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Les intervenants du Monde du Jeu – ITW 1 – Monsieur Phal

En préambule à cette interview, je tiens à préciser que je suis – sincèrement – flatté d’avoir la chance de pouvoir m’entretenir avec un des porte-étendard du jeu de société en France. Aussi, je remercie Thomas Riquet de la confiance qu’il m’a portée en me donnant cette opportunité.

« Tric Trac » : qu’est ce que c’est que cette chose là? Et bien c’est LA référence en France (en Europe ?) pour tout ce qui concerne le Jeu de Société. Les américains ont BoardGame Geek (BGG pour les intimes), nous, on a Tric Trac. Et, à la tête de l' »Officine », comme l’entreprise est affectueusement appelée par son géniteur, il y a un homme : Mr Phal. C’est ce génial créateur que j’ai eu la chance de pouvoir interviewer.

Voilà un compte rendu de notre entretien, qui, je l’avoue, m’a passionné de bout en bout. En effet, quoi de mieux pour quelqu’un comme moi, humble amateur de la chose ludique, que de pouvoir m’entretenir quelques minutes avec celui qui en est le plus fervent porte-parole en France ?

Mythologica : Bonjour Monsieur Phal ! En quelques mots, déjà, qui êtes-vous vraiment, et qui se cache derrière ce système pileux si développé que vous arborez avec autant de fierté ?

Mr Phal : Bonjour cher Monsieur Mythologica. En quelques mots, qui je suis ?! Mazette. Je suis simplement un homme qui essaye de prendre plaisir dans tout ce qu’il peut faire. En vérité, je n’ai pas l’impression de me cacher. J’ai même l’impression d’être assez clair et visible sur ma façon de voir le monde, de gérer ma vie.

Mythologica : Tric Trac est aujourd’hui devenu LA référence, en France, pour tout ce qui tourne autour du jeu de société. Comment vous est venue l’idée de Tric Trac ? Une passion ? Une envie ? Ou toute autre chose ?

Mr Phal : L’idée, au départ, n’était pas vraiment Tric Trac. Non. J’ai voulu monter un site d’actualités et de culture sur la ville où je vivais, Orléans, avec pour objectif de donner la parole aux Orléanais et, surtout, d’enfin avoir un travail. À 35 ans, il était temps. Un travail où je faisais les choses exactement comme je les pensais, sans personne pour me diriger, parce que je suis une sale tête de mule. Il se trouve que j’étais joueur, que je fréquentais le Docteur Mops qui était joueur, du coup il y avait une rubrique « Jeux ». Cette petite rubrique a grossi… grossi… et paf ! Elle a explosé.

Mythologica : L’accouchement du bébé a-t-il été facile ? Les difficultés ont-elles été nombreuses ? Avez-vous facilement trouvé des fonds, des partenaires et des sponsors ? (Oui, je sais, ça fait 3 questions d’un coup !)

Mr Phal : Pour les fonds, ce sont 2 camarades qui m’ont poussé à me lancer. Ils m’ont prêté une petite somme en me disant que si je me plantais, ce n’était pas grave, je n’aurais pas à les rembourser. Oui, des gens incroyables. J’ai eu la chance de rencontrer un paquet de gens formidables durant les premiers 50 ans de ma vie. L’accouchement n’a pas été compliqué dans la mesure où je bossais seul, chez moi, avec motivation qui n’avait comme limite que les 24 h d’une journée. Les partenaires sont arrivés assez rapidement, mais je n’ai jamais eu de démarche commerciale active. Tous les clients que nous avons eus, que nous avons, sont tous venus nous voir sans que nous leur demandions quoi que ce soit.

Mythologica : L’expérience de truisme.com vous a-t-elle été utile ? Si oui, à quel niveau ?

Mr Phal: Très. Très utile. Il est important de se faire plaisir, et faire Truisme.com nous a produit du plaisir. Nous passons la majeure partie de notre temps au « travail », et je pense que l’on doit se faire plaisir au « travail ». « Travailler », c’est chiant. Nous ne sommes pas faits pour ça. Donc si on a la possibilité de se lâcher au travail, il ne faut pas s’en priver.

Mythologica :L’engouement a-t-il été immédiat ou y a-t-il eu une période de flottement ? Et comment le site a évolué au cours des années ?

Mr Phal : La chose c’est mise en place à un rythme régulier. Doucement. Tranquillement. Pas de poussée instantanée. Pas de flottement. « Au train » comme on dit en bicyclette. Le site a évolué surtout graphiquement et ergonomiquement. Au fur et à mesure des besoins. Par petite touche. Des options par là, des « applications » par ici…

Mythologica : Depuis presque un an, vous êtes passé à un modèle économique différent. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet et ce qui a motivé votre choix ?

Mr Phal : Le secteur du jeu de société est en plein essor, les éditeurs, les distributeurs embauchent et de plus en plus de jeux sortent. Du coup, il y a de plus en plus de travail pour un média comme Tric Trac. Tric Trac, c’est amusant de le dire, c’est peut-être étonnant pour certains, a des problématiques d’entreprise. Si nous voulons avancer, si nous voulons une stabilité financière (il y a des salaires à payer tous les mois), si nous voulons embaucher nous aussi, il faut des rentrées en €uros sonnants et trébuchants. Donc il nous faut trouver des moyens de consolider notre modèle économique, et d’augmenter notre chiffre d’affaires pour pouvoir embaucher afin de répondre à des besoins de plus en plus élevés. Nous sommes submergés par les tournages vidéo par exemple. Par le nombre d’annonces de jeux à faire… Nous aurons besoin d’au moins 4 personnes de plus pour nous en sortir. Donc, il a fallu envisager de faire appel aux « consommateurs » de Tric Trac. Nous sommes un pure player comme on dit, notre force, ce sont ceux qui ont compris l’utilité du site pour le secteur. Des éditeurs l’ont compris, et des utilisateurs aussi. Nous avons besoin des deux pour exister. Parce que ce soutien est indispensable.

Mythologica : Quelles sont les conséquences en termes de fonctionnement, aujourd’hui, de ce modèle économique participatif ?

Mr Phal : Il n’y a pas de changement fondamental si ce n’est de trouver du contenu qui donne envie de s’abonner et de rester fidèle à notre image.

Mythologica : Quelle a été la réaction de la communauté de Tric Trac à ce changement ? (J’ai suivi les débats sur le forum, mais ce n’est peut-être pas le cas de tous nos lecteurs).

Mr Phal : Je dirais qu’il y a un beau panel de réactions. Il y a ceux qui ont compris le pourquoi et qui valident en nous soutenant. Une belle vague d’humanité qui vous submerge les premières heures du lancement. Il y a ceux qui n’ont rien compris et qui gueulent parce qu’ils ne sont pas contents que tout va devenir payant c’est un scandale. Ça, quelque soit le monde dans lequel on vit, il y a toujours ceux qui ne comprennent pas et qui gueulent. Il y ceux qui ont parfaitement compris et qui se contenteront de ce qui est gratuit, parce que ça leur suffit, parce qu’ils n’ont pas les moyens, parce qu’il n’y a pas besoin de payer finalement pour en savoir suffisamment pour choisir le bon jeu. Et il y a les bons gros trolls, ceux qui veulent nous faire passer pour des fumiers de pourris. J’ai de l’affection pour ceux-là. C’est comme une espèce de moteur de motivation pour leur démontrer qu’ils ont tort et que j’aurais toujours un coup d’avance sur eux. Mon côté taquin… au final, plus personne ne hurle au scandale, tout le monde a compris et les trolls sont en train de se taper la tête contre le mur humide et moisi de leur cave pendant que nous avons le sourire.

Mythologica : Nous sommes mi 2014. Comment voyez-vous l’évolution de Tric Trac dans les mois/années à venir ? Quelles sont les améliorations que vous comptez apporter au site et les contenus vont-ils encore évoluer ?

Mr Phal : Je suis très motivé par tout ce que nous faisons en vidéo. C’est clairement ce qui fait notre différence avec tout ce qui peut se faire ailleurs. C’est ce qui donne un visage humain à notre secteur. Les américains ont « TableTop », mais ce n’est au final que de l’entertainment, ce n’est pas vraiment de l’actu, et ils ne produisent pas autant que nous. Donc nous allons œuvrer pour que cette « chaine de TV » devienne vraiment quelque chose de fort… Il nous faudrait ensuite une vraie application pour Smartphone et tablette. Et, pourquoi pas, proposer des jeux en ligne. C’est la seule chose qui manque sur Tric Trac, un espace pour jouer à des versions numériques…

Plus basiquement, nous sommes en train de travailler sur une autre présentation des fiches de jeux afin qu’elles ressemblent moins à un tableur Excel. Et nous allons intégrer la version allemande à la V4 et d’autres pays… (NdMythologica : depuis que l’interview a été réalisée, la V4 est live en Allemagne).

Mythologica : Les sorties de jeux se multiplient, de nouveaux éditeurs (dont les Space Cowboys récemment) émergent. Ne pensez-vous pas qu’on va arriver à saturation ? Le marché est-il suffisamment jeune pour absorber tous ces titres sans qu’ils se phagocytent les uns les autres ?

Mr Phal : Il n’y a aucun moyen de réguler le nombre de sorties si ce n’est l’intelligence des éditeurs. On ne peut pas dire à un nouvel éditeur « Hey, tu sais que tu vas nous prendre de la place ! », le gars va vous dire que vous n’avez qu’à retirer un de vos jeux pour qu’il mette le sien.

Clairement le marché ne peut pas tout absorber. Ce qui va se passer, ce qui se passe est simple, il y aura, il y a un plus gros écart entre les succès et les échecs. Peu de jeux auront un vrai succès, mais ce sera 20000 exemplaires là où il y a 10 ans c’était 5000, et beaucoup de jeux ne dépasseront pas les 500 boîtes là où on pouvait espérer écouler le tirage de 3000 sur 1 an.

Les éditeurs vont devoir mieux gérer leur communication pour travailler leurs implantations, leurs produits sur la durée. Et pour nous, Tric Trac, c’est très bien. Il est des éditeurs, des distributeurs qui l’ont compris. Ils parlent avec nous, on analyse. Et il y a ceux qui n’ont pas encore capté. Tant pis pour eux. S’ils ne réagissent pas vite, s’ils ne prennent pas conscience dans les trimestres qui viennent, la différence se fera là, car le terrain sera occupé par ceux qui se seront préparés.

 Mythologica : Pour finir cette interview, deux questions un peu plus légères. Le Docteur Mops semble être un vieux complice (en un seul mot, vous noterez). Comment vous êtes-vous rencontrés et quel est son rôle au sein de votre duo (outre le fait de faire des statuts « àlacon » sur Facebook) ?

Mr Phal : Nous nous sommes rencontrés dans les couloirs de l’Institut d’Art Visuel d’Orléans en 1982. Le Docteur était un étudiant très actif, toujours prêt à tenter des choses pour foutre le bordel avec intelligence et culture, toujours à l’affut de cerveaux, de jambes et de bras pour l’épauler. Cela tombait bien, j’avais tout ça. Grâce à lui, j’ai séché 90 % des cours et j’ai fait le cursus de 7 ans en 3. Oui. Jusqu’à ce qu’on me mette à la porte. Facile.

Son rôle ?! Voilà une question que je ne me suis jamais posée. C’est le Docteur Mops quoi. Le gars qui est toujours pas loin depuis 32 ans. Le gars avec qui je discute le plus au monde. Le gars avec qui je me suis engueulé le plus au monde. Le gars avec qui je partage le plus d’idées au monde. Le gars qui m’énerve le plus au monde. Enfin le Docteur Mops quoi. On est pareil mais en complètement différent. Oui. C’est ça son rôle. Être complètement différent de moi, mais en pareil. Après, je crois qu’il faut voir avec Dieu directement, parce que j’avoue que le reste est assez mystérieux.

Mythologica : Je vous donne le mot de la fin, Mr Phal, en vous remerciant, encore une fois, de votre temps. Vous avez carte blanche pour conclure cet entretien. Alors ?

Mr Phal : Je voudrais remercier tous ceux qui pensent que je suis un sale con. Oui. C’est un super moteur que de travailler pour les énerver encore plus. Assurément.

À propos Philippe Pinon

Trublion de 47 balais, touche à tout, autodidacte, tête de cochon. Après plus de 20 ans à effectuer un travail décérébrant, change de voie. Scribouillard, « traductier de l'impossible », il devient même éditeur (OVNI) en 2015 où il édite, accompagné de son associée et conjointe, romans et JdR. Mais ce qui le définit le mieux, c'est quand même le terme de "Gros Connard" (au grand cœur, malgré tout, pour ceux qui prennent le temps de fouiller au delà des apparences).

4 plusieurs commentaires

  1. Bravo pour cette Interview !

  2. un excellent interview, qui cadre parfaitement avec Mr Phal

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