Loin de l’adaptation cinématographique de Paul Verhoeven (Starship Troopers, 1997), Starship Troopers de Robert A. Heinlein est une vraie réflexion sur l’engagement, qu’il soit militaire ou civil.

Pour impressionner une fille et contrarier son père, le jeune Juan Rico s’engage dans l’Infanterie mobile, le corps d’armée réputé le plus dangereux. Après tout, il n’en a que pour deux ans, et la guerre est loin, aux confins de la galaxie. Mais tandis qu’il effectue ses classes et découvre la discipline sévère d’un bataillon d’élite, le conflit prend une nouvelle dimension, et le voilà embarqué dans une série de batailles mortelles qui le transformeront à jamais.

Paru pour la première fois en 1959 aux États-Unis, soit en pleine guerre du Viêt Nam (1955-1975), Starship Troopers pose la question de l’engagement du citoyen pour son pays. Il offre également une critique assez sévère de Robert A. Heinlein sur les guerres que mènent et qu’ont menées les États-Unis au moment de la rédaction du roman.

Afin de mieux comprendre les réflexions d’Heinlein, il est nécessaire de se pencher sur sa vie et notamment sur son parcours militaire dont on sait qu’il a fortement influencé ses écrits. L’auteur, avant d’être connu pour ses romans, s’est engagé dans la Navy – ce qui se ressent fortement dans le texte tant au niveau de certains points de vue des personnages que par les anecdotes abordées (combat naval de l’USS Chesapeake et de l’HMS Shannon). Après avoir servi cinq ans, il est finalement réformé pour inaptitude, puis il se lance en politique (engagement civil) mais sans succès. Ce n’est qu’ensuite qu’il entame sa carrière d’écrivain.

Revenons maintenant à nos moutons. Le roman me semble être une sorte de parabole qui permettrait de faire la différence entre un citoyen et le reste des personnes qui composent la société. Cette dernière est loin d’être égalitaire en termes d’accession à la citoyenneté. En effet, dans Starship Troopers, la citoyenneté n’est pas une chose que l’on prend à la légère. Elle nécessite un engagement militaire et c’est ce dernier que vit Juan Rico tout au long du récit. Alors oui, pour la société du roman, n’est pas citoyen qui veut. Comme dans les cités antiques, seul le citoyen peut voter et prendre des décisions politiques, et bien entendu les citoyens sont minoritaires. Bien qu’enrôlé dans un but purement frivole, impressionner une fille, Juan (John) va finalement trouver sa voie et comprendre ce que signifie être citoyen, s’engager pour sa patrie (la Terre) et surtout pour les gens de ” l’arrière”.

La lecture du roman m’a laissée quelque peu perplexe et mitigée. Si d’une part j’ai apprécié les réflexions et les questions posées par Heinlein, j’ai beaucoup moins été attirée par le récit détaillé de la formation de Juan. Bien qu’elle ne soit pas dépourvue d’intérêt, en particulier sur le plan autobiographique, la description par le menu des classes, puis de l’école des officiers est totalement imbuvable. Je n’ai cessé de me demander où l’auteur voulait en venir, d’autant plus que les scènes de bataille sont presque inexistantes ! On est très loin du film de Paul Verhoeven où les soldats massacrent par milliers les méchants insectes. Toutefois, le roman a ses qualités et démontre que, contrairement à d’autres auteurs de SF des années 50 (Jack Vance), Heinlein était plutôt progressiste sur le rôle des femmes dans la société ainsi que leur engagement civique.

Il est bien difficile de donner tort aux détracteurs de Starship Troopers qui, bien souvent, ont vu dans ce récit une exaltation du militarisme et de l’impérialisme américain. Toutefois, l’œuvre d’Heinlein n’en reste pas moins une réflexion intéressante sur ce qui fait véritablement un citoyen. Que l’on soit d’accord avec lui ou non. Les quelques mentions de l’histoire des États-Unis, en particulier du conflit de Corée, me paraissent être une critique de leur politique étrangère. Mais de là à dire qu’Heinlein ne soutenait pas l’action du gouvernement ni même sa politique, le chemin reste long. Roman clivant, Starship Troopers est un livre à lire afin de se faire sa propre opinion et réflexion.

Manon Rouanet

Manon Rouanet

Amoureuse inconditionnelle de la Culture (art, cinéma, littérature, musique, concerts, etc.), la fantaisie et la SF ont bercé mon adolescence campagnarde et rythmé mes étés d'aventures épiques. L'université m'appela cependant vers d'autres cieux, ceux des études d'histoire et d'histoire de l'art, véritable chemin de croix pour réaliser un rêve un peu (carrément) fou, celui de travailler dans un musée. A près de 27 ans et mes études (presque) finies, je renoue avec cette passion pour la littérature afin de la faire partager par le biais d'un autre de mes violons d'Ingres, l'écriture - qui nourrit un deuxième rêve encore plus fou, écrire un roman et le publier (un jour peut-être).

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