Romancier et ancien professeur de philosophie, Dominique Labarrière nous livre sa dernière étude historique en date : Le Diable, Les origines de la diabolisation de la femme.

Si Friedrich Nietzsche a pu, en son temps, déclarer « Dieu est mort », personne, à ce jour, à notre connaissance, ne s’est aventuré à proclamer la mort de Satan.
Nous ne nous y risquerons pas. Nous nous contenterons d’évoquer sa haute figure dans ses métamorphoses, ses pompes et ses œuvres. Et, en un prolongement dramatiquement logique, le bouc émissaire tout trouvé qu’est la femme. À l’heure où le féminisme prend un nouveau visage et s’incarne dans la figure mythique de la sorcière, il est essentiel de revenir sur le processus qui a conduit à cet état de fait : le Diable.
Du Moyen Âge à nos jours, Dominique Labarrière dresse les multiples visages de l’incarnation du Mal, mettant en exergue l’utilisation qui en a été faite afin de modifier le statut des femmes : découvrez quelle est cette conception de la femme que les puissances religieuses et laïques vont s’employer à promouvoir à partir des dernières décennies du XVe siècle.

Il peut paraître incongru de réaliser une chronique sur cette étude historique car, au premier abord, nous sommes très loin des littératures de l’imaginaire. Cependant, Dominique Labarrière, en revenant sur les origines de la diabolisation de la femme, nous brosse un portrait des mentalités anciennes à l’imagination très, très, fertile.

Au Moyen-Âge et au début de la Renaissance, le merveilleux était présent partout : sur les cathédrales avec leurs gargouilles, dans les œuvres peintes comme avec Le Chariot de Foin de Jérôme Bosch (vers 1502, musée du Prado) ou encore dans les récits religieux. Je vous renvoie vers La Légende Dorée (XIIIe siècle) de Jacques de Voragine. Très belles hagiographies (écriture de la vie et/ou de l’œuvre des saints) en lesquelles les fidèles croyaient dur comme fer. Pas étonnant donc que les Français du XVe siècle aient cru une jeune pucelle qui disait entendre des voix…

Revenons à nos  moutons. Tout au long de cette étude, Dominique Labarrière nous plonge dans les conceptions chrétiennes autour du Diable et de la femme. Je rappelle au passage que la première femme, Eve, condamne l’humanité à la souffrance et à la déchéance à cause du péché originel ! L’auteur nous montre, à travers des faits divers et des grandes figures historiques, comment le Diable est devenu une entité de plus en plus maléfique avec le temps.

Nota bene : celles et ceux qui pensent encore que le Moyen-Âge était l’âge obscur comme le disaient certains humanistes de la Renaissance, eh bien ils se mettent le bras dans l’œil. Hildegarde de Bingen ainsi que la Renaissance carolingienne prouvent le contraire à elles deux.

Sous la plume de Labarrière, on examine les changements qui s’opèrent autour de la figure du Diable. Du bouffon médiéval, auquel on peut facilement échappé par la ruse, on arrive rapidement à cet être diabolique, cause de toute souffrance et tourment, et auquel on succombe fatalement. À l’aube de la Renaissance, la farce est finie. Le Diable est, tel Sauron, implacable et tentateur. Toutefois à la place d’avoir un maître anneau il a la femme, plus facile à trouver pour les religieux. C’est le bouc émissaire parfait que l’on s’empresse de le faire brûler en place publique pour des raisons parfois farfelues. Qu’une femme survive à trois époux ou qu’elle soit trop belle, elle est alors la cible de l’ire populaire et cléricale en plus d’être taxée de sorcière.

Plus tard à partir du Siècle de la raison, le Diable et la possession deviennent des excuses commodes. Notamment pour quelques religieux qui abusent de leur position auprès des nonnes ou de leurs ouailles féminines pour en retirer des faveurs sexuelles. Comme je vous disais plus haut, la femme est le bouc émissaire parfait : victime toujours fautive et jamais entendue

La lecture de cette excellente étude historique de Dominique Labarrière, bien qu’éloignée des littératures de l’imaginaire moderne, m’a plongée dans l’imaginaire très fertile et souvent sordide de nos aïeux. L’auteur nous amène des éléments de réponse et de réflexion sur le Diable à travers les âges.

Manon Rouanet

Manon Rouanet

Amoureuse inconditionnelle de la Culture (art, cinéma, littérature, musique, concerts, etc.), la fantaisie et la SF ont bercé mon adolescence campagnarde et rythmé mes étés d'aventures épiques. L'université m'appela cependant vers d'autres cieux, ceux des études d'histoire et d'histoire de l'art, véritable chemin de croix pour réaliser un rêve un peu (carrément) fou, celui de travailler dans un musée. A près de 27 ans et mes études (presque) finies, je renoue avec cette passion pour la littérature afin de la faire partager par le biais d'un autre de mes violons d'Ingres, l'écriture - qui nourrit un deuxième rêve encore plus fou, écrire un roman et le publier (un jour peut-être).

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