Battlestar Galactica (2005) – Ronald D. Moore

Les + :

– Des arcs scénaristiques puissants reflets de notre monde

– Des personnages charismatiques et bien écrits

– Une production de qualité

Les – :

– Un symbolisme lourd qui finit par nuire à l’ensemble

– Des saisons 3 et 4 moins solides

– Une capacité improbable à flinguer/déjouer les cliffhangers

Les Douze Colonies sont attaquées par les Cylons, des robots humanoïdes créés par les Humains. Seules cinquante mille personnes survivent au massacre et ils se retrouvent sous la protection du Battlestar Galactica, antique vaisseau destiné à devenir un musée. Pour s’en sortir, les survivants se lancent dans la quête mythique de la Terre. Mais les Cylons continuent de les poursuivre.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous sommes en pleine redécouverte de Battlestar Galactica (BSG) 2005, le remake développé par Ronald D. Moore. France Culture se demande si BSG est la meilleure série SF, France Inter (vi, vi) creuse sa dimension politique. Plus proche de nous, le podcast C’est plus que de la SF revient aussi sur la série. Je ne compte plus, depuis quelques années, les publications sur le contenu de la fiction, en français (Rêves et séries américaines, chez Rouge Profond) ou en anglais (par exemple Battlestar Galactica and International Relations, de Nicholas Kiersey).

Comment expliquer cette légitimation tardive alors que la série est très peu passée à la télévision française, hors chaînes payantes ? Pourtant, BSG est sortie en plein boom des séries post-11 septembre, alors que le téléchargement commençait à exister et que la série pouvait se prêter à l’exercice (à l’époque sous-titrée par des fans, avec une aura de série sombre etc).

Peut-on vraiment dire que BSG est la meilleure série de SF ? Retour à bord de la Grand old lady, pour un voyage dans les soutes du Battlestar  !

BSG démontre de grandes qualités techniques : un visuel qui n’a pas pris une ride avec des effets spéciaux qui ont peu vieilli ; une réalisation soignée basée sur la shacky-cam en pleine mise en avant au cinéma à l’époque (les premiers Bourne sortent en 2002 et 2004, Black Hawk Down aussi et ce sera une source d’inspiration pour l’ensemble visuel) qui rejoint une veine documentaire. Cette prise « sur le vif » constitue un marqueur fort de son identité, comme pouvait l’être la technique du « walk & talk » dans A la maison blanche.

Nouvel élément distinctif : la musique. Bear McCreary s’est révélée à travers ses compositions dans BSG où son style multi-ethnique, qui croise la cornemuse avec le classique ou le Duduk, correspond bien à l’image de la série. Il a su aussi écrire des thèmes forts, des motifs d’une grande efficacité qui sont toujours présents aux moments clés. Pour s’en convaincre, on pensera par exemple à la séquence de l’Olympic Carrier en saison 1 (épisode 1, 33) où les percussions militaristes laissent peu à peu la place au thème principal, dramatique et lyrique, qui raconte tout le dilemme moral derrière le comportement des pilotes. Et des morceaux comme celui-là, BSG en compte à la pelle pendant 4 saisons.

 

Autre grand point fort : le casting de la série est impeccable. Il se partage entre vieux roublards (Michael Hogan, Mary McDonnell et bien sûr Edward James Olmos) et jeune génération (Kathee Sackhoff, Jamie Bamber, James Callis, Tricia Helfer ou Grace Park) associés à une série d’acteurs secondaires et d’invités de grande qualité. Chacun aura son petit préféré, entre les « I need a drink » proverbiaux du colonel Tigh, les visions hallucinées de Gaius Baltar, la force de caractère de Laura Roslin ou le côté rentre-dedans de Starbuck. C’est cette diversité qui est une force, tant chacun peut trouver un personnage prenant, passionnant ou intriguant dans des arcs qui durent sur toute la série.  Cette stabilité dans l’équipe démontre sa pluralité jusqu’au bout.

Pour parler de mon cas, je confesse volontiers mon amour de l’amiral Adama. Edward James Olmos lui donne une présence impressionnante et son charisme irradie à chaque moment fort. Il est d’une droiture morale qui en fait un phare dans un univers très gris. Mais surtout, les scénaristes ont soigné ses discours, emprunts de force et d’humanité, lorsque la bataille arrive ou qu’un drame est inéluctable. Il m’hérisse les poils des bras à chaque revoyure, gage de qualité !

L’équipe autour de Ronald D. Moore a su se montrer saillante : on aime ou on déteste les personnages ainsi que leurs actions, ce qui donne une réelle dynamique à l’équipe. Moore a toujours revendiqué un parti pris réaliste, qui impacte le visuel et les personnages, mais sert aussi à utiliser les récits comme des miroirs de notre monde.

Car Battlestar Galactica s’empare de son univers fictif pour nous parler de nous, des humains, de notre monde et de notre histoire. D’abord parce qu’elle s’ancre dans ce monde US post-11 septembre que d’autres séries ont également mis en image (24 en est le porte-drapeau). Elle ne cesse de traiter de la peur et de l’ambiguïté morale, de s’interroger sur l’incertitude, de donner en fait des clés de lecture sur son époque de tournage. C’est réellement une série de son temps et en revoyant la série, 15 ans après, on comprend que notre monde n’a pas tant changé et que BSG reste une série actuelle par bien des aspects.

Dans les saisons 1 et 2, elle traite de cette fuite en avant qu’a entraîné l’événement apocalyptique de la destruction des Colonies. La leçon y sera dure, parfois âpre. Elle montrera surtout qu’en plus des Cylons, l’humanité doit se méfier des siens et des conséquences d’une volonté militariste sans borne dans une démocratie (fin de saison 1 et surtout l’arc Pegasus, de loin le plus réussi de la série).

La troisième saison est l’histoire d’une pause, mal venue, car mal préparée, pour lancer ensuite une course vers la Terre. Les quatre premiers épisodes sont un moment fort, car ils reviennent sur des notions de notre histoire : l’occupation, la collaboration, la résistance. BSG dépasse ici son contexte lié au 11/09 et s’interroge sur l’humain au sein d’un groupe et dans un contexte particulier. Et paradoxalement, ce passé futuriste peine alors à devenir universaliste. Rongée par son ton sombre et ses lubies américanisées, la série épuise assez vite son message et mettra plusieurs épisodes à traiter des conséquences, parfois brillamment (The Cercle), souvent beaucoup moins. C’est alors que BSG perd en qualité. Elle s’embourbe dans des sous-intrigues et perd cette dynamique qu’elle gardait jusque là.

La saison 4 sert de conclusion, pas toujours satisfaisante. On le voit, la série est profondément américaine dans les valeurs qu’elle défend et l’histoire qu’elle déroule. La fin ne fera que porter plus haut ces idées, au point de tomber parfois dans un symbolisme religieux lourdingue ou une soudaine disparition de l’ambiguïté qui rassure le spectateur, mais se fait au détriment de l’écriture générale.

Conclusion :

Alors Battlestar Galactica, meilleure série de SF ? Vous aurez compris que pour moi, non. Elle échoue à raconter une histoire universelle et c’est là qu’est sa principale limite, avec son scénario qui finit par s’éparpiller (en plus d’une très forte tendance à plomber tous ses cliffhangers, ce qui finit par la rendre extrêmement prévisible). La série doit bien sûr être remise dans le contexte de ses années de production et en cela, elle reste actuelle. Je lui préfère tout de même Babylon 5, à l’histoire indémodable et qui est indéniablement mieux écrite sur la longueur. Il n’empêche que BSG reste une excellente série de Space Opéra et qu’il y en a très peu qui peuvent prétendre arriver aujourd’hui à son niveau.

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