The Verdict – Queensrÿche

Fer de lance du heavy metal prog’ dans les années 80, Queensrÿche a connu ses heures de gloire en signant quelques-unes des plus belles pages dans ce registre. Les initiés se souviennent certainement des albums The Warning (1984), Rage for Order (1986) et surtout Operation : Mindcrime (1988) ou encore Empire (1990). Des disques absolument incontournables dans toute CD-thèque heavy metal à tendance prog’ qui se respecte. Par la suite, le groupe connut quelques soucis de line-up. Le départ en 1997 du talentueux guitariste et principal compositeur Chris DeGarmo fut entre autre une étape très difficile à négocier. En 2012, de grosses tensions apparaissent au sein de Queensrÿche. Le chanteur Geoff Tate est prié de quitter les rangs de la formation. Il s’ensuit alors un incroyable imbroglio juridique opposant l’ex-frontman au reste du groupe, chacune des parties revendiquant la paternité du nom Queensrÿche.

Depuis 2012, la formation s’est adjointe les services de Todd La Torre (ex-Crimson Glory, ex-Rising West) au chant. Et de manière significative, il en résulte une renaissance du groupe pour le moins assez surprenante. Après l’éponyme Queensrÿche (2012) et Condition Hüman (2015), The Verdict est le troisième album sous l’ère La Torre.

Alors que dire à propos de cette nouvelle offrande du Rÿche ? En tout premier lieu, il est assez incroyable de constater à quel point l’arrivée de La Torre au sein du groupe a été bénéfique. Le renouveau amorcé depuis l’album éponyme en 2012 n’a eu de cesse de se bonifier. De l’aveu même de ses membres fondateurs, décision était déjà prise alors de revenir à un Queensrÿche plus heavy. Bref en un mot, au Queensrÿche original. Sous l’ère Geoff Tate, le groupe avait progressivement perdu de son mordant. Durant les années 2000 les albums n’étaient globalement pas mauvais, loin de là (exception faite du raté Operation : Mindcrime II). Mais l’aspect prog’ inhérente au groupe finissait peut-être par lisser des compos qui avaient tendance à se chercher et à perdre en impact. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la remise à l’heure des pendules depuis 2012 et l’arrivée de La Torre est totale ! Et The Verdict en représente très probablement la finalité, cet album étant peut-être plus équilibré que ses 2 prédécesseurs en terme de tempi, ambiances ou originalité. L’auditeur ne s’ennuie pas une seconde à l’écoute des 10 titres, notamment sur toute la première moitié : Blood of the Levant, Man the Machine, Light-years, Inside Out, Propaganda Fashion… Les morceaux s’enchaînent pour notre plus grand plaisir ! La production signée Chris « Zeuss » Harris (Hatebreed, Rob Zombie) est à la fois heavy, sombre et intense faisant la part belle aux envolées vocales de La Torre, magnifique de bout en bout. Il est d’ailleurs assez incroyable de constater à quel point son timbre de voix ressemble à s’y méprendre à celui de Geoff Tate. Non content de n’avoir rien à envier à l’un des meilleurs chanteurs de heavy rock de ces 35 dernières années, La Torre a également assuré toutes les parties de batterie de l’album. Rien de moins ! En effet, le chanteur est à la base un batteur accompli. Scott Rockenfield (batteur officiel de Queensrÿche) n’étant pas disponible au moment d’enregistrer The Verdict, c’est donc La Torre qui a pris les baguettes. Indéniablement, on peut dire qu’il est l’homme de la situation ! On retrouve également les fameuses guitares harmonisées et ce son si caractéristique qui nous ramène aux grandes heures de gloire du groupe ainsi que de magnifiques soli. Les refrains sont très souvent accrocheurs avec de belles variations rythmiques d’un titre à l’autre ou au sein d’une même chanson comme par exemple sur Launder the Conscience et son gros break final amorcé aux claviers (on pense au titre Wait for Sleep de Dream Theater). Un morceau tel que Bent séduit par son approche un peu tribale lors des couplets. The Verdict se termine sur sa chanson la plus sombre : Portrait. Il s’en dégage une certaine mélancolie, renforcée par un chant plaintif de La Torre. Il faut savoir que le thème principal de l’album tourne autour de l’humain et du verdict (justement) que celui-ci se rend à lui-même par rapport à ses multiples agissements. 

En guise de verdict (!), Queensrÿche est loin d’avoir dit son dernier mot et nous le prouve une fois de plus avec ce nouvel album. La réussite est en très grande partie dûe à son nouveau frontman qui a su apporter un nouveau souffle à un groupe que l’on pensait sur le déclin ou en tout cas plus vraiment capable d’innover. Même si on n’atteint pas les sommets de l’âge d’or de la formation, le Queensrÿche nouvelle mouture est convainquant. Les puristes y trouveront certainement à redire, notamment par rapport à Todd La Torre qui pourrait être qualifié de « clone de luxe » de Geoff Tate ou de « singe savant » de Scott Rockenfield (des expressions qui n’engagent que moi !). De l’aveu même de l’intéressé, celui-ci a déjà essuyé toutes les critiques possibles. Peu importe ! Depuis 2012, Queensrÿche s’offre une seconde jeunesse et les albums sont de qualité. The Verdict en représente très certainement le point d’orgue.

The Verdict
Queensrÿche
Century Media Records
2019

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