Depuis la reprise de la licence de l’Appel de Cthulhu par EDGE, outre l’excellent Cthulhu Mythos (chronique ICI), on n’avait eu le droit qu’à du « classique ». C’est donc avec une GRANDE impatience que j’attendais l’arrivée de Berlin, la première  véritable création originale depuis longtemps (outre le recueil « Aux Portes des Ténèbres », un recueil de scénarios adressés aux débutants).

Le teasing était très bon, restait à savoir ce que le bébé avait dans le ventre.

Et je n’ai pas été déçu…

NdR : je tiens à préciser que le contenu du livre (surtout sa deuxième partie, les scénarios) est réservée à un PUBLIC PARTICULIÈREMENT AVERTI de part les thèmes qui y sont abordés.

 

 

L’ouvrage se compose (pour moi) de deux grandes parties :

1/ La ville, ses habitants et le mythe (qui correspondent aux quatre premiers chapitres du livres).

2/ Les scénarios (au nombre de 3).

LA VILLE

Les 100 premières pages donc (approximativement) vont permettre de découvrir Berlin telle qu’elle était au sortir de la Grande Guerre. Tout y passe. De la géographie, à la population qui l’habite, à son système politique, ses monuments, ses lieux intéressants et incontournables, les personnalités de tout bord et de tous genres, ses vices et ses perversions, tout y est expliqué en détail. C’est foisonnant, très, trop ? Non, pas trop, mais la quantité d’information présentée est proprement hallucinante et il est évident qu’il faudra plusieurs lectures pour bien tout assimiler. cela dit, l’avantage, c’est que le Gardien n’est pas obligé – heureusement – de connaître la ville sur le bout des doigts pour y plonger ses joueurs.

Dans cette première partie, outre l’aspect « touristique », il y a une partie plus centrée sur les investigateurs : comment les plonger dans la ville, quelles peuvent être les raisons de leurs présence s’ils ne sont pas allemands, les groupes d’appartenance possibles, etc. Le Mythe a lui aussi son chapitre dédié, avec la description de certaines sectes implantées dans la ville et des accroches de scénarios.

Pour terminer sur cette première partie, mention spéciale au chapitre Oh ! You Pretty Things, une sorte de Who’s Who de Berlin qui va permettre de placer (éventuellement) les investigateurs en présence de certains personnages célèbres (pour certain peu recommandables s’il en est).

Bref, même si la lecture de cette première moitié d’ouvrage peut quelquefois paraître indigeste tant le volume d’informations est important, elle place remarquablement bien le décor.

MAIS, la pièce de résistance est à suivre…

LES SCÉNARIOS

J’ai été le premier à me plaindre (à la fin de la chronique du triptyque avec les accessoires du Gardien), qu’on n’avait le droit, depuis le début qu’à des scénarios pour les débutants et qu’il serait pas mal qu’il y ait autre chose à se mettre sous la dent pour les joueurs les plus chevronnés.

Eh bien… C’est fait. Et de quelle manière !

 

3 scénarios ici, donc, sont au programmes. trois scénarios qui sont présentés comme pouvant être joués en “campagne”. Ce n’est pas tout à fait ce que j’entend par campagne, parce que les trois scénarios ne forment pas une seule et même histoire, mais ils suivent effectivement une chronologie qui permet de les enchaîner… À la condition que les investigateurs survivent.

Parce que plus que 3 scénarios, ce sont 3 descentes aux enfers qui sont proposées ici.

Une véritable claque à la lecture. Et c’est ça qui est bien. Alors attention, ici, l’horreur n’est pas forcément dans les éventuelles apparitions des créatures du Mythe telles que les joueurs chevronnés ont l’habitude de côtoyer. Ici, on est tout autant dans l’horreur de l’Homme, par l’Homme.

C’est la raison pour laquelle je précise encore une fois qu’il faut que le Gardien prévienne ses joueurs de la teneur des histoires, car même s’il est assez facile de frissonner en évoquant l’apparition d’un Profond, vous risquez de provoquer des « tout-blancs » chez certains de vos joueurs s’ils n’ont pas été briefés auparavant.

NdR : je reste volontairement vague dans la description des scénarios pour évidemment n’en déflorer que le minimum de contenu. Il FAUT les vivre en étant totalement « innocent » de ce qu’il peut s’y dérouler. C’est de cette façon qu’ils prendront toute leur saveur (même si cette dernière risque d’avoie un drôle d’arrière goût).

Le diable mange des mouches

 

Ça commence en fanfare avec ce premier scénario qui va déjà mettre les nerfs de vos investigateurs à l’épreuve. Ici, il y est question d’un présumé tueur en série auquel les joueurs vont se retrouver confrontés d’une façon très particulière. Mais il n’y a pas que ça. La noblesse est de la partie, et qui sait quelles turpitudes elles peuvent couvrir ?…

Le ballet du vice, de l’horreur et de l’extase

 

Sans équivoque mon scénario préféré.

C’est également un des plus durs, dans tous les sens du terme. La lecture, très visuelle, m’a tout de suite happée dans cette spirale infernale. C’est complètement barré, dantesque, grotesque (dans le bon sens du terme), excessif, et fera passer Le diable mange des mouches (presque) pour un conte pour enfants. Attendez vous à une plongée dans les extrêmes et à vous retrouver à avoir le destin de nombreuses personnes entre vos mains.

 

Schreckfilm

 

Présenté comme étant le scénario le plus « intimiste » des trois. C’est exact, dans les sens où les investigateurs vont avoir à faire des choix très personnels, mais seront également confrontés à une menace qui risque de tout faire basculer dans l’horreur. Ce scénario est d’une très grande originalité, vraiment. Il y est (entre autre) question de la réalisation d’un film autour d’un ouvrage impie.

Moins « violent » que les deux premiers, il n’en recèle pas moins certains twists particulièrement stressants et oppressants.

Dans les 3 cas, les scénarios sont difficiles. Il va falloir y aller avec d’infimes précautions pour avoir une chance de vous en sortir (je ne rajoute pas indemnes, c’est quasiment impossible ^^).

Difficiles, ils le sont également dans la préparation. En effet, on est LOIN des scénarios linéaires de « Aux Portes des Ténèbres ». Les scénarios sont denses, touffus, en bac à sable, presque, faisant intervenir de nombreux PNJ qui ont tous des relations (plus ou moins) complexes. Il va falloir une sacrée dose de préparation pour le Gardien afin qu’il ne se retrouve pas dépassé par les événements (et des investigateurs un peu trop hardis).

Mais quoi qu’il en soit, cela fait plaisir de voir des histoires abouties, complètes, complexes, et qui appuient là où ça fait mal.

Je pense qu’il est rigoureusement impossible de ressortir indemne de ces scénarios (et c’est tant mieux, c’est quand même le but !)

Pour le reste, la maquette est aux petits oignons. Les illustrations sont TRÈS variés dans leurs styles (d’ailleurs certaines dénotent, je trouve), mais d’autres sont tout à fait dans le ton. Mention spéciale aux dessins qui illustrent les PNJ. Je les trouve particulièrement réussis.

N’eut été l’utilisation erratique – et pas très logique – de l’écriture inclusive à certains (heureusement très rares) endroits, il n’y aurait eu rien à redire.

Avec Berlin la dépravée, Chaosium frappe un GRAND coup, qui va donner un véritable coup de fouet à vos tables et à vos joueurs !

 

C’est une expérience de JdR que tout adepte de l’Appel de Cthulhu se doit de vivre (ou de faire vivre) !

Philippe Pinon

Philippe Pinon

Trublion de presque 50 balais, touche à tout, autodidacte, tête de cochon. Après plus de 20 ans à effectuer un travail décérébrant, change de voie. Scribouillard, « traductier de l'impossible », il devient même éditeur (OVNI) en 2015 où il édite, accompagné de son associée et conjointe, romans et JdR. Mais ce qui le définit le mieux, c'est quand même le terme de "Gros Connard" (au grand cœur, malgré tout, pour ceux qui prennent le temps de fouiller au delà des apparences).

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