Entretien avec Adrien Tomas pour la sortie du roman Les Hurleuses

Le dernier né de la plume d’Adrien Tomas, Les Hurleuses, premier tome du diptyque Vaisseau d’arcane, est mon coup de coeur de la rentrée littéraire fantasy. J’ai donc cherché à en savoir un peu plus et je lui ai donc posé quelques questions afin d’en savoir un peu plus sur sa série, ainsi que sur son écriture !

Bonjour Adrien, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Tout d’abord comment vas-tu ?

Très bien, merci !

Nous allons particulièrement parler de ton dernier roman, Les Hurleuses, qui est le premier tome de ton diptyque Vaisseau d’arcane. D’où t’es venue l’idée initiale de ce roman, qui est clairement mon coup de cœur de cette rentrée de la fantasy ?

Merci beaucoup ! C’est un roman que j’ai commencé en 2014, à peu près en même temps que Notre-Dame des Loups, puis que j’ai abandonné en le trouvant un peu trop ambitieux pour mon niveau de l’époque. Cela fait donc très longtemps qu’il traîne dans un coin, et je ne me souviens plus du tout de l’idée de départ qui m’a poussé à le commencer. Je lui ai laissé beaucoup de temps pour mûrir, avant de m’y remettre en 2019, en le plaçant dans le même univers qu’Engrenages et Sortilèges (ed. Rageot).

Ta galerie de personnage est elle aussi étonnante et je vais m’arrêter un peu dessus. Sof et Solal sont atypiques mais le duo fonctionne bien (si l’on peut vraiment appeler cela un duo d’ailleurs…). Comment as-tu conçu ces deux personnages ? Quelle fut leur point de genèse ?

Je me suis inspiré, de manière assez peu originale, de ma petite sœur Lucile (à qui le roman est dédié) pour créer le personnage de Sof. Elle n’est pas aussi « sage » que Sof, mais question volonté, elle est au moins au même niveau. Forcément, cela fait de moi Solal, même si nous n’avons pas grand-chose en commun. Mais le cœur de ces deux personnages est leur relation, leur amour fraternel, le fait qu’ils sont capables de tout risquer l’un pour l’autre. Je voulais une relation forte, puissante même, mais pas liée à un intérêt romantique comme c’est souvent le cas. La relation frère-sœur est aussi une relation que je n’ai jamais vraiment utilisée dans mes romans, et j’avais très envie de l’explorer.

Nym est finalement ton personnage le plus classique, même si tu lui ajoutes clairement du piquant par rapport aux archétypes de l’espion-assassin. D’où t’es venue l’idée de l’ajouter à ton roman ?

Il était là dès le début. A la base, il devait être un « simple » antagoniste, mais il a rapidement pris de l’épaisseur et s’est mis à suivre des objectifs beaucoup plus subtils que la simple traque des fuyards. J’avais très envie d’écrire de la « spy fantasy », où les personnages principaux sont des espions, des receleurs d’informations et des assassins, et Nym est le personnage où j’ai placé presque tout ce que j’aimais : un sniper précis et discret, un manipulateur et un planificateur capable de beaucoup d’improvisation. Mais comme ce n’était pas assez pour moi, j’ai aussi créé les assassins du Cénacle des Ombres…

Et enfin je termine les personnages avec celui qui m’a le plus épaté car totalement inattendu : Gabba Do. Comment les Abysséens te sont-ils sortis de la tête ? C’est assez inattendu comme peuple et comme idée non ?

Contrairement à Sof, Solal et Nym, présents dès la première version du texte, Gabba Do n’est apparu que lorsque j’ai repris le roman en 2019. L’étude des abysses est une de mes passions cachées : j’ai fait des études d’océanologie et je me suis beaucoup intéressé aux écosystèmes profonds, qui sont parmi les plus mystérieux au monde. J’ai eu envie d’inverser la donne de l’exploration de ces milieux : à la place de sous-marins et de bathyscaphes construits par l’humanité pour explorer les grands fonds, j’ai choisi de permettre aux Abysséens de construire des aéroscaphes reproduisant leurs conditions de vie (pression, obscurité…) et des rampes de lancement volcaniques pour explorer la surface.

Tu es déjà sorti de l’univers fantasy classique par le passé avec Notre-Dame-des-Loups, mais il s’agit, sauf erreur de ma part, de ta première incursion dans un univers sentant fort le steampunk. Cet univers s’est-il imposé à toi, ou bien as-tu volontairement inclut cet aspect via l’Arcane ?

Alors je crains qu’il y ait une erreur de ta part : Vaisseau d’Arcane se déroule dans le même univers qu’Engrenages et Sortilèges, un roman jeunesse dans lequel j’avais déjà développé certains aspects du monde (que je n’ai pour le coup pas lu – NdI). Néanmoins, l’Arcane n’y a pas le même rôle : en Mycée, où se déroule Engrenages et Sortilèges, la magie est beaucoup plus faible et ne fonctionne que grâce à l’arcanium, également employé comme carburant pour les engins des mécaniciens. C’est d’ailleurs au centre des enjeux : mages et mécaniciens s’affrontent pour cette ressource rare et chère au cœur de leur pratique. Au Grimmark, la magie est bien plus puissante, chaotique au point d’être dangereuse et indomptable. Pourtant, il s’agit bel et bien du même monde. La raison de cette différence sera (sans doute) expliquée dans le tome 2 de Vaisseau d’Arcane…

Une peuplade de ton roman, les Orcs, sont également assez étonnants, véritables contrepoints aux humains. Très proches de la nature, disposant de moyens de locomotion des plus surprenants (je ne vais pas en dire beaucoup plus pour vous garder la surprise), et ayant un rôle primordial dans ton histoire. D’où est venue cette invention ?

 

Avant tout, une envie de réhabiliter l’espèce, de construire une cohérence autour du mythe de la grosse brute à peau verte, de montrer que, comme souvent, les clichés ont la vie dure et les peuples différents de la majorité souffrent souvent de discrimination basée sur des incompréhensions ou de la méconnaissance. Les Orcs sont vus comme des barbares violents, mais lorsque Sof et ses compagnons passent un peu de temps en leur compagnie, elle réalise qu’elle ignore pratiquement tout sur cette culture. Et j’en ai profité pour trouver une explication biologiquement plausible à cette histoire de peau verte, qui m’a toujours un peu gêné.

Quels sont tes projets, en dehors de terminer le second tome de Vaisseau d’arcane évidemment ?

Je termine un second tome (pas une suite) d’Engrenages et Sortilèges, qui sortira chez Rageot en 2021. En parallèle, je prépare la sortie d’un autre roman jeunesse basé sur le personnage de l’enquêtrice parisienne Tia Morcese, inventée à la base pour des nouvelles dans les anthologies de Trolls & Légendes et des Imaginales 2015.

Avant cela, mon premier roman de commande doit sortir en décembre prochain, mais pour le moment je n’ai pas le droit d’en parler. J’ai aussi une nouvelle à écrire pour une revue prestigieuse, un roman à retravailler pour une reparution chez un autre éditeur, et a priori une nouvelle édition de Notre-Dame des Loups qui s’annonce…

Et sinon, j’envisage de rassembler toutes les nouvelles que j’ai écrites par-ci par-là et d’en faire un recueil numérique en autopublication. Il faut juste que je trouve le temps de le faire…

J’ai cru lire que la réception auprès de la critique et du public de ce roman était vraiment très bonne. Quel effet cela fait-il d’être passé du statut de petit prince de la fantasy française à plume confirmée et affirmée ?

Alors pour le coup je ne savais pas qu’on pouvait me voir comme ça ! Mais c’est agréable de l’apprendre.

Je n’ai pas assez confiance en moi pour me décrire comme une plume confirmée et affirmée, même si j’ai conscience de m’être un peu amélioré au cours des différents romans et nouvelles que j’ai écrits. Je continue à stresser intensément à chaque sortie de roman, mais ça commence à être (un peu) contrebalancé par une certaine confiance en mon travail. Tant qu’il y a des lecteurs qui aiment ce que j’écris, je considère que je ne me suis pas planté.

Combien d’heures au quotidien consacres-tu à l’écriture ?

En général j’écris entre 3 et 6 heures par jour, essentiellement le matin, tandis que je consacre plutôt l’après-midi aux corrections et à l’administratif.

Depuis que l’écriture est ma seule activité, j’essaie de tenir des horaires de semaine de travail. J’évite en général d’écrire le soir ou le weekend par exemple (sauf bouclage intensif), pour garder une vie de couple et une vie sociale à côté de mon travail. Ce qui me change pas mal, puisque lorsque je cumulais l’écriture et un travail salarié, c’était justement les créneaux où je pouvais écrire…

Au final ton parcours littéraire est un modèle du genre. Quel conseil donnerais-tu aux auteurs souhaitant se lancer ?

De terminer leurs romans ou nouvelles, de les faire bêta-lire par plusieurs personnes, de les retravailler, de les envoyer à des éditeurs et/ou de les autopublier… Puis de passer à autre chose, s’attaquer à un autre projet d’écriture.

S’échiner des années sur un même manuscrit est contre-productif, il faut être capable d’admettre que malgré son attachement à son premier bébé, il ne s’agit selon toute vraisemblance que d’un galop d’essai qui a simplement servi à muscler son écriture. J’ai deux romans dans mes tiroirs écrits avec mon premier roman publié, et c’est le cas de beaucoup d’autres auteurs.

Ah, et faites jouer votre réseau pour faire atterrir vos manuscrits sur le bureau des éditeurs. Il n’y a aucune honte à ça, tant que le texte est bon.

Merci pour tes réponses et à bientôt au détour de la suite de Vaisseau d’arcane !

Le dernier né de la plume d’Adrien Tomas, Les Hurleuses, premier tome du diptyque Vaisseau d’arcane, est mon coup de coeur de la rentrée littéraire fantasy. J’ai donc cherché à en savoir un peu plus et je lui ai donc posé quelques questions afin d’en savoir un peu plus sur sa série, ainsi que sur son écriture !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de cultures alternatives, Thomas dirige eMaginarock depuis 2008. Editeur, photographe, anthologiste, graphiste... ses casquettes ont été nombreuses dans sa vie, un peu comme un chapelier fou, mais avec toujours une ligne directrice qui s'est dégagée : faire découvrir les univers qu'il aime aux autres.

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