Doctor Who saison 12 – Chris Chibnall

Les + :

– Un retour très bien écrit à la mythologie de la série

– Des twists d’envergure

– D’excellents épisodes sur l’arc principal

 

Les – :

– Les compagnons laissés de côté et inutiles

– Des « stands alones » ennuyeux

– Une conclusion à l’arc narratif décevante

Nous avions laissé Doctor Who version Chris Chibnall sur le fun et imparfait épisode de Nouvel An : Résolution. La principale question en suspens était de savoir si le showrunner allait continuer sur cette veine, ou s’il allait revenir à une version plus mesurée, proche de la saison 11. Il semble avoir opté pour suivre cette nouvelle ligne directrice, pour le meilleur, comme pour le pire.

Attention : cet article parle des révélations de la saison

La nouvelle saison commence sur un double épisode, Spyfall, où la série s’amuse à parodier James Bond dans une enquête pour identifier qui assassine les espions du monde. La première partie est une excellente surprise, assez nerveuse et aventureuse, où le Docteur et son équipe pataugent pour identifier la menace qui plane sur la Terre. L’épisode dévoile ses menaces petit à petit pour se conclure sur une révélation d’importance : le retour du Maître (j’y reviendrais plus loin).

Ce retournement promettait du très fort sur la deuxième partie, malheureusement l’affrontement n’est pas tout à fait à la hauteur : si Chibnall a bien cerné l’opposition Maître/Docteur, il échoue à la faire évoluer dans un contexte à fort enjeu. La menace fait vite pschiit. Les intrigues secondaires sont peu ou pas traités. Ce diptyque résumera en lui-même toute la saison : des qualités, un retour en force de la mythologie Whoienne, mais une déception de voir comment le tout est conclu.

A dire vrai, je trouve que cette saison 12 s’est Russel T. Davies-sée : exit les intrigues simples et sans conséquence, place à des intrigues rythmées à twist, à des références et clins d’œil à gogo aux saisons 2 et 3, à un arc général de saison qui touche cinq à six épisodes en tout, souvent en filigrane. J’ai apprécié ce choix, j’aurai juste aimé en apprécier tous les tenants.

D’abord, car les « stands alones » sont assez peu réussis : à part l’épisode historique sur Nicola Tesla, excellent, le reste est vite oubliable, voire franchement raté (Praxeus, Vous m’entendez ?).

Ensuite parce que Chibnall a complètement abdiqué l’idée de faire participer les compagnons à l’intrigue. Si Yaz et Ryan font illusion dans Spyfall ou Le contrat des Judoons (épisode 5), ils disparaissent d’autant plus ensuite. Graham est définitivement réduit à un running gag ambulant, toujours prêt à être kidnappé ou à disparaître. Même le Docteur, lassé, ne prend même plus la peine de le rechercher (Le contrat des Judoons, encore). L’idée de départ d’une équipe autour du personnage principal était séduisante, force est de constater qu’au bout de dix épisodes, les scénaristes ont abandonné toute ambition à ce sujet et c’est dommage : le Docteur se réalise surtout grâce à des compagnons emblématiques.

Sorti de ces problèmes, Chibnall m’a agréablement surpris en réintroduisant en force la mythologie de la série : après une saison 11 où rien n’était évoqué de peur de faire fuir le nouveau spectateur, le virage de Résolution est parfaitement poursuivi et enrichi. Spyfall fonctionne bien, globalement, quand il repose sur ces éléments : voir Gallifrey (enfin !) ou le Maître réveille une intrigue qui paraissait un peu simpliste à l’origine.

Le Maître est particulièrement impressionnant. Sascha Dawan prend un plaisir communicatif à jouer le psychopathe en chef de l’univers, il dévore l’écran à chaque apparition que l’on attend avec impatience. Après les ambivalents de Steven Moffat sur le personnage (coucou la saison 10), retrouver un personnage plus nettement méchant fait extrêmement plaisir.

L’épisode Le contrat des Judoons est également à mettre au crédit du Showrunner. Dans ce qui semble être un énième « stand alone » un peu ronronnant sur le retour d’une espèce bien connue des amateurs de la saison 3, Chibnall enchaine les twists : d’abord le retour de Captain Jack Harkness, jubilatoirement court, mais surtout la révélation d’un nouveau Docteur interprété avec talent par Jo Martin. La surprise et le pouvoir d’émerveillement jouent à plein. C’est le premier épisode depuis très longtemps où j’ai littéralement retrouvé le Docteur que j’aime, percutant, drôle, surprenant, surtout tout ça en même temps !

Arrivé là, la saison a déjà atteint son objectif et je craignais le pire pour la conclusion, tant les pistes autour du Timeless Child, le sujet principal de cette année, et des révélations intra-univers pouvaient se révéler très décevantes. Le retour des Cybermens pouvait offrir un cocktail explosif : leur introduction en douceur dans l’épisode historique sur Mary Shelley et Lord Biron, Apparitions à la Villa Dodati, est bien menée, mais la suite m’a semblé longuet et il faut attendre le retour du Maître pour que l’on s’intéresse à ce qui se passe à l’écran. Le dernier épisode, appelé l’Enfant intemporel, est une espèce de show du Maître où le méchant sur-explicite pendant quarante minutes ce qu’il a fait et ce qu’il va faire, tout en révélant un secret qui n’a rien de bouleversant.

Pour finir sur une touche nuancée, Jodie Whittaker semble plus à l’aise dans le costume du Docteur, même si j’ai parfois trouvé qu’elle copiait trop certains prédécesseurs. Le choix de la rendre plus sombre, moins unilatéralement joyeuse, lui permet d’apporter de la nuance de son jeu. Elle profite surtout des oppositions face à elle pour avoir un personnage à défendre.

Côté réalisation, la série continue plutôt dans la veine de la saison 11, une volonté de faire cinéma avec un rythme lent. Ce n’est pas pour me déplaire, mais les stands alones fauchés font encore plus fauchés, et l’absence de figurants nuit à cette ambition.

La musique de Segun Akinola continue à décevoir : malgré quelques fulgurances appréciables et le choix d’une BO plus présente, les motifs (hors de question d’appeler ça des thèmes) sont fades et on se prend à imaginer ce que Murray Gold, même en petite forme, aurai pu en faire. Rendez-nous This is Gallifrey : our childhood, our home !

Conclusion :

La saison 12 est tour à tour divertissante, jubilatoire, un peu plate et ennuyeuse. J’ai trouvé l’ensemble fort plaisant à regarder, mais je reste sceptique sur la capacité de Chris Chibnall a gâché le potentiel qu’il a lui-même introduit cette année. Reste que cette montée en puissance est appréciable et laisse espérer une prochaine saison encore meilleure. Avec un épisode spécial en approche, on devrait en apprendre un peu plus…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *