Walk The Sky – Alter Bridge

C’est en 2004 qu’Alter Bridge voit le jour en Floride. À la base, la formation est composée de 3 ex-membres du groupe Creed : Mark Tremonti à la guitare, Brian Marshall à la basse et Scott Phillips à la batterie. Le chanteur (et également guitariste) Myles Kennedy en rejoint les rangs quelques temps plus tard. Par la suite, Alter Bridge gravit les échelons de la notoriété un à un en publiant cinq albums studio : One Day Remains (2004), Blackbird (2007), AB III (2010), Fortress (2013) et The Last Hero (2016). Le 18 octobre 2019 sort Walk The Sky, sixième et nouvel album du groupe. Présentation ! 

Tout commence avec One Life, titre très court et qui sert d’introduction à ce nouvel opus. Le chant de Myles Kennedy se veut intime et très doux. L’ensemble est planant avec juste ce qu’il faut de guitare toute en légèreté et sur fond de sonorités électros très aériennes avant que l’auditeur ne rentre dans le vif du sujet avec Wouldn’t You Rather. Puissant et très « Alter Bridgien », ce titre est construit dans la plus pure tradition du groupe : grosses guitares, refrains accrocheurs, chant haut perché à gros renforts de chœurs… Tout y est ! Il s’agit d’ailleurs d’un des singles (si on peut encore employer ce terme de nos jours) de l’album. Néanmoins, un certain manque d’originalité vient (déjà !) pointer le bout de son nez. Tout single qu’il est, Wouldn’t You Rather ne figure pas à mon goût parmi les meilleurs morceaux de Walk The Sky. Ceci dit, il s’agit tout de même d’une très bonne entame à ce nouvel album. Le schéma se répète avec In The Deep (autre single). Certes, l’ensemble est puissant et accrocheur mais il manque ce petit quelque chose qui en ferait un véritable hit. Comment dire ? L’auditeur que je suis et qui connaît bien la musique des Floridiens passe un bon moment en ce début de skeud mais demeure pour le moment quelque peu perplexe. Et que dire de Godspeed qui suit ? Avec son intro aux sonorités pop (une constante sur Walk The Sky) et ses couplets / refrains gentillets, on se retrouve partagé entre deux sentiments. Le groupe édulcore son propos sur ce nouveau disque et on ne peut que louer cette volonté de proposer autre chose. D’un autre côté, on est pour le moment déçu de sentir qu’Alter Bridge se met à sonner comme du Nickelback (groupe que j’apprécie soit dit en passant) en proposant des chansons bien produites et bien chantées mais malheureusement un peu trop passe-partout. Heureusement, Native Son remet les pendules à l’heure. À commencer par son intro absolument énorme. Alter Bridge revient à un son plus mordant et l’auditeur s’en réjouit. Pré-refrains et refrains très efficaces avec ses « Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! Oh ! » (certes, écrit de la sorte ça semble ridicule…). Il en est de même du break. Subsiste en arrière mix les fameuses sonorités électros. Mais le son général est si heavy que l’on s’en aperçoit à peine. Take The Crown demeure dans la même veine mais en plus mid tempo avec une belle différenciation entre des couplets aux ambiances plus sombres que les refrains nettement plus mélodiques. Un très bon morceau. Il est même assez singulier de constater que les titres choisis comme singles sont finalement moins intéressants d’un point de vue purement musical que les autres chansons. À ce titre, Indoctrination illustre parfaitement cet exemple. Car il s’agit à mon sens d’un des cinq meilleurs morceaux de Walk The Sky. Une fois encore, l’intro est soignée. Groovy à souhait avec son plan de cymbale charley / grosse caisse rapidement accompagné d’une guitare inquiétante et du chant, elle dénature par rapport à ce qu’Alter Bridge nous propose généralement. On aime ! Et la suite du morceau est de toute beauté. Qu’il s’agisse des couplets, des refrains ou du break : la réussite est totale ! Alter Bridge vient (enfin) nous surprendre et sort de sa zone de confort. Indoctrination est beau et groove méchamment. Myles Kennedy nous confirme si besoin était qu’il est un super chanteur. Le tempo et le débit rythmique ne bougent pas d’un iota et demeurent très assis tout du long ce qui est une autre spécificité du morceau. Puis arrive The Bitter End. Changement total d’ambiance. L’intro ne nous promet rien de particulier. Mais le premier refrain parvient très vite à nos petites oreilles et là… Oh my God ! la claque ! Myles Kennedy nous transporte dans un monde dont on ne soupçonnait pas l’existence. Quel chanteur mes amis ! QUEL CHANTEUR !!! The Bitter End est un genre de power ballade. Mais il serait franchement réducteur de résumer le titre de la sorte. Car c’est bien plus que ça. Non. The Bitter End nous propose très exactement 3mn 42s de pur bonheur auditif. Et encore une fois, tout le mérite en revient à son formidable chanteur. La ligne mélodique du refrain alliée au travail des chœurs en arrière plan sont à tomber par terre. The Bitter End est pour moi un titre fédérateur dont on imagine aisément l’impact en live avec un public qui chanterait de concert avec Myles Kennedy. C’est vraiment le genre de chanson qui fait du bien par là où elle passe. Inutile de préciser qu’il s’agit d’un morceau de choix de Walk The Sky. De l’émotion à l’état brut ! Pay No Mind qui suit nous fait malheureusement redescendre bien vite de notre petit nuage. Non pas que la chanson soit mauvaise, loin de là. Mais elle ne sonne « que » comme un titre d’Alter Bridge déjà entendu 15 fois. Après la merveille The Bitter End, le contraste est d’autant plus saisissant. Les sonorités électros deviennent limite agaçantes et même envahissantes. Alter Bridge cède de nouveau aux sirènes de la facilité. Le passage le plus intéressant reste encore le break : c’est dire ! Bref, un titre sans grande saveur. Next ! Forever Falling, hélas, ne brille pas non plus par son originalité malgré un refrain tout juste sympathique et une mélodie de guitare agréable. Le ventre mou de Walk The Sky continue avec Clear Horizon. Vite écouté mais bien vite oublié. Indéniablement, la qualité est au rendez-vous. Myles Kennedy sauve les meubles, notamment sur les refrains. Mais pour du Alter Bridge c’est un cran en-dessous et répétitif. Fort heureusement, Walking On The Sky nous réconcilie avec les Floridiens. Et de quelle manière ! Un peu à l’image de The Bitter End, l’intro n’a rien d’exceptionnel. Elle est jolie mais on se dit qu’on va encore avoir droit à un morceau entendu 20 fois chez Alter Bridge. Puis arrive le pré-refrain, inquiétant. Et boum ! On se prend le refrain en pleine tronche. Une explosion de grosses guitares bien heavy et furieusement groovy à la fois, soutenues par un basse / batterie chaloupé et qui donne envie de se démettre la nuque ! Le tout est magnifié par le chant très haut perché de Myles Kennedy et les chœurs qui vont avec. C’est hyper efficace et on en redemande ! Un des tous meilleurs morceaux de l’album. Malheureusement, Alter Bridge nous refait le coup du « post The Bitter End » en enchaînant un titre énorme avec un autre beaucoup plus faible, pour ne pas dire le plus faible de tout l’album. Tear Us Apart, le bien nommé, se révèle effectivement tout juste sympathique voire gentillet. Mais après le puissant Walking On The Sky, il faut bien avouer que ça fait bizarre… En outre, les paroles ne respirent pas non plus l’inoubliable : « Don’t let the world tear us apart, don’t live a lie, don’t break a heart, don’t compromise, just wait »… Bref, ça sent un peu le titre de remplissage. Dying Light vient conclure l’album et fort heureusement il le fait de belle manière. Un peu à l’image de Walking On The Sky, le morceau débute assez simplement mais prend une tournure différente à l’arrivée du premier refrain. Et grâce à qui ? Myles Kennedy bien entendu ! Une fois encore, les envolées vocales du chanteur font mouche et donnent le frisson. Sur les refrains, le travail des chœurs notamment est superbe avec sa superposition de lignes venant compléter le chant lead. Caractérisé par une jolie mélodie instrumentale plutôt aérienne et même spatiale, Dying Light clôture donc Walk The Sky intelligemment. De manière métaphorique, disons que ce dessert frais et léger passe très bien après un long repas !

Ce nouvel album d’Alter Bridge nous laisse donc un sentiment quelque peu mitigé. Sur 14 titres (13 si on écarte One Life qui sert d’introduction), le groupe aurait aisément pu en mettre 2 ou 3 (voire davantage) de côté et rendre ce Walk The Sky plus dense. Mais de manière générale, les albums d’Alter Bridge sont longs et on ne peut que respecter le souhait des musiciens de vouloir en proposer un maximum à leurs fans. Walk The Sky souffle donc le brûlant, le chaud, le tiède et le réchauffé. Il faudra plusieurs écoutes pour l’apprivoiser et s’en imprégner. Quant aux chansons plus faibles, elles le resteront certainement. Mention spéciale à Myles Kennedy : le chanteur est au sommet de son art ! Pas étonnant qu’un certain Slash lui ait mis le grappin dessus afin de l’intégrer à son propre groupe (Slash feat. Myles Kennedy & The Conspirators). Un mot sur l’artwork : la pochette est superbe ! On sent d’ailleurs tout l’aspect métaphorique qui s’en dégage. À ce titre, le livret comprend toute une page de noms intitulée « The Immortals ». En outre, on retrouve l’image de l’oiseau noir chère au groupe (cf l’album Blackbird et son concept titre hommage). Le fidèle du groupe Michael « Elvis » Baskette a produit Walk The Sky et a également participé aux arrangements et autres programmations.

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