The Neal Morse Band est un groupe de rock metal progressif américain. Il est composé de pointures dans le genre, à savoir Neal Morse (chant, claviers, guitares), Eric Gillette (guitares, chant), Randy George (basse), Bill Hubauer (claviers, piano, orgue, chant) et Mike Portnoy (batterie, chant). Si l’on excepte le jeunot de la bande Eric Gillette (37 ans tout de même) totalement inconnu du grand public avant d’intégrer The Neal Morse Band, le reste de la bande a su gagner depuis longtemps ses lettres de noblesse et s’imposer dans le monde du rock metal progressif. C’est notamment le cas de Neal Morse (ex-Spock’s Beard) et Mike Portnoy (ex-Dream Theater) qu’on ne présente plus. Forts d’une carrière respective déjà richissime et respectée, les 2 compères se connaissent depuis des lustres et comptent une collaboration commune de plus de 20 albums ! Excusez du peu ! Outre The Neal Morse Band, les 2 musiciens jouent également ensemble dans les groupes Transatlantic et Flying Colors. The Neal Morse Band existe depuis 2015 et a sorti 3 albums studio avant Innocence & Danger qui est donc le quatrième au compteur.

Avec ce nouvel opus, The Neal Morse Band a souhaité revenir vers un format plus classique et des chansons indépendantes les unes des autres. The Great Adventure, précédente production discographique du groupe, se présentait sous la forme d’un opéra rock avec un enchaînement systématique d’un titre à l’autre. Le changement est donc notoire et plus digeste à appréhender pour le néophyte. Car des chansons, The Neal Morse Band nous en proposent de bien belles sur ce double album. À commencer par les 2 premières : Do It All Again et Bird On A Wire. Les 2 titres ne sont d’ailleurs rien de moins que les 2 premiers singles de l’album. Et l’auditeur est rapidement conquis et séduit par des compositions, certes bien ficelées, mais aussi et surtout par la découverte de vraies chansons. Entendons par “vraies chansons” des refrains accrocheurs et fédérateurs alliés à une certaine concision de l’ensemble. Ici, pas d’intros interminables et mollassonnes. On rentre très vite dans le vif du sujet. La recherche de la mélodie et de l’efficacité prime avant tout. Et il convient d’en saluer l’initiative. L’aspect progressif des chansons n’est certes pas oublié mais ce n’est pas ce qui frappe d’entrée de jeu l’auditeur. La grande force de The Neal Morse Band consiste en la présence de 3 véritables chanteurs en son sein : Neal Morse (bien sûr) mais également Bill Hubauer et Eric Gillette. Si le premier d’entre eux se charge souvent des couplets, Bill Hubauer se révèle souvent être la voix des pré-refrains et Eric Gillette celle des refrains avec son timbre haut perché. Mike Portnoy se charge également de quelques passages mais se cantonne davantage aux choeurs. Avec une palette de voix aussi diverses et variées, inutile de préciser que les chansons vivent énormément et ne sont jamais ennuyantes. Do It All Again et Bird On A Wire en représentent donc les 2 premiers parfaits exemples. Cette façon de procéder, même si elle n’est pas une recette, se retrouve souvent sur l’ensemble d’Innocence & Danger, les musiciens intervertissant les rôles au gré des ambiances. Un vrai régal ! Autre point intéressant, les morceaux dégagent tous une espèce de positivité hyper stimulante et agréable à écouter. Le genre de chansons qui vous font vous sentir bien par où elles passent. Et ce n’est pas Your Place In The Sun et Another Story To Tell qui dérogent à la règle. Les mélodies et les harmonies vocales sont tout bonnement somptueuses et terriblement accrocheuses. Comment ne pas penser aux Beatles ? Cette influence transpire à chaque détour de note mais est bien loin d’être la seule. Les sonorités de claviers d’Another Story To Tell par exemple lorgne du côté d’un Supertramp. The Way It Had To Be quant à elle nous plonge totalement dans des ambiances à mi-chemin entre Yes et Pink Floyd. Quel plaisir ! The Neal Morse Band est un condensé de ce qui peut se faire de mieux dans la musique progressive tout en y incorporant une délicieuse touche de pop. C’est vraiment le cas sur ce premier CD intitulé Innocence. Mais que l’on ne s’y méprenne pas, il ne s’agit pas pour autant d’un patchwork musical ou d’un tribute band de luxe. Les influences sont digérées et intégrées de manière subtile, le tout interprété par des musiciens hors pair et, j’insiste sur ce point, qui savent nous proposer de véritables chansons. Même quand le tempo se radoucit comme sur The Way It Had To Be, l’émotion et l’harmonie restent de mise. Et l’interlude Emergence, petite composition de Neal Morse entièrement instrumentale et jouée à la seule guitare acoustique, s’inscrit elle aussi dans un registre de feeling et de simplicité. De manière générale, les démonstrations techniques et stériles ne sont clairement pas les bienvenues. Cela ne signifie pas pour autant que The Neal Morse Band ait gommé toute virtuosité. Loin de là ! Des soli de guitare de fou d’Eric Gillette ? Des plans de batterie monstrueux de Portnoy ? Des frénésies de claviers à fond les manettes de Neal Morse ? Oui, il y en a ! Mais les musiciens savent les distiller afin de servir la musique de prime abord et varier les ambiances. Un passage mérite dextérité, relief et vélocité ? On envoie la sauce ! Tel autre moment requiert plus de groove et de sobriété ? On joue soft et efficace. Ces gars-là n’ont plus rien à prouver et jouent au service de la chanson avant tout. Avec Not Afraid Pt 1, l’accent se place dans un premier temps sur un feeling chant / guitare acoustique enchaîné de bien jolie façon à Emergence. Les voix de Morse, Hubauer et Gillette se complètent à tour de rôle ou bien se fondent toutes ensemble pour former une sorte de power ballade qui s’emballe davantage vers la fin du morceau. Le dernier titre de ce premier CD n’est autre qu’une reprise puisqu’il s’agit de Bridge Over Trouble Water de Simon & Garfunkel. La chanson est bien entendu enrobée à la sauce Neal Morse Band avec en particulier une longue plage musicale en guise d’intro. À noter également la présence de choeurs très travaillés, le tout dans une ambiance quasi gospel notamment sur la seconde moitié de la chanson. La lecture du livret nous dévoile d’ailleurs la présence de 3 guests féminines au chant sur cette reprise qui s’avère être une fort jolie réussite.

Le second CD intitulé Danger peut faire trembler (à juste titre !) lors de son insertion dans le lecteur car il ne comporte en effet que 2 morceaux pour une durée totale de plus de 50 minutes ! Même le plus mordu des mordus de rock progressif est en droit de se demander ce qui peut bien l’attendre au détour de 2 titres qui à eux seuls couvriraient la durée moyenne d’un album lambda complet. Eh bien après de nombreuses écoutes, je peux vous l’avouer : de la pure magie auditive ! Et je pèse mes mots car le terme “magie” s’adapte aussi bien à Not Afraid Pt 2 et ses 19’30” au compteur qu’à Beyond The Years et ses 31’23” ! J’en entends déjà se demander comment est-il possible d’avaler des encyclopédies sonores de 20 ou 30 minutes sans jamais s’ennuyer une seule seconde (?). Ce à quoi je répondrais qu’il suffit d’ouvrir ses oreilles et d’être un tant soit peu sensible au travail des enchaînements, des mélodies instrumentales, des harmonies de chant, des ambiances… Bref à tout ce qui peut constituer une bonne chanson. Et la magie opère alors. Car JAMAIS l’auditeur ne s’ennuie un seul instant à l’écoute des 2 pépites qui constituent ce second CD. Not Afraid Pt 2 est donc la suite “logique” de Not Afraid Pt 1 que l’on trouve sur la partie Innocence. La différence réside dans ses ambiances bien plus musicales, étendues et développées que sur Not Afraid Pt 1 qui se veut plus intimiste. Une version bodybuildée de Not Afraid Part 1 en quelque sorte ! Si Beyond The Years se voit doté d’un fil conducteur que l’on retrouve çà et là au gré de la chanson, celle-ci évite de façon assez incroyable l’écueil de la répétition. Et ceci est dû au talent des musiciens qui savent gérer les ambiances et nous les livrer de manière différente d’une minute à l’autre. Encore une fois, la diversité des chanteurs qui se succèdent au sein d’un même morceau contribue à la réussite de l’ensemble. Beyond The Years est divisé en 7 parties enchaînées les unes aux autres avec une confondante facilité. L’auditeur est convié à un immense voyage musical, tour à tour très rythmé, mid-tempo ou bien plus planant. Mais demeure de façon prégnante ce sentiment non pas d’avoir affaire à plusieurs chansons collées les unes aux autres mais bien davantage à un seul et même gros titre. Le fil conducteur auquel je faisais référence est d’ailleurs grandement responsable de cette analyse. Le seul regret sur Beyond The Years en ce qui me concerne consiste en sa toute fin : un arrêt brutal et totalement inattendu ce qui, il faut bien l’avouer, dénote par rapport à la longueur du morceau et pire : ne lui rend pas justice. Je ne sais pas trop pourquoi le groupe a souhaité se faire terminer de la sorte une telle oeuvre. Peut-être pour en contre-balancer sa longueur et surprendre là où on ne l’attendait pas ? Ou bien encore rallier le concept de danger qui illustre l’esprit de ce second CD et être raccord avec son titre ? Chacun est libre d’en élaborer une interprétation.

Je rajouterai que le mixage dans son ensemble rend vraiment honneur à l’ensemble des musiciens présents sur cet Innocence & Danger. Un seul exemple : la basse de Randy George, parfaitement audible et groovy en diable du début à la fin ce qui permet d’apprécier le jeu du bonhomme bien loin d’être manchot dans le genre !

Ce double album de The Neal Morse Band est un véritable coup de coeur pour moi. Nous avons affaire ici à une aventure musicale passionnante, interprétée par des musiciens qui se font plaisir et qui livrent toute leur âme dans ce qu’ils entreprennent. Le résultat saute aux oreilles ! Une des sorties majeures dans le domaine du prog’ en cette année 2021.

Nico D.

Nico D.

Salut ! Passionné de musique, je suis tombé dans le chaudron rock et metal dès l'âge de 10 ans en découvrant des groupes tels qu'AC/DC, Scorpions, Y&T, MSG, Mötley Crüe, Téléphone (cocorico !) et bien d'autres encore. Je suis notamment devenu un inconditionnel d'Iron Maiden lorsque mes oreilles se sont posées pour la première fois sur l'album "The Number Of The Beast" en 1982. Ce fut une vraie révélation ! Plus tard, j'ai découvert Metallica et toute la scène thrash metal. Désormais mon champ d'appréciation en terme de musique est large avec une prédilection toutefois pour le heavy, le prog' et le classic rock. En 1988, j'ai commencé à jouer de la batterie. J'ai fait partie de plusieurs formations musicales et je suis actuellement batteur dans le groupe de metal prog' JIRFIYA. Parallèlement à ma passion pour la musique, j'apprécie la lecture et le cinéma notamment fantastique, de science-fiction et d'horreur. J'adore voyager également. Et bien entendu, j'aime me rendre à des concerts !

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