous aurez le droit d’en refaire ?

On fait ce qu’on appelle du post metal mais sur scène ce n’est pas l’ambiance shoegaze qui ressort le plus, mais plutôt une grosse énergie. On aime tellement être sur scène tous les six qu’il n’y pas de demi-mesure, on se donne à fond et on en ressort vidés, comme tu as pu voir dans le clip ou si tu es vieux et que tu n’as déjà vu sur scène ;)

Le confinement d’un musicien, ça consiste en quoi ? Beaucoup de musique avant tout ?

Hormis la difficulté de ne pas pouvoir se retrouver dans la même pièce pour répéter et passer du bon temps ensemble, ça ne change pas grand-chose pour nous. Outre le Covid, on est tous dispatchés en France, entre le Nord, Les Landes et Nantes, depuis quelques années donc on s’échange régulièrement par internet des idées de riffs et on enregistre chacun de notre côté des versions démos des titres. Ça nous permet d’être le plus efficace possible et d’avoir une vision précise du rendu final lorsqu’on a la possibilité de se libérer du temps pour répéter tous ensemble.

Ça devient beaucoup moins évident de se projeter, les perspectives sont bouchées ainsi que la possibilité de monter sur scène. C’est difficile de maintenir un degré de motivation dans ces conditions mais on reste patients et on en profite pour bosser sur le premier album.

2020 a été riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année ?

J’ai beaucoup aimé la collaboration Emma Ruth Rundle et Thou avec ce mix de douceur et de fureur.

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Merci pour l’interview et le soutien et à bientôt.

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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