L’adversaire – Haut-Royaume T4 – Pierre Pevel

Quand on vient de terminer le tome 3 de Haut-Royaume, une seule hâte : se plonger dans la suite. Il faut dire que la fin du précédent est très sombre et laisse Lorn Askarian, notre anti-héros – héros ? – face à la haine de son puissant et nouvel ennemi.

Pour plonger un peu dans les grands questionnements de ce tome, voici la quatrième de couverture :

 

Il incarnait l’espoir d’un jour nouveau, et la crainte d’une nuit éternelle. Serait-il le sauveur ou l’ennemi ? Le choix était le sien.

Avant de revenir à Lorn, Pierre Pevel nous fait faire un petit détour une trentaine d’années auparavant dans un prologue qui permet une complète compréhension de l’énigmatique quatrième de couverture. Son personnage principal déjà complexe, que l’on a appris à aimer au cours des trois précédent volumes, s’étoffe encore plus dans l’introduction de ce que l’on peut tout à fait définir comme un tome pivot de la saga.

Nous retrouvons notre chevalier solitaire après que son armée se soit faite décimer par les ghelts dont la Garde d’Onyx repoussait l’invasion. Affaibli, blessé et trahi, seul – ou presque – survivant du massacre, il rumine, soigne ses plaies et s’exile. Son côté sombre s’efface peu à peu et, là où Lorn nous a habitué à ne servir que ses propres intérêts, il se transforme en défenseur de la justice. Jusqu’à ce que son désir de vengeance ne le rattrape.

Pour autant, à aucun moment il ne retombe dans ses tendances sombres, ni dans une quête exclusivement personnelle. Le chevalier empoisonné par l’Obscure des premiers tomes a laissé place à un véritable héros, qui chemine tout au long du tome dans une réflexion autour du malheur que son existence a apporté à tous ses proches. C’est une problématique que je trouve assez classique chez les héros maudits et torturés, mais Pierre Pevel n’en fait pas trop, donc c’est avec plaisir que j’ai rencontré ce nouveau Lorn. Ce dernier embrasse son rôle de héros bien au-delà de cette simple approche : n’aspirant plus désormais qu’à une vie simple, il ne peut pourtant se détourner des injustices et reste prêt à tout tenter pour sauver ceux qui lui sont chers et si possible, son royaume. J’en viens tout de même à regretter un tout petit peu le côté imprévisible que son statut d’anti-héros conférait à Lorn, mais j’attends de voir ce que nous réserve l’auteur.

Au niveau des personnages, nous en retrouvons quelques uns avec plaisir, mais j’ai été un peu déçue de ne pas voir reparaître un personnage féminin clé des premiers tomes. C’est très personnel, ça n’aurait rien apporté à l’histoire, qui, cette fois, est moins axée sur les batailles que sur les enjeux politiques. Alors qu’il menait ses petites affaires sans trop que l’on s’en préoccupe dans le tome précédent, le prince cardinal Jall refait surface avec une quête bien plus profonde et spirituelle qu’une simple accession au trône du Haut-Royaume.

Dans ce tome-ci, nous nous éloignons d’Oriale, la capitale du Haut-Royaume, et les jeux d’influences et de politiques s’étendent au-delà des frontières du Langre. A dos de vyvernes ou au grand galop, Pierre Pevel nous emmène des plus hauts cols d’Argor jusqu’au fond de vallées uniquement habitées par l’oubli – et éventuellement des ogres et des vaargs – en passant par les cités franches et le Loriand. Les Dragons Divins ne sont pas en reste puisque l’on se penche un peu plus sur leur histoire et leur belle mythologie. Rien à dire sur l’univers donc, que nous découvrons un peu plus dans ce tome-ci.

L’intrigue est bien menée et étoffée par les quêtes parallèles d’Alderan et de Jall, même si je regrette tout de même une petite longueur sur le milieu lors d’une partie de chasse qui s’éternise. Comme cela amène à de nouvelles découvertes et fait traverser de nouveaux paysages, c’est tout pardonné. Par ailleurs, ce tome recèle un peu moins d’interventions de l’Assemblée d’Ir’Kans et de ses gardiens par rapport aux précédents, qui m’ont toujours laissée un peu dans le flou, mais qui participaient à la création du mystère entourant Lorn. Ce n’est pas un manque mais cela marque d’une certaine façon la fin d’une destinée, qui semble s’être achevée dans le troisième volume. Sans vouloir parler d’un tome de transition, ce qui serait bien péjoratif et réducteur au vu de ce qu’apporte ce tome, il s’agit bel et bien d’un pivot qui conclut indéniablement un premier cycle.

Tout ceci est bien sûr servi par le style efficace mais non moins poétique de Pierre Pevel. Ce roman n’est pas long – 357 pages – et est aussi dynamique que les précédents, rythmé par des chapitres très courts et des ellipses bien employées. Cela en fait une fantaisie adulte très abordable, mais qui n’en reste pas moins sombre. La plume de l’auteur se prête aussi bien aux descriptions qu’aux dialogues, et permet, à travers des moments durs et émouvants, de créer un lien affectif entre le lecteur et son personnage.

Pour ceux d’entre-vous qui ont lu le troisième tome à sa sortie et qui ont – comme moi – une mémoire peu fiable, Pierre Pevel nous fait à plusieurs reprises et en toute subtilité des rappels des tomes précédents : c’est juste bien dosé pour pallier les oublis sans ennuyer les lecteurs qui lisent tout d’une traite. Ça a le mérite d’être souligné, ce n’est pas toujours maîtrisé avec autant de brio.

S’il fallait pinailler un tout petit peu, il y a quelques toutes petites incohérences sur des passages très localisés, mais c’est bien moins lourd que dans le tome 1. Rien qui vaille la peine de s’y arrêter. En revanche, on s’arrête sur la qualité de l’ouvrage papier; je souligne au passage et très rapidement le travail éditorial, avec un hardback et un papier épais et agréable pour la lecture, qui ne dépare pas dans une belle bibliothèque.

C’est donc, vous l’aurez compris, une très belle suite de saga, toujours aussi palpitante, avec un enchaînement de coups du sort et de combats singuliers, et un auteur qui malmène toujours autant ses personnages – avec un net privilège pour Lorn Askarian. Cette lecture se dévore en quelques heures, et laisse une seule question : “comment vais-je faire pour attendre la suite ?”

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