L’Appel de Cthulhu – Howard Phillips LOVECRAFT

Bragelonne prépare nos lectures estivales par la sortie de nouvelles éditions des nouvelles horrifiques de Lovecraft : L’Appel de Chtulhu et L’Horreur à Dunwich.

Boston, 1926. Suite au décès, dans des circonstances étranges, de son grand-oncle, Francis Thurston découvre dans les documents dont il hérite l’existence d’une secte vouant un culte à une créature innommable, endormie depuis des millions d’années. 
Sacrifices indicibles pratiqués dans les bayous de Louisiane, meurtres mystérieux perpétrés dans divers endroits du globe, artistes sombrant dans la démence après des visions nocturnes terrifiantes, renaissance de cultes ancestraux et surtout, une cité cyclopéenne surgissant de l’océan lors d’une tempête…
Thurston va comprendre peu à peu que les recherches de son grand-oncle concernant le culte de Cthulhu étaient bien trop proches de la vérité et que, dans l’ombre, des adeptes œuvrent au réveil de leur dieu païen, prêts à faire déferler la folie et la destruction sur le monde.
Les astres sont alignés. La fin est-elle proche ?

Publié pour la première fois en 1926, L’Appel de Cthulhu est une des premières nouvelles de Lovecraft à aborder le thème des Grands Anciens qu’il développe par la suite dans L’Horreur à Dunwich ou encore avec Les Montagnes Hallucinées.

La grande qualité de Lovecraft est de nous immerger dans le récit, ce qu’il fait avec brio dans cette nouvelle rédigée à la première personne et dont le narrateur est Francis Thurston.

A l’instar de ce dernier, nous découvrons les notes et recherches de son grand-oncle, le professeur Angell, spécialisé dans les langues sémitiques, qui, peu de temps avant son décès, a fait une terrible découverte : le culte de Cthulhu et ses implications cosmiques. Thurston n’est pas un témoin direct des événements, ni même son oncle, et c’est tout ce qui fait l’intérêt de ce récit où la raison et la science se confrontent à l’ineffable horreur qu’est le culte de ce Grand Ancien qui a établi sa résidence dans une cité engloutie par les flots. En effet, nous ne sommes que des observateurs secondaires des scènes d’épouvantes qui traumatisent, effrayent et font douter même les plus rationnels et sains d’esprit, les poussant parfois même jusqu’à la folie, et cela sans pouvoir intervenir directement. Nous ne sommes rien face à la puissance des êtres tels que Cthulhu, gigantesques et venus d’ailleurs.

Encore une fois, Lovecraft mêle habilement la réalité et la fiction afin de dépeindre à ses lecteurs un monde aux apparences des plus réelles mais dont les monstres tapis dans l’ombre ne sont là que pour réduire l’humanité à néant, tant elle ne représente rien pour eux.

Il mentionne en effet des rassemblements artistiques ou scientifiques qui ne sortent pas de son imagination : le Salon de Printemps de 1926 à Paris (ou le Salon des Artistes français) et le colloque annuel de la société Américaine d’archéologie. Evénements réels et ancrés dans la culture des années 1920, ils servent de décor à ce récit, renforçant notre malaise face à une horreur plausible qui se manifeste à travers les rêves d’artistes ou encore par des statuettes, et que l’on entrevoit grâce au récit de Johansen, le marin rescapé de R’lyeh, la cité engloutie où repose Cthulhu.

Lovecraft est un auteur de son temps et comme beaucoup d’artistes dans son cas, son oeuvre est teintée d’une xénophobie assez récurrente dans ses textes qui témoigne de sa psyché.

Les adorateurs de Cthulhu ne sont jamais des blancs mais des « mulâtres », des « sangs-mêlés » et sont porteurs d’une dégénérescence qui porte en elle quelque chose de malsain (du point de vue de l’auteur s’entend ; je profite de cette aparté pour revenir sur un roman qui fait aujourd’hui polémique : Autant en emporte le Vent, je ne m’appesantis pas sur les clichés racistes qu’il véhicule, ni sur le fait qu’il s’ancre, tout comme Lovecraft et ses écrits, dans une Amérique raciste et xénophobe, il n’en reste pas moins un monument de la littérature de cette période à l’instar de Lovecraft qui est le père de l’horreur moderne ; ces livres sont des témoignages des mentalités de l’époque, et ce n’est pas parce qu’on les apprécie qu’on adhère à leur propos). C’est cette peur de l’autre et de la modernité, mauvais souvenirs de la période new-yorkaise de Lovecraft, qui a inspiré l’auteur et qui a fait de lui l’écrivain génial que l’on connaît aujourd’hui.

 

Comme dans la plupart de ses nouvelles, Lovecraft nous plonge dans un récit qui fait naître au plus profond de nous un malaise face à l’immensité du cosmos et des créatures cauchemardesques qu’il renferme, nous renvoyant à une condition d’insecte impuissant en proie à un destin que l’on ne maîtrise pas.

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