Entretien avec Estelle Mialon, bénévole au Salon Fantastique

 

7e édition du Salon fantastique, Petite Scène, conférence « Monstres et créatures fabuleuses, de l’imaginaire de l’auteur au crayon de l’illustrateur ». Intervenants, de gauche à droite : Mathieu Coudray (illustrateur), Jimmy Rogon (illustrateur), Pierre Brulhet (auteur), Estelle Mialon (éditrice).

 

Bonjour, et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Pour commencer, pourrais-tu te présenter brièvement ?

Bonjour, et merci de me donner l’occasion de m’exprimer dans cette interview. Je m’appelle Estelle Mialon, je travaille dans l’édition depuis bientôt 10 ans, et je suis aujourd’hui éditrice de romans jeunesse, à partir de 8 ans jusqu’aux jeunes adultes, aux éditions Fleurus. C’est un poste que j’adore, qui me plonge quotidiennement au cœur de la création, et qui me permet de me consacrer en grande partie à ma passion : les littératures de l’Imaginaire, qui sont très représentées et appréciées en littérature jeunesse, comme le prouvent les meilleures ventes de ce marché souvent connu mais non reconnu : Harry Potter, Hunger Games, Miss Peregrine et les enfants particuliers, pour ne citer que quelques œuvres parmi les plus réputées. Mais ce que je trouve dommage, dans ce secteur éditorial, que ce soit en jeunesse ou en Imaginaire, c’est que les meilleures ventes concernent souvent des auteurs anglo-saxons. Or, chez Fleurus, la majorité du catalogue est occupée par des auteurs français, et c’est quelque chose qu’il me tient vraiment à cœur de continuer à développer.

Tu es bénévole au Salon Fantastique ; pour ceux qui ne connaîtraient pas ou peu, pourrais-tu nous présenter cet événement ?

Le Salon fantastique est un salon annuel situé à Paris, dédié aux cultures de l’Imaginaire en particulier, et à la culture pop-geek en général. C’est un salon qui laisse la part belle aux interventions costumées (une grande partie du public, d’ailleurs, joue le jeu du cosplay), et qui a à cœur de rassembler les différentes communautés geek. On y trouve aussi bien des artisans et des illustrateurs, que des auteurs, des éditeurs, des ateliers de jeux de rôle, etc. C’est un salon très chaleureux que je vous recommande !

Tu t’occupes de gérer les interventions et conférences sur la Petite Scène du Salon, peux-tu nous expliquer en quoi cela consiste ?

Effectivement, cela fait 3 éditions que je suis en charge de la Petite Scène. C’est un projet que j’ai vraiment porté à bout de bras et dont je suis très fière. Lorsque j’ai initié ce projet, il y avait eu une petite scène plus générique mais qui comprenait quelques conférences, plusieurs éditions avant. Je ne sais pas pourquoi elle avait disparu, mais je trouvais ça vraiment dommage, alors j’ai proposé à Guillaume Besançon, le responsable du Salon fantastique, d’en recréer une. Il ne restait vraiment plus rien des anciennes éditions, il y avait donc tout à recréer. J’ai fait le pari un peu fou de consacrer cette Petite Scène aux conférences sur les cultures de l’Imaginaire – j’emprunte volontairement le terme « cultures » car, bien que les littératures de l’Imaginaire y soient très représentées, je m’efforce de proposer aussi des conférences sur d’autres médias de l’Imaginaire : cinéma, jeux vidéo, illustrations…

C’est vraiment le travail de toute une année, et non seulement sur les trois jours de salon : j’organise tout le programme en choisissant les thèmes, les problématiques, en démarchant les intervenants… Je fais le planning, je m’occupe de la communication, je travaille en collaboration avec les responsables de la Grande Scène du Salon fantastique pour déterminer mes besoins en matériel technique, et je gère un espace de dédicaces alloué à la Petite Scène pour que tous les intervenants, qui sont eux aussi bénévoles, puissent vendre et dédicacer leurs ouvrages s’ils le souhaitent. Et après une année complète d’organisation, vient enfin le moment tant attendu : l’événement en lui-même.

Mais, une fois sur le salon, ce n’est pas fini : il faut installer la scène, coordonner les bénévoles et les intervenants, accueillir le public, s’occuper des micros et de la vidéo-projection des documents-supports des conférenciers, gérer les retards, les désistements de dernière minute… et tous les imprévus que connaissent parfaitement ceux qui travaillent dans l’événementiel au quotidien !

C’est un travail vraiment passionnant, mais titanesque (la Petite Scène, c’est grosso modo une douzaine de conférences réparties sur 2-3 jours, fédérant une trentaine d’intervenants et 2-3 bénévoles pour aider sur place, sans compter les dédicaces qui se déroulent en parallèle)… et un peu ingrat aussi, car, après avoir sué sang et eau pendant toute une année, le jour J, vous vous retranchez dans l’ombre pour laisser vos intervenants briller sur la scène… mais c’est justement le but de la Petite Scène : offrir un espace aux acteurs des cultures de l’Imaginaire pour qu’ils puissent communiquer leur passion, révéler leur connaissance de ces genres et leur savoir-faire, partager leur expérience et échanger avec le public. Et j’ai réussi mon pari ! Quand j’ai commencé, peu de gens croyaient en la réussite de cette scène, perçue comme trop « sérieuse », presque trop « intellectuelle ». Pourtant, le public a été là, au rendez-vous. Et au bout de 3 ans il l’est encore. C’est bien la preuve que les communautés de l’Imaginaire et de la culture geek sont bien plus malignes et réfléchies que certains veulent le croire 😉

Comment choisis-tu les thématiques abordées et les intervenants ?

C’est là que ma connaissance du monde de l’édition et du marché de l’Imaginaire en général, mais aussi du Salon fantastique en particulier (je suis bénévole au Salon fantastique depuis 2014, soit depuis 5 ans) m’est particulièrement utile. Car je connais bien les cultures de l’Imaginaire, je connais bien également les goûts du public, et je connais un certain nombre d’habitués du Salon fantastique… ça aide 😉

De façon plus spécifique, j’essaie de faire en sorte que chaque genre (fantastique, science-fiction, fantasy) soit représenté, même si cela dépend aussi des intervenants qui vont accepter de monter sur scène (entre la timidité naturelle de certains, et le fait que ces interventions soient entièrement bénévoles et donc non payées, ce n’est pas toujours facile de convaincre les intervenants : ceux qui acceptent ces conditions sont de véritables passionnés !).

Je choisis des intervenants avec une véritable expérience et/ou une véritable connaissance de l’Imaginaire, mais aussi capables de dynamiser leur discours, de rester à la portée du néophyte sans mettre de côté le spécialiste. C’est d’ailleurs la difficulté, lorsqu’il faut choisir le sujet et l’angle d’attaque. Nous sommes dans un salon spécialisé, et notre public a souvent déjà une bonne connaissance des cultures de l’Imaginaire, mais ce n’est pas forcément le cas de tout le monde et il faut que chacun puisse s’y retrouver. Il faut donc trouver un bon équilibre entre des sujets suffisamment pointus sans exclure les néophytes.

Enfin, j’essaie de faire en sorte que les conférences restent ouvertes aux différents médias (cinéma, jeux vidéo, séries…), et pas seulement à la littérature.

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton activité de bénévole ?

Ce qui me plaît le plus ? Incontestablement, le fait d’assister ensuite à toutes ces conférences, d’échanger avec ces intervenants passionnants aux parcours riches et variés, et d’apprendre une foule de choses sur les cultures de l’Imaginaire !

C’est un peu ma récompense, à la fin. Même si je ne suis jamais pleinement concentrée sur les conférences, parce qu’il y a toujours quelque chose à faire pour le bon déroulement de l’événement, mais j’essaie de profiter à fond de chaque instant !

 

Si tu étais l’héroïne d’un roman de l’imaginaire, ce serait laquelle et pourquoi ?

Pourquoi forcément une héroïne ? Je suis tout aussi capable de m’identifier à un homme qu’à une femme 😉 D’ailleurs, mon héros préféré est Fitz, le protagoniste de L’Assassin royal de Robin Hobb. Parce que c’est un homme droit, intègre, généreux, qui fait passer le bien-être des autres avant le sien. Et puis, je lui envie ses dons du Vif et de l’Art, qui lui permettent de communiquer avec les animaux et les autres humains. C’est un personnage profond, complexe, sans complaisance avec lui-même, doué d’énormément d’empathie. Tout ce que j’aime chez un homme… ou une femme !

Sinon, il y a une femme que j’aurais aimé être, dans un tout autre style : Xéna la guerrière. Ce n’est pas une héroïne de romans, mais d’une série télé sortie dans les années 1990. Une guerrière de la Grèce antique, qui parcourt le monde pour racheter ses erreurs passées et faire régner la justice. Une série qui n’avait pas grand-chose d’historique, soyons honnêtes, mais où les questions du bien et du mal, la mythologie, l’action et l’aventure avaient une très grande place. Je crois que ça a été ma première véritable entrée dans la fantasy. Et Xéna reste pour moi l’une des femmes fictives les plus badasses que la culture geek ait produites 

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