Ce n’est pas parce que le monde est plongé dans une pandémie aux conséquences encore peu mesurables que Cytotoxin a changé de discours. Leur quatrième album Nuklearth continue sur la lancée des précédents, hanté par le spectre de la catastrophe de Tchernobyl.

Quelques jours avant l’écriture de cette chronique, Maxwell a sorti une vidéo sur sa chaîne YouTube intitulée “Tchernobyl, les épées de l’est”. Il y revient longuement sur les parallèles entre l’actualité et l’histoire du metal depuis 50 ans, notamment à travers la crise de la Guerre Froide dont la catastrophe de 1986 reste l’un des évènements les plus marquants. Je dois avouer que le sujet ne m’avait jamais vraiment effleuré jusqu’alors, et pourtant, cela fait sens. À travers sa  fascination affichée pour ce thème et ce qui l’entoure, Cytotoxin braque une nouvelle fois le projecteur sur un monde semi-fictif, à deux doigts d’un suicide nucléaire à grande échelle. Tout un programme.

Musicalement, le groupe se situe quelque part entre Archspire et Hour Of Penance, proposant un death metal à la fois technique et brutal. Le chanteur Grimo se contente de beugler avec une seule tonalité, efficace mais lassante à terme. C’est donc du côté des instruments que l’on cherchera quelques subtilités bienvenues, qui évitent de donner l’impression d’écouter dix fois la même piste. Niveau parole, pas de grande surprise non plus : la plupart des chansons dressent un constat alarmant et apocalyptique de la Terre, irradiée par la quête de profits de quelques-uns au détriment de tous les autres. À l’image déjà frappante d’un cataclysme annoncé, s’ajoute ainsi un regard désabusé sur les disparités sociales. En somme, une danse macabre remise au goût du jour, où les cancers et autres phénomènes liés à la radioactivité ont remplacé la peste noire.

S’il est une chose qu’on ne puisse reprocher aux Allemands, c’est leur façon de rentrer dans le vif du sujet. Nous voici face à un spectacle de désolation auquel l’artwork de Jan Yrlund rend plutôt honneur. On regrette presque que les salles de concert soient fermées, car il y a là de quoi se casser sauvagement la nuque. Quelque part, Cytotoxin apparaît presque comme la version obscure de Gojira. On pourra éventuellement se surprendre à accompagner certaines lignes de chant, sur Uran Breath (“cancer for the servant, uranium for the king”) ou l’éponyme Nuklearth (“humans failed to be one with the Earth”). Pour le reste, on appréciera le travail des musiciens : la batterie de Stephan Stockburger dans l’intro de Coast Of Lies, les riffs et solos de guitares sur Lupus Aurora et Quarantine Fortress… En à peine trois quarts d’heure, l’essentiel est dit, malgré une légère baisse de régime au milieu de l’album.

La dernière piste, qui suit immédiatement Nuklearth, nous offre un dernier regard sur le monde, au son des vagues et d’un compteur Geiger affolé. Le cataclysme a fait son œuvre, tout n’est plus que silence, et la Nature elle-même agonise alors que toute vie est déjà éradiquée. Peut-être pas prémonitoire, mais définitivement sombre en cette année dominée par l’épidémie de Covid-19.

Si la formule Cytotoxin commence à se rapprocher du gimmick, ce n’est pas pour autant que Nuklearth est déplaisant. Il saura donner aux amateurs de metal toxique ce qu’ils en attendent avec un son propre et paradoxalement sale, de par le concept qui l’imprègne. Notre planète n’est pas encore ravagée à ce point, mais pensez quand même à la tenue Hazmat, juste au cas où…

Wolflord

Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.