Crédit photo : Les Franciliens

Bonjour, et tout d’abord, merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions !

Pour commencer, pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Adeline, j’ai 34 ans, je vis en banlieue parisienne où j’ai fait des études d’histoire et de médiation culturelle. J’aime voyager, faire du sport, j’aime quand ça bouge !

Tu es à l’origine du projet Cultureuil, pourrais-tu nous en dire un peu plus sur ce concept ?

Cultureuil est une librairie nomade à vélo dont l’objectif est d’apporter les livres partout où ils ne sont pas et où le besoin s’en fait sentir. Les possibilités, et les lieux, sont infinis : lors d’un marché dans une commune, dans une ferme lors de la distribution de paniers de légumes, dans des entreprises, des centres sociaux, etc.

Car au-delà de la vente de livres, Cultureuil propose également des animations autour du livre et de la lecture, pour petits et grands, des lectures, des ateliers créatifs, des balades littéraires. Là encore la seule limite est l’imagination.

L’objectif qui relie toutes ces activités, c’est la volonté de faire tomber les barrières, tant physiques que symboliques, qui entourent le livre. Le fait de se déplacer et d’aller au-devant des personnes permet de se libérer de cette appréhension qu’on peut avoir à pénétrer dans un lieu dit “culturel” comme un musée, une bibliothèque ou une librairie.

D’où t’es venue cette idée de librairie itinérante et comment as-tu monté le projet ?

L’idée est venue progressivement. Je suis devenue libraire un peu par hasard, après mes études, ne trouvant pas de travail j’ai demandé à la librairie où j’achetais mes livres si par hasard il ne cherchait pas quelqu’un. Je commençais une semaine plus tard sans rien connaître du métier. J’ai appris en faisant, en observant. Après quelques voyages au long cours, ce qui me marquait à chaque fois ce n’était pas tant les questions des clients « ça va pas trop difficile le retour ? » mais les murs autour de moi. J’avais besoin d’espace, de bouger et de continuer à rencontrer des personnes car en librairie, comme dans tout commerce de proximité, il y a une forte part de clients fidèles, ce qui est une bonne chose mais ce que j’aime dans le voyage c’est rencontrer des nouvelles personnes, c’est très enrichissant.

J’ai donc commencé à réfléchir à une librairie ambulante, en camion, estafette ou en bus mais le coût d’achat, de l’entretien, le coût du carburant, sans parler du coût écologique, tout cela ne me convenait pas. Je voulais un projet simple, voyager avec des livres, et un véhicule thermique ne permettait pas cette simplicité, cette frugalité presque. Passionnée de vélo depuis l’enfance, un jour cela m’a paru évident, je serai libraire à vélo.

Qu’est-ce qu’une librairie itinérante a de plus qu’une librairie « sédentaire » ?

J’ai envie de dire, elle a d’abord quelque chose en moins : pas de local donc moins voire pas de charge. Je stocke mes livres dans un garage, c’est tout ce dont j’ai besoin.

Ce qu’elle a en plus c’est la liberté de mouvement et d’action. Je choisis d’aller où je veux (en définissant bien sûr au préalable les lieux et dates de passage), avec quel public je souhaite travailler (notamment pour les lectures en centres sociaux, des ateliers créatifs dans des cafés associatifs ou maisons de l’environnement).

En quoi Cultureuil est-il différent des autres librairies nomades ?

C’est une librairie à vélo, et mis à part quelques initiatives privées qui sont d’avantage orientées bibliothèques, il n’y a que trois librairies à vélo en France. J’ai également fait le choix des livres d’occasion pour plusieurs raisons. Écologiques tout d’abord car en remettant en circulation des livres de seconde main, c’est s’inscrire dans une logique de développement durable et d’économie circulaire. Économiques ensuite pour me permettre de proposer des livres à moindre coût, 3€ les livres de poche, 5€ les grands formats et 8€ les BD. Tout le monde s’y retrouve ainsi.

Comment se passe le contact avec ceux que tu rencontres quand tu es sur les routes ?

L’accueil est toujours enthousiaste. Vélo et livre, c’est le duo gagnant. En France, nous avons une culture du livre et du papier, le numérique n’a pas « tué » le livre, le taux de lecteur reste globalement le même, il y a seulement moins de gros lecteurs. Nous sommes attachés aux livres, qu’on soit lecteur ou pas.

Le fait de se déplacer à vélo ajoute une autre dimension, l’aspect effort que cela demande mais aussi le temps. Les trajets ne sont pas les mêmes, n’ont pas la même saveur quand on les effectue à vélo, on n’aborde pas le temps qui passe de la même manière. Je défends cette idée de prendre le temps : le temps de lire, de se déplacer, de discuter.

Quel type de livres proposes-tu avec Cultureuil ? Sont-ils différents de ceux que l’on peut trouver dans une librairie « sédentaire » ?

Cultureuil se veut une librairie généraliste de livres d’occasion. On y trouve donc de tout, des romans, des essais d’économie, d’histoire et de sciences, des polars, de la science-fiction, des BD, aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes. Par contre par choix et par souci d’équité/de parité, il n’y aucun livre religieux ni politique.

As-tu une anecdote à nous raconter en rapport avec le projet Cultureuil ?

Ce n’est pas vraiment une anecdote mais c’est l’étonnement des enfants quand ils me voient passer avec mon drôle de vélo, « c’est quoi ça ? Mais c’est pas un vélo, c’est un bus ! », et leur curiosité, ils posent plein de questions. C’est aussi le fait de faire rêver les gens, avec ce projet un peu atypique et mon envie de voyager loin avec les livres. Ils me soutiennent dans mon projet, on partage un peu le même rêve, moi en le vivant et eux par procuration. Ça me porte.