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Dans la maison du ver – George R.R. Martin

 

Le monde du ver, c’est un univers mystérieux qui n’appartient vraiment ni au passé ni futur, un univers dont on ne sait pas grand-chose. La Maison du ver semble être un immense Castel dont l’histoire, un brin confuse, se perd dans la nuit des temps. Le maître des lieux subit sans cesse de nouvelles transformations chirurgicales qui peu à peu le métamorphosent en une autre créature : le ver. Les humains s’y retrouvent autour de banquets, dans des salles de danse, lors de fêtes fastueuses. Une humanité subtile, cultivée, élégante, qui virevolte au-dessus d’anciens mystères, autour d’un géronte inhumain, dans une riche insouciance qui, on le comprend rapidement, ne pourra qu’avoir un jour ses revers.

C’est dans ce contexte qu’un terrifiant bouffon des profondeurs, le Viandard, un chasseur qui s’introduit dans les souterrains très loin au-dessous du sol, très loin au-dessous des palais, pour en ramener de l’exquise viande de groun, un rustre, donc, rituellement accepté en ces fêtes, insultera un peu trop fort de jeunes nobliaux, dont l’un, il est vrai, nommé Annelyn, a autrefois tué lui-même un groun. Une telle offense passe donc assez mal et les jeunes gens décident de suivre le Viandard dans les souterrains dans l’idée de lui faire un sort. On devine la suite : les chasseurs deviendront proie et l’aventure ne finira pas au mieux.

Obscurités labyrinthiques, traque, combats, sang et violence : on pense à Robert Erwin Howard. Monde souterrain, prédateurs terrifiants, menaces omniprésentes dans les ténèbres, races dégénérées, mythes anciens, évolutions millénaires : la marque d’un Howard Philip Lovecraft. Les amateurs de genre connaissent ces zones frontières, les territoires ou les univers de ces deux grands auteurs parfois confluaient. C’est à l’évidence sur un tel territoire que George Martin pousse ses personnages et entraîne ses lecteurs. Une aventure qui en fera frémir plus d’un, et qui apparaît comme un bel hommage à deux grands fondateurs du genre.

Altérité, identité, évolution, régression, dégénérescence, flux entrecroisés de l’Histoire, découverte de vérités abominables, renversements de points de vue : une telle histoire, qui peut-être qualifiée de récit d’horreur ou d’aventure, n’est pas pour autant dépourvue d’ambition, et brasse et entrecroise de nombreuses thématiques. Paginé à cent-vingt-cinq pages très aérées (le même récit faisait soixante-cinq pages dans son éditions précédente, parmi les textes du recueil « Les rois des sables », que nous avions précédemment chroniqué : http://www.emaginarock.fr/2013/livres/les-rois-des-sables-george-r-r-martin/ ), « Dans la maison du ver » apparaît comme une novella soignée, dont d’autres auraient sans doute tiré un roman, mais dont la concision, la densité, l’équilibre, font un de ces textes mi-longs dont Howard et Lovecraft avaient le secret, un format qui se prête particulièrement à ce genre d’exercice.

Les esprits chagrins pourront considérer que cinq euros soixante la nouvelle, c’est un peu tricher dans la mesure où il est possible, pour un euro trente de plus, d’acquérir le recueil entier, qui comprend sept récits. Certes, mais c’est tout de même moins dispendieux que la première édition chez Pygmalion (quinze euros la nouvelle en grand format), et les inconditionnels et les collectionneurs voudront assurément cette version à part, agrémentée de plusieurs illustrations intérieures de John Picacio. De plus, cela fait toujours une idée pour les anniversaires et les fêtes, un petit cadeau qui n’effrayera pas par son épaisseur les lecteurs les plus lents, ou ceux qui hésiteraient à s’engager dans de trop volumineuses sagas.

Dans la Maison du ver
George R.R. Martin
Traduction : Pierre Paul Durastanti
Couverture et illustrations intérieures : John Picacio
Editions J’ai Lu

Eldricht Tales

A propos de Alaric

Lecteur surtout de littérature générale, mais fervent défenseur des littératures de l’imaginaire dès qu’elle transcendent le genre et viennent nourrir, et même enrichir, le domaine précité. Pas très attaché aux étiquettes, donc, et toujours prêt à plonger dans un volume original, en espérant y trouver une de ces œuvres qui sont capables de s’inscrire dans la durée.

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