The Jane Doe Identity – André Øvredal

Tommy Tilden ( Brian Cox) et son fils, Austin ( Emile Hirsh) travaillent tous les deux en tant que médecins légistes. Un jour, le shérif Burke ( Michael Mc Elhatton) leur amène le corps, inexplicablement intact, d’une jeune femme découverte sur le lieu d’un crime. La police a besoin de réponses rapidement et le duo de médecins légistes s’attelle aussitôt à la tâche. Ils pensent que l’autopsie ne sera qu’une simple formalité, mais au fur et à mesure, ils ne cessent de découvrir des choses qui défient toute logique. Le cadavre de cette Jane Doe (expression désignant une femme dont on ignore l’identité) cache de nombreux et terribles secrets…

André Øvredal s’était fait remarqué en 2010 grâce au found footage norvégien, Troll Hunter. Jusqu’en 2016, date de la sortie de The Jane Doe Identity, on avait pourtant plus trop entendu parler de lui, même si la carrière du monsieur semble désormais bel et bien lancée puisque Guillermo Del Toro lui a confié la réalisation de Scary Stories To Tell In The Dark, sorti cette année. Et c’est bien mérité. Del Toro a du flair, lui qui a lancé aussi un certain Andy Muschietti (Mama, Ça et Ça Chapitre 2).

Car Øvredal est clairement un réalisateur habile. Il n’y a qu’à voir la façon qu’il a de nous présenter, en un tour de main, son duo de personnages principaux. Il nous les montre en train de faire une autopsie (c’est à dire l’activité la moins sympa et glamour du monde) tout en écoutant du gros rock qui tâche. Tout de suite, on est amusé par le contraste et on les trouve sympathiques ces deux gus. La relation père/fils – avec le père qui essaie d’apprendre le métier à son fils, alors que ce dernier n’a pas la vocation et n’aide son paternel que par pur dévouement filial – est si efficace qu’elle provoque aussitôt l’empathie du spectateur. On est déjà attachés aux personnages. Et donc on va d’autant plus ressentir leur incompréhension, leur angoisse et leur peur.

Lorsque l’enquête démarre (c’est exactement ce qu’est cette autopsie. Et c’est original comme idée) les éléments troublants, les découvertes bizarres, vont se succéder. Dehors une tempête approche. Les Tilden vont devoir passer la nuit dans leur morgue, avec des cadavres plein les frigos, face à cette étrangement inquiétante Jane Doe. Là, l’ambiance est posée et l’imagination du spectateur peut se mettre à galoper.

Grâce à de chatoyantes combinaisons de couleurs (du bleu, du vert, du marron) le réalisateur norvégien réussit l’exploit de rendre cette salle d’autopsie agréable à regarder. Et ça tombe bien parce que son film d’horreur est un huis-clos. En multipliant les plans (on sent qu’il s’en donne à cœur joie ! ) sur Jane Doe allongée sur cette table d’autopsie (la très immobile et très jolie Olwen Kelly) André Øvredal obtient là son lot de tableaux fascinants et effrayants. La caméra tourne autour de la morte, la « mangeant » littéralement du regard. Sous différents angles et éclairages, ce beau visage, apparemment si inoffensif, parvient à sérieusement créer le malaise et à faire grimper en flèche le trouillomètre. À partir de là Øvredal n’aura plus qu’à utiliser une poignée d’effets simples et efficaces ( qu’ils soient visuels ou sonores) pour parfaire l’atmosphère du film. On y est. On peut basculer franchement dans le fantastique.

Et c’est assez terrifiant et brillant pour peu que le spectateur ait été sensible à tout ce travail préalable de mise en place. Ce lieu déjà angoissant en soi commence à ressembler à un piège pour nos deux personnages et c’est ce qui rajoute une couche de peur supplémentaire. Grâce à l’utilisation de zones d’ombre, l’image devient beaucoup plus inquiétante et le réalisateur norvégien nous offre là un joli lambeau de cauchemar.

Saluons la performance du toujours excellent Brian Cox, un acteur avec une gueule qu’on n’oublie pas, qui a tourné et continue de tourner dans une multitude de films. Il est admirable dans la peau de ce personnage perspicace et charismatique. Emile Hirsh (découvert grâce à Into The Wild, de Sean Penn) donne parfaitement la réplique au très expérimenté acteur écossais. Il se montre convaincant dans ce rôle de fils qui aime énormément son père, mais qui a du mal à trouver sa propre voie, justement parce qu’il reste trop dans l’ombre paternelle. Enfin, héritant d’un personnage secondaire ( le shérif Burke) signalons tout de même la présence de Michael Mc Elhatton, acteur connu surtout pour avoir interprété l’inénarrable Roose Bolton dans Game of Thrones.

En résumé, The Jane Doe Identity se distingue donc par l’originalité de son idée de base, par la qualité de sa mise en scène et par son solide casting. Ce qui en a fait une très agréable surprise. D’autant plus que le film n’était pas particulièrement attendu au moment de sa sortie.

THE JANE DOE IDENTITY

réalisé par André Ovredal

avec Brian Cox, Emile Hirsh, Michael Mc Elhatton, Ophélia Lovibond et Olwen Kelly

Im Global et IFC Midnight

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