Oscil est un groupe de rock progressif qui nous vient de la région parisienne. Il est composé d’Ingrid Denis au chant, de Vincent Mouge à la guitare et aux claviers, d’Aubry German à la basse et de Florent Jeannel à la batterie. Un premier EP intitulé Never Ending Road(s) voit le jour en septembre 2017. First Step On My Moon constitue donc le tout premier album de la formation. À titre personnel, la découverte du groupe et de son EP m’avait véritablement séduit. C’est donc avec une certaine fébrilité que j’attendais de pouvoir poser une oreille sur ce premier opus dont la qualité de l’artwork signé Vincent Fouquet (Above Chaos) s’avère somptueuse.

Harlem Shadows qui ouvre l’album s’avèrera très rapidement être le morceau le plus rock et le plus direct des 8 titres composant ce First Step On My Moon. Excellent préambule à ce qui va suivre, les musiciens nous convient donc à arpenter les rues de New York (j’en profite d’ailleurs pour avoir une pensée toute particulière à l’heure où je rédige ces lignes : le 11/09/2021…). L’entame générale est donc résolument rock avec cette batterie mid-tempo bien droite dès l’intro. Rapidement, guitare et basse viennent s’y greffer et installer un groove catchy qui donne immanquablement envie de taper du pied. On sent tout de suite une production léchée avec juste ce qu’il faut de mordant dans le son mais sans pour autant avoir affaire à un mur de guitares. De toute façon chez Oscil, c’est pas le genre de la maison. Ça respire, ça groove, c’est équilibré… Bref, ça commence bien ! Ambiance américaine donc avec cette sirène de police hurlante perçue dans le spectre sonore peu avant le début du premier couplet. Les guitares se font ensuite plus discrètes et aériennes pour laisser davantage d’espace au chant d’Ingrid qui nous irradie déjà les esgourdes de son joli timbre. Harlem Shadows monte en puissance jusqu’au refrain, reprenant le thème débuté dès l’intro. Musicalement, les syncopes sont de mise et habillent le titre de manière telle qu’elles le rendent presque dansant et légèrement hypnotique. Le morceau évolue ensuite très vite et n’applique pas de règle couplet / refrain répété de façon jumelée. Les musiciens préfèrent nous entraîner vers d’autres contrées, plus nuancées. Le titre se termine de manière presque inattendue avec une ultime déclamation d’Ingrid. L’ensemble n’aura même pas duré quatre minutes. Et sans que l’on s’en soit rendu compte, Oscil a marqué d’une première empreinte personnelle et toute en subtilité son Harlem Shadows.

Avec The Pact, le changement d’ambiance est total. Le riff d’ouverture est amené de façon assez originale (les “vieux” possesseurs de poste radio comprendront !). Celui-ci s’oriente davantage vers un prog’ plus heavy que sur Harlem Shadows. Mais dès l’arrivée du chant, les ardeurs de Vincent Mouge se détendent pour laisser bien plus de place au chant. Et quel chant ! Celui-ci prend véritablement toute sa mesure sur ce second titre et nous comble les oreilles de bonheur ! La vitesse supérieure est clairement engagée et le groupe impose son style. Le potentiel vocal d’Ingrid est véritablement sublimé sur cette compo qui joue aux montagnes russes. Les envolées dans les notes aiguës sont très fréquentes et filent le petit frisson ! Les musiciens laissent surtout s’exprimer leur chanteuse jusqu’à mi-titre. Malgré une bonne dose d’énergie musicale, le tempo est en vérité très assis et faussement enlevé. Après une séquence musicale plus étendue, le chant revient et se veut plus hargneux par endroits. Les interventions de Vincent à la guitare, notamment sur ce solo derrière le chant peu avant la fin, finissent d’illuminer un titre basé sur l’émotionnel. Les mélodies, tant musicales que vocales, sont superbes et prennent leur temps puisque cette fois on dépasse les sept minutes de musique. La force d’Oscil réside dans le fait de proposer de véritables chansons, intelligemment construites, et non pas une alternance de plans sans véritables liens entre eux.

Le premier single de First Step On My Moon arrive avec A Shropshire Lad. Il s’agissait d’ailleurs d’un morceau paru bien avant la sortie de l’album et accompagné d’un clip vidéo. Après une courte intro de batterie toute en groove, le groupe nous entraîne dans un voyage aux sonorités un peu folk avant l’arrivée du chant. De nouveau, les guitares laissent davantage d’espace à celui-ci, véritable caresse pour les oreilles. Le point d’orgue est atteint avec le refrain et cette mélodie de chant haut perchée qui ne vous quittera pas de sitôt ! Splendide et accrocheur. Le break est original et se démarque énormément du reste de la chanson qui en retombe d’autant mieux sur ses petits pieds ensuite. Et c’est bien cela le plus surprenant : les idées foisonnent au sein d’un même titre mais restent toujours raccords entre elles. Tout est fluide et se laisse écouter sans aucun sentiment de malaise auditif. La couleur pop apportée à chacune des compositions et que l’on ressent dans les influences du groupe en est largement responsable. Sur A Shropshire Lad, on pourra d’ailleurs remarquer ces petites interventions subtiles de Vincent à la guitare dans un esprit très jazzy malgré une rythmique souvent fournie. En dépit du bagage technique important des musiciens que l’on sent poindre à chaque détour de note, Oscil nous propose surtout et avant tout des chansons et des mélodies qui flattent les oreilles. Mais ne l’ai-je pas déjà mentionné ? À noter que le titre A Shropshire Lad a été mixé et masterisé par Brett Caldas-Lima (Opeth, Pain Of Salvation, Ayreon…) suite à un concours remporté par le groupe. Excusez du peu !

Le ton se radoucit largement sur You, bien belle ballade aux guitares toutes en finesse. Les instruments s’unissent ici pour former un tapis confortable au chant d’Ingrid très doux, accompagné çà et là de jolis choeurs savamment variés et bien dosés. J’y noterais presque quelques effluves de soul. Le refrain est superbe et délicatement initié. Une fois encore, l’émotion est de mise. Mais cette fois, elle est différente. Aérienne et même céleste. Et d’ailleurs pendant un temps hors du temps, le solo de guitare de Vincent nous transporte ailleurs, vers une autre dimension. Magique.

Romance représente à mes oreilles très probablement ce qui résume le mieux la musique d’Oscil, à savoir ce savant cocktail de pop, de progressif et même de jazz. Passée l’intro très “pink floydienne” à la guitare, le titre démarre ensuite véritablement, rythmé et entraînant. Très pop rock. Le refrain d’ailleurs ne fait qu’enfoncer le clou et reste droit et accrocheur, le chant d’Ingrid se faisant même presque rageur et vindicatif (“Love words, bad words !”). Mais soudain, boum ! Changement RA-DI-CAL ! Gros break très atmosphérique. L’ombre de Pink Floyd n’est de nouveau pas très éloignée. Comment le groupe a-t-il réussi à exécuter ce tour de passe-passe dans un même morceau et aussi vite ? Surprenant. Mais remarquable ! Et telle une apothéose, un air de saxophone soprano pour le moins inattendu vient s’inviter en plein milieu et livrer une prestation jazzy à contre-courant. Pour l’occasion, le groupe a choisi de faire participer le musicien Bastien Brenot. En sortie de break, Florent à la batterie relance les débats. Le thème principal reprend mais évolue puisque c’est au tour d’un piano puis d’un orgue Hammond de venir taper le boeuf ! Les claviers sont joués ici par Jean-Philippe Massicot, autre guest de l’album. Le groupe fait fort et nous surprend toujours davantage. Une très grosse réussite pour moi que ce Romance sans parler des interventions finales de Vincent à la guitare. Bravo !

Autre grand moment de First Step On My Moon : The Heart Of A Woman. Sur ce titre, Ingrid est en duo avec un nouvel invité en la personne du chanteur Ludo Desa (Cams & Desa). C’est d’ailleurs lui qui débute le premier couplet. Autant le dire tout de suite, cette association est une réussite totale ! Le refrain notamment fait mouche et demeure en ce qui me concerne l’un des grands temps forts de l’album. Les deux voix se complètent parfaitement, Ingrid se permettant quelques envolées dans des notes aiguës qui mettent tout le monde d’accord. Son acolyte n’est pas en reste et soutient admirablement sa partenaire. D’un point de vue musical, le titre est assez puissant sans aucun vrai temps mort. On notera une fois de plus les interventions lumineuses de Vincent à la guitare comme ce solo juste après le premier refrain : une petite pépite ! Le garçon possède décidément un sacré toucher. De manière générale, le groove assuré par le tandem Aubry / Florent sur First Step On My Moon est toujours performant mais sans jamais donner dans la surenchère. Aubry propose très souvent des lignes de basse qui se démarquent des guitares et forment une entité à part entière. Sur son final, The Heart Of A Woman sonne plus instrumental puisque l’auditeur se voit nanti de plus d’une minute de musique pure et dépourvue de chant ce qui n’est pas très courant chez Oscil. Le refrain sera scandé une ultime fois avant les toutes dernières secondes du titre. Belle et franche réussite donc que ce morceau qui a lui aussi fait l’objet d’un clip vidéo.

Je dois bien avouer que d’un point de vue purement émotionnel, le titre First Step On My Moon est celui qui me touche le plus. Et ce n’est qu’un doux euphémisme que de l’écrire. Car on y atteint ici une apogée absolument totale en la matière. Au sens strictement musical du terme, il ne s’agit certainement pas du morceau le plus fourni si tant est qu’on le compare à d’autres chansons de l’album plus surprenantes dans le genre. Pas d’écart de style comme dans Romance par exemple. Les envolées d’Ingrid dans les notes aiguës sont de prime abord (j’insiste sur ce terme) moins présentes qu’ailleurs ou alors différentes. Mais alors que d’émotion !!! First Step On My Moon est un concentré de jolies choses. L’aspect musical s’y dévoile de manière plus subtile et plus poétique que sur les autres morceaux (si l’on excepte la ballade You). Le registre est différent. Ici, c’est définitivement le chant qui magnifie l’ensemble. Et à ce sujet, tout est simple et beau jusqu’à l’apothéose : le refrain. Une petite merveille ! L’alchimie opère davantage si l’on sait tendre l’oreille vers les paroles, véritable océan de métaphores astrales. Le travail des choeurs n’est pas en reste comme sur ce décalage réussi à mi-morceau entre le chant lead et les backing vocals. Ce titre est une pure magie auditive. Il dure sept minutes et on a le sentiment qu’il n’en a fait que quatre. Je défie quiconque d’écouter cette chanson sans en avoir les poils qui se dressent. Le mieux bien évidemment étant encore de la découvrir par vous-mêmes plutôt que d’en parler. À elle seule, cette chanson mérite l’acquisition de l’album qui en a d’ailleurs hérité du titre. Je vous aurai prévenus ! En l’occurence, le rapprochement avec un groupe nommé The Gathering n’est à mon humble avis ici pas usurpé. La chanson First Step On My Moon ne se révèle effectivement pas très éloignée de l’univers des Néerlandais tout comme Enter The Haze qui conclue l’album et ne fait que confirmer ce sentiment. Il serait pourtant hâtif d’établir un parallèle strict entre les 2 formations, le cheminement artistique d’Oscil n’étant définitivement pas le même que celui de The Gathering. En ce qui me concerne, j’y trouve des références pop bien plus prononcées que dans la musique des Bataves souvent nettement plus expérimentale et atmosphérique. Mais indéniablement, il plane en cette fin d’album un “je ne sais quoi” évocateur de la bande des frères Rutten. Enter The Haze reste dans la droite lignée du morceau précédent avec notamment son long break épuré sur lequel Ingrid nous gratifie de quelques envoûtantes vocalises. L’ambiance générale, même si elle demeure hyper mélodique, spatiale et captivante, apparaît cependant différente et un brin plus expérimentale. First Step On My Moon et Enter The Haze forment donc un diptyque un peu à part mais qui conclue l’album de façon magistrale, tel un sas vers l’univers plus atmosphérique du groupe.

Never Ending Road(s) s’avérait déjà plus que prometteur. À son écoute, cet EP procurait un bien fou. Les musiciens avaient vraiment su s’y prendre pour nous concocter de jolies chansons avec un univers propre au leur. Pas de futiles démonstrations techniques. Pas de “tape à l’oreille” sans âme si je puis m’exprimer ainsi. Avec First Step On My Moon, le groupe accède au niveau supérieur. Il est même bluffant de constater ce qu’il est capable de nous proposer dès son premier album. Tout s’y révèle déjà parfaitement mature et maîtrisé jusque dans les moindres arrangements. On sent que le groupe a pris son temps pour faire les choses et réellement BIEN les faire. Servi par la production soignée d’Andrew Guillotin (Hybreed Studios), laquelle ne fait que renforcer de manière cohérente une identité déjà bien affirmée, First Step On My Moon se positionne comme les meilleures sorties d’albums de rock prog’ “made in France” de cette année 2021. Oscil est une formation à suivre de très près car elle le mérite amplement. Alunissage réussi !

Nico D.

Nico D.

Salut ! Passionné de musique, je suis tombé dans le chaudron rock et metal dès l'âge de 10 ans en découvrant des groupes tels qu'AC/DC, Scorpions, Y&T, MSG, Mötley Crüe, Téléphone (cocorico !) et bien d'autres encore. Je suis notamment devenu un inconditionnel d'Iron Maiden lorsque mes oreilles se sont posées pour la première fois sur l'album "The Number Of The Beast" en 1982. Ce fut une vraie révélation ! Plus tard, j'ai découvert Metallica et toute la scène thrash metal. Désormais mon champ d'appréciation en terme de musique est large avec une prédilection toutefois pour le heavy, le prog' et le classic rock. En 1988, j'ai commencé à jouer de la batterie. J'ai fait partie de plusieurs formations musicales et je suis actuellement batteur dans le groupe de metal prog' JIRFIYA. Parallèlement à ma passion pour la musique, j'apprécie la lecture et le cinéma notamment fantastique, de science-fiction et d'horreur. J'adore voyager également. Et bien entendu, j'aime me rendre à des concerts !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *