Entretien avec Ingrid et Jérôme de Jirfiya pour la sortie de Still Waiting

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Est-ce que vous pouvez tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce que vous faites dans Jirfiya ?

Ingrid : Je suis Ingrid, chanteuse lead pour Jirfiya.

Jérôme : Bonjour, je suis Jérôme, je suis le guitariste du groupe et je m’occupe des voix gutturales.

D’où vient le nom du groupe ?

Ingrid : C’est un dérivé du nom d’une météorite martienne, Jirfiya. A l’époque on cherchait un nom fort, et j’ai proposé celui-ci auquel je trouvais une sonorité exotique en plus. Et puis la météorite c’est un joli symbole de l’énergie et la fulgurance avec lesquelles naissent les compositions du groupe !

Comment en es-tu venu au metal, à la fois en tant que fan et en tant que musicien ?

Ingrid : J’ai toujours eu une attirance pour le Métal, sans y succomber totalement. Ma culture rock indé a débutée assez tardivement, avec l’album qui a changé ma vie : “Grace” de Jeff Buckley, qui a été comme une boîte de Pandore musicale. J’en ai tiré chaque fil, chaque influence avec avidité. Et j’ai façonné ma voix de chanteuse à partir de là. Le Métal a ensuite été une initiation au long cours, au contact des potes musiciens avec qui j’ai bossé, qui m’ont fait écouter les meilleurs et donner envie de “performer” dans ce style. J’ai beaucoup appris techniquement.

Jérôme : J’ai découvert le « gros rock » avec Nirvana et les Guns N’Roses, plus précisément avec  “Smell Like Teen Spirit” et  “You Could Be Mine” que j’avais acheté en vinyles et que j’écoutais sur la platine de mes parents. J’ai continué alors ma découverte du Metal avec deux groupes qui ont changé ma vie : Iron Maiden avec « Fear Of The Dark » et Megadeth avec « Youthanasia », albums qui m’ont amené au reste de leur discographie respective.

Still Waiting est le nouvel album du groupe, après l’EP Wait for Dawn. Comment s’est passée son écriture ?

Jérôme : J’ai commencé à rassembler des riffs et des idées à partir d’octobre 2019 il me semble. Mais le plus gros de cet album a été écrit pendant le premier confinement, où je me suis retrouvé avec du temps libre et beaucoup de choses à exprimer avec la musique, qui a été salvatrice pendant cette période. A noter qu’il y a cinq nouvelles compositions et trois « reprises » de l’album de notre ancien groupe (à Pascal, notre bassiste, et moi), Born From Lie. Ce sont trois morceaux que j’affectionne particulièrement et qui mettaient parfaitement Ingrid en valeur, que personne n’a jamais vraiment entendu, et à qui on a offert une seconde vie et la chance d’être entendus !

Pourquoi ce titre pour l’album ?

Jérôme : C’est une référence au titre de notre premier Ep « Wait For Dawn ». Les morceaux de cet EP étaient très portés sur l’actualité et le côté sombre dans lequel plonge de plus en plus notre monde. “Still Waiting” a des paroles dans la même veine, c’est une façon de dire qu’au vu de la situation mondiale, on attend toujours que l’aube nous sauve des ténèbres.

D’où te viennent les idées pour les morceaux ?

Jérôme : Les morceaux traitent de sujets qui nous touchent, qu’ils soient personnels ou plus généraux sur l’actualité.  On éprouve le besoin de parler de tel ou tel sujet parce qu’il nous révolte ou nous touche sans forcément calculer pourquoi.

Les thèmes abordés sont assez variés les morceaux peuvent aussi bien parler d’écologie, de religion, de droits humains. Au niveau musique, je prends ma guitare et me laisse porter.

Le double niveau de voix est vraiment intéressant dans la musique de Jirfiya. Comment est-ce que vous gérez l’intensité du chant à double niveau lors de la composition ? Est-ce qu’il est présent à tout instant d’entrée de jeu ou bien est-ce que vous l’ajoutez ensuite ?

Jérôme : Ça dépend totalement des morceaux ! Parfois Ingrid pose sa voix sur les maquettes, et on se dit qu’une voix gutturale serait la bienvenue à tel ou tel endroit, à l’inverse il arrive qu’on décide de ne pas en mettre. Quoi qu’il arrive on laisse la priorité à la voix d’Ingrid qui est le réel atout de notre groupe, j’ajoute des voix hurlées si on pense que cela apporte quelque chose au morceau sans essayer que cela soit une « recette ».

La musique de Jirfiya est très mélodique et emporte l’auditeur, tout en conservant une puissance étonnante. Comment parviens-tu à cette alchimie musicale ?

Jérôme : Eh bien la partie mélodique qui emporte l’auditeur c’est Ingrid et son extraordinaire voix ! Dès qu’on s’est rencontré j’ai tout de suite senti une alchimie entre nous. On peut écrire de la très bonne musique et des mélodies accrocheuses mais si la ligne de chant et la voix ne sont pas à la hauteur, ça ne fonctionne pas. La puissance, c’est notre travail de musicien d’assurer derrière ! Un clin d’œil aussi à Andrew Guillotin, l’ingénieur du son de notre album, qui a fait un travail extraordinaire de prise de son et qui a vraiment compris quel son devait avoir cet album.

Un clip est déjà sorti pour cet album. Comment s’est passé le tournage ? Est-ce que ce n’est pas trop compliqué, quand on est musicien, de passer de l’autre côté de la barrière vidéo ?

Ingrid : C’est sûrement paradoxal pour une “frontwoman” mais ce n’est vraiment pas ce que je préfère ! Idem pour les réseaux sociaux, malheureusement incontournables pour avoir une existence artistique aujourd’hui. Je préfère être sur une scène, c’est plus riche en émotions, en prise directe, et j’aime que ce soit éphémère. Ce tournage a néanmoins été plutôt agréable grâce aux pros de l’image de l’équipe, qui savent mettre en confiance les discrètes comme moi !

Jérôme : C’est assez naturel pour moi car je travaille dans l’audiovisuel, les tournages vidéo c’est mon métier ! On a réalisé le clip avec un ami de longue date en équipe très réduite ! En revanche, je n’ai pas l’habitude d’être filmé, je suis plutôt derrière la caméra d’habitude mais je me cache derrière ma guitare et tout se passe bien !

Quelle est ta piste préférée de l’album, et pourquoi ?

Jérôme : C’est difficile de choisir quel enfant on préfère ! J’avoue, « The Right Side Of The Border » et surtout son final reste un de mes passages préférés de l’album. C’est un final assez épuré et progressif qui laisse place à l’émotion et où Ingrid en studio nous a tous impressionné en clamant ses couplets avec rage et conviction. Ingrid a une voix très mélodique et douce mais pour ce passage elle a sorti les griffes comme jamais ! Ce passage me fait encore vibrer aujourd’hui quand j’écoute le morceau.

Ingrid : Pareil que Jérôme ! Et aussi “House Of Poison” dont le texte est vraiment basé sur une histoire personnelle. Je garde une dent contre les mouvements religieux qui se croient en mesure de sauver des gens en détresse, et promettent des thérapies sans filet médical. C’est criminel.

Et justement ça ressemble à quoi un concert de Jirfiya (enfin quand on aura de nouveau le droit évidemment…) ?

Jérôme :Et bien nous n’avons pu faire qu’un seul concert à ce jour (au festival “Vault Of Metal”), nos projets ont été stoppés net par la pandémie, donc c’est un peu tôt pour te répondre mais on a hâte de défendre nos morceaux sur scène !

2020 a été riche en sorties d’albums. Quel serait ton album de l’année, hormis celui de Jirfiya bien évidemment ?

Jérôme : J’ai adoré les derniers Avatarium, Pain of Salvation, Paradise Lost et Lacuna Coil

Ingrid : Il fallait être audacieux pour sortir un album cette année… 2020 c’est aussi la mort totale du CD et l’avènement du vol cynique des musiciens par le streaming. Qui va pouvoir se professionnaliser décemment après ça ?

J’ai l’impression que peu d’albums m’ont marqués cette année, à part Pain Of Salvation… Année blasée ! Quand même, sur la scène française j’ai découvert Maudits Band, Seeds Of Mary, Uncut, Burnt Umber, et en ce moment j’adore le second opus de Foreign, “The Symphony Of The Wandering New”. J’aurais envie aussi de parler des live stream, qui ont explosés ces derniers mois, et ceux de Norah Jones sont un bonheur à écouter et voir et me réconfortent souvent, ainsi que le Neko Light Orchestra. Et j’attends le prochain Anneke Van Giersbergen, vu son joli single ça va être tout doux, j’ai vraiment besoin de réconfort je crois !

Merci pour vos réponses et à bientôt au détour d’un concert !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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