Interview – Maman Ours

Toujours dans l’optique du dossier sur le milieu de la figurine, voici une interview sur l’une de ses actrices.

Raven : Bonjour, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?

Violette : Salut ! Je m’appelle Violette AKA Maman Ours. Je vis en France près de la Belgique et du Luxembourg. J’ai 27 ans, toutes mes dents, le poil luisant… Je suis peintre professionnelle de miniatures et j’ai récemment décroché le prix des Jeunes Entrepreneurs du Grand Est pour mon activité de peinture. J’ai mon atelier chez moi, un site internet et une chaine Youtube : Maman Ours Studio de Peinture.

R : Comment es-tu venue à la figurine ?

V : J’ai grandi avec mes onze cousins et cousines chez mon arrière-grand-mère, dans une ferme qui ressemblerait à s’y méprendre à Cul-de-Sac… Nous avions très peu de jouets et ma mamie nous encourageait à fabriquer les nôtres avec de la récup’. J’ai construit mes premières figurines vers 7 ans, en paille et bouchons de liège. À cette époque j’ai eu une fascination pour tout ce qui est minuscule avec des mini jouets éphémères que je fabriquais, et à cause du dessin animé Poucelina. Cela continue aujourd’hui, mon rêve ultime c’est d’être aussi grande que mon index… Bizarre hein ?

Ensuite on fait un bond dans le temps, vers 16 ans j’ai commencé à sculpter des personnages en argile. Vers 19 ans je peignais déjà depuis un moment et j’ai commencé à faire des décors de trains miniatures pour un vieux monsieur sur Nancy quand je faisais mes études. J’ai pu intégrer mon mini-monde dans mon cursus de Fac, puisque j’ai étudié le cinéma technique. Je faisais pas mal de stop-motion style « Les noces Funèbres » pour mes courts métrages de fin d’année. Après mes études je n’ai pas trouvé de boulot près de chez moi et je ne voulais pas déménager sur Paris, alors j’ai lancé mon atelier comme pro.

R : Et à quel jeu joues-tu en ce moment ?

V : En ce moment, je démarre A Song of Ice and Fire, j’ai eu un coup de foudre pour les figurines quand le jeu est sorti ! Je joue aussi pas mal aux jeux vidéos et j’aimerais du fond du cœur que de petites figurines à peindre du jeu Horizon Zero Dawn sortent…

R : Si tu devais donner un conseil à un ou une débutante dans le milieu ?

V : Ne pas trop écouter les autres avant de démarrer, il y a des erreurs qu’il est indispensable de faire pour progresser. Parfois les vidéos sont décourageantes ou alors la personne qui fait la démonstration a sa façon de faire et ce n’est pas toujours celle qu’il nous faut. Il faut prendre le temps de persévérer et de trouver sa voie. Les gamelles et râteaux, critiques gratuites ou constructives, les pâtés et les bouses sont de précieuses choses à chérir, car elles sont la base de notre passion et parcours en tant que peintre ou joueur. Les échecs sont plus importants que les réussites, je crois.

PS : pour les filles, n’ayez pas peur de pousser la porte d’un club de peinture/jeux, promis ils mordent pas, enfin pas toujours !

R : Et un conseil à un ou une confirmée ?

V : De ne pas prendre la grosse tête. Je vois énormément de gens très pédants et trop sûrs d’eux qui se permettent des réflexions très blessantes envers les autres. La bienveillance est très importante, la figurine c’est un hobby ou on ne progresse pas seul… On ne joue pas seul…  Avec l’expérience, vient parfois la solitude. Il faut rester curieux de découvrir les autres et de tester de nouvelles choses, sortir de son petit confort et mettre les mains dans le cambouis. C’est une motivation que j’ai au quotidien : aider les autres à progresser. Comme les Drag Queens ont des filles, j’ai des enfants de peinture, que j’appelle tendrement la Mamafamily.

R : Sur quelles figurines (toute gamme confondues) t’es-tu le plus éclatée ?

V : En figurine sous licence c’est un Stormfiend que j’ai peint pour mon mari il y a quelques semaines. Hors licence, j’ai sculpté en 3D un buste de la fille d’un pilote de chasse de la patrouille de France, il a été imprimé en 3D en ABS et je l’ai peint et garnis, j’ai adoré ce projet.

R : De quelle pièce es-tu la plus fière ?

V : De toutes celles qui mettent un sourire sur la bouche de mes clients. Si je ne devais en choisir qu’une je dirais le dernier Ork que j’ai peint, un Maniak Weirdnob (Warhammer) car il est au schéma officiel et j’ai beaucoup de mal à m’astreindre aux couleurs de bases, il est fidèle à l’image officielle, et ça me rend fière de parvenir à ce résultat.

R : Que penses-tu des financements participatifs ?

V : Je trouve ça formidable… Quand les projets arrivent à terme et que les bakers reçoivent bien leur contrepartie !!!

J’ai vu beaucoup de naufrages de projets avec financement participatif. Parce que souvent, il y a des frais que les lanceurs de projets oublient en cours de route, même via une plateforme en ligne, un projet demande du temps, de l’investissement, une gestion financière carrée et une auto-discipline de fer pour tenir les délais. Sans parler du phénomène naturel de désintéressement du public, des modes et mouvances sociales…

C’est souvent alléchant de se dire qu’on balance une idée qui peut valoir des sous, mais il ne faut pas oublier que si on encaisse d’un côté, il y a des dépenses de l’autre. Le calcul est parfois difficile. Personnellement, je préfère me rapprocher de marques ou entreprises qui ont les moyens de m’intégrer comme initiatrice de projet et qui peuvent me faire travailler avec une équipe pour créer/sortir une collaboration, plutôt que me lancer solo. Personne n’a le don d’ubiquité. En général les projets qui voient le jour en financement participatif sont ceux où il y a une équipe solide et unie, une entreprise derrière, et pas juste un gars ou une nana.

On parle souvent de mécénat mais ce n’en est pas. Un mécène finance l’art de quelqu’un sans forcément attendre de contrepartie. Les financeurs de projets veulent quelque chose. De mon point de vue, c’est du travail dissimulé, pas un projet financé. Puisqu’on travaille pour honorer des contreparties… On n’est pas son propre patron qui se finance avec des usagers, ce sont nos suiveurs les patrons, nuance. Et on dépend d’eux avec toutes les dérives que ça implique. Le seul mode de financement que je trouve correct, c’est la production de contenu payant où un système d’abonnement permet d’avoir accès à du contenu comme des articles ou des vidéos.

R : Quels sont tes futurs projets ?

V : C’est nouveau pour moi mais je vais tenter quelques concours… Bien sûr continuer de développer ma chaîne Youtube. J’aimerai aussi prendre le temps d’écrire un manuel sur la couleur et la mise en scène de figurines. J’ai beaucoup de projets, je trie en fonction de ce qui est réalisable car je suis très terre à terre. Par exemple je vise une participation au prochain Golden Demon, c’est un objectif réaliste. J’organise mon temps de façon très pragmatique pour donner mes commandes et produire du contenu sur YouTube, c’est chronophage. J’aimerais disposer de 48h dans une journée. Dans l’immédiat, je démarre un gros et long projet d’un moyen métrage en stop motion sur un thème fantastique onirique, je suis en pleine construction des décors et personnages mais ça ne sera pas abouti avant au moins deux ans, j’ai travaillé plus de 18 mois sur le scénario et la production. Quoi que je fasse à coté, mon objectif quotidien ce sont mes commandes et mes clients, il ne faut pas s’éparpiller et se perdre.

R : Un petit mot pour la fin ?

V : Merci de cette interview ! Ça me fait très plaisir de parler de ma passion et mon travail. On est une poignée de femelles seulement dans ce hobby et je suis d’autant plus reconnaissante de pouvoir vivre de mon amour de la figurine. Je salue au passage mon mari qui m’apporte son soutien et son amour au quotidien (cœur cœur poney love) et tous les curieux, haters, les membres de la Mamafamily pour m’aider à pousser plus loin mes capacités chaque jour.

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