Fog – James Herbert

Ça commença par un tremblement de terre. Dans la confusion, au milieu des cris des victimes, personne ne prêta vraiment attention à ce brouillard jaunâtre qui s’échappait de la terre éventrée et que le vent eut tôt fait d’emporter vers la campagne anglaise. Puis des massacres inexplicables, déments, furent signalés sur le passage de la nappe de brouillard. Elle se mit à croître, progressant inexorablement vers les zones les plus peuplées d’Angleterre. À présent, un seul homme peut y mettre fin : John Holman, agent du gouvernement, la première victime, et la seule à en avoir réchappé…

Ce roman part d’un point de départ intéressant et se déroule avec un certain sens du suspense ; cependant j’ai trouvé que cette idée de départ, à laquelle sont données des explications pseudo-scientifiques peu crédibles, n’était pas assez exploitée et que le scénario souffrait de plusieurs longueurs. L’ensemble est sous-tendu par une moralité dépassée.

Fog débute d’une façon particulièrement intéressante : j’ai rapidement accroché à cette idée de brouillard apparu mystérieusement, qui engendre chez les êtres vivants des comportements inexplicables. Ce point de départ n’est, malheureusement, pas assez exploité à mon sens. Par exemple, l’aspect fantastique de cette apparition étrange aurait pu être plus développée : j’aurais apprécié que soient suggérées certaines causes peut-être peu rationnelles mais surnaturelles et assumées comme telles, ce qui aurait renforcé l’impression de bizarre et d’effrayant. Or les explications qui y sont données ne sont que peu crédibles, et ce d’autant moins qu’elles se cachent derrière des concepts pseudo scientifiques pour mieux enfumer les lecteurs : un parti pris que j’ai trouvé dommage.

Le déroulement du roman fait montre d’un bon suspense dans l’ensemble, certains passages étant même assez hypnotisants. C’est notamment le cas de tous ceux qui confèrent une véritable dimension étrange à l’histoire : la description de ces villes post-apocalyptiques ravagées par la brume et toutes les phases au cours desquelles le héros tente d’approcher le cœur de ce brouillard m’ont semblé particulièrement réussies.
Cependant, j’ai aussi trouvé que ce roman souffrait de longueurs, et je me suis ennuyée par moments. Trop d’éléments se répètent sans apporter grand-chose au scénario, notamment les diverses tentatives de destruction du brouillard, qui se ressemblent un peu trop, ou encore les nombreuses descriptions de quidams sombrant dans la folie, dont on ne parle que le temps de quelques pages.

Enfin, j’ai trouvé que ce roman était assez vieilli.
Cela se sent, d’une part, au niveau du personnages principal, James Bond démodé qui porte sur ses épaules le poids de la salvation du monde (rien que ça). Comme de bien entendu, ce héros est un gentleman séduisant, courtisé, courageux …et macho. Impossible de ne pas relever le sexisme de l’œuvre, notamment au cours des deux scènes qui opposent le héros et sa compagne devenue folle, scènes qui ressemblent davantage à un fantasme masculin de viol qu’à une bagarre, et dont la description se différencie nettement des combats masculins (ça colle des baffes, maintient les poignets et chevauche, alors que les affrontements entre hommes comportent des coups de poing et autres virilités).
On sent de plus un certain puritanisme dans l’histoire. Le brouillard rend supposément les gens déments… et cette démence comprend tout aussi bien des scènes de nudité ou de sexualité que des massacres ou du viol… Mettre sur le même plan l’acte sexuel et la torture démontre bien un esprit imprégné par la morale religieuse, pour lequel faire librement l’amour ou se promener nu est tout aussi révoltant que démembrer quelqu’un. C’est assez dérangeant.

Je n’ai donc pas beaucoup apprécié ce roman qui, bien qu’il parte d’une idée intéressante, m’a dérangée à plus d’un titre.

Fog
James Herbert
Traduit par Anne Crichton
Bragelonne Terreur
2019

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *