Missions – Julien Lacombe, Ami Cohen, Henri Debeurme

 

L’excentrique milliardaire William Meyer a fait un rêve : envoyer une équipe européenne sur Mars. Mais quand ils arrivent en orbite, les astronautes de l’ESA découvrent qu’ils ont été devancés par une équipe américaine. Ils décident de se poser tout de même. Là vont débuter leurs problèmes : aux défaillances techniques vont se mêler de mystérieux phénomènes.

Tiens, une série française de SF ! Qui plus est, du Space/Planet Opera ! On nage en pleine science-fiction. Voilà ce que j’ai pensé en découvrant la série et son postulat, je suis sûr que vous n’êtes pas loin du même réflexe. Il faut dire que l’Imaginaire n’est pas un terreau fertile pour la télévision en France. Aussi cet OVNI signé Julien Lacombe, Ami Cohen et Henri Debeurme a de quoi intriguer. Et séduire.

Le point de départ de Missions est simple : une aventure martienne tourne mal et la mission d’exploration devient une mission de survie. Le format choisi pousse à élaguer le surplus pour se focaliser sur l’intrigue principale : vingt-six minutes par épisode, pas plus. C’est un mal pour un bien. La série ne s’appesantit pas sur la vie et les problèmes des héros, mal français, mais doit aussi aller droit au but dans une intrigue parfois trop tortueuse.

 

Le premier épisode, Ulysse, est très efficace : très référencé (on pense à Alien, Interstellar et surtout Mission to Mars, j’y reviendrai), il fait preuve d’une bonne qualité technique qui permet d’avoir de belles séquences spatiales puis une prenante entrée dans l’atmosphère planétaire. Je pense à un plan, notamment, où le vaisseau s’extirpe de la poussière pour arriver au sol, qui fait plaisir à la rétine. Il faut en profiter, car le reste ne sera pas du même niveau. On sent assez vite les limitations budgétaires.

Si les décors se montrent convaincants, il n’en est pas de même des costumes, notamment les combinaisons des astronautes qui paraissent visuellement toc. Tout va être à l’avenant dans la production : qualités et défauts vont sans cesse jouer sur une solide prestation d’ensemble.

 

 

Le casting reflète bien cette diversité qualitative. Assez hétérogènes, les acteurs n’ont pas toujours grand chose à jouer, sinon une caricature : le couard, le geek, le militaire trop méchant, le milliardaire fou fou, la scientifique ambivalente etc. Ces personnages sont esquissés, faute de temps sans doute, mais remplissent leur rôle dans le récit. Un bon point cependant : les nombreux personnages étrangers sont joués par des acteurs non-francais qui parlent la plupart du temps en VO (sous-titrée). Un gros plus pour l’immersion.

Jeanne (Hélène Vivies) et Simon (Clément Aubert) sont les deux personnages que l’on suit le plus. La première se sort plutôt bien d’un rôle compliqué, mais elle bénéficie aussi de l’histoire la plus développée. C’est elle le personnage principal et les tenants et aboutissants sont plus complexes qu’il n’y parait. Le second est le capitaine fonceur, un personnage meneur d’équipe malgré lui qu’Aubert interprète bien. On lui reprochera juste d’être trop spectateur du duo Jeanne/Komarov, mais là c’est le scénario qui est en cause.

Vladimir Komarov, voilà un personnage passionnant qui émerge rapidement. Cœur du mystère proposé au spectateur, il se base sur un réel aventurier de l’espace, le premier mort en orbite, en 1961. Arben Bajraktaraj l’interprète avec talent : charismatique, il écrase rapidement les autres par sa seule présence. C’est le principal intérêt de la série, à mon sens.

 

 

Côté science-fiction, Missions tente une approche réaliste autour d’un thème qui va rappeler Mission to Mars : la découverte d’une civilisation martienne. Il y a des clins d’œil francs qui ne trompent pas, à l’image de la première sortie extra véhiculaire ou du visage dessiné par le sable.

Le discours mystico-ésotérique que la série tente en milieu de saison est loin d’être satisfaisant, car trop revu, mais à partir de l’épisode huit, Phénix, la révélation tant attendue se révèle intéressante et l’intérêt renouvelé. C’est dommage qu’elle intervienne si tard : les deux derniers épisodes vont très (trop ?) vite et abordent beaucoup de choses qui devront être expliquées et développées dans une saison deux.

D’autres préoccupations très actuelles de la science-fiction, comme l’implication des sociétés privées dans la conquête spatiale, en font une série très actuelle. C’est également l’occasion d’un nouveau clin d’œil à la franchise Alien avec ce milliardaire, Ivan Goldstein, qui ressemble autant à Elon Musk qu’à Peter Weyland.

 

Côté ambiance, le choix a été fait d’une musique 100% électro signée Etienne Forget. Le générique est particulièrement efficace (de Janski Beeeats), associé à un visuel évocateur qui nous plonge directement dans la série. Pour le reste, le compositeur semble s’inspirer de Vangelis, mais ça manque de thématique identifiée pour réellement convaincre.

Conclusion

On l’aura compris, Missions a des qualités et des défauts assez marqués. Pourtant, il est juste de dire qu’il est très intéressant de découvrir une production française de genre qui va au bout de son idée avec ses moyens. La saison deux confirmera ou infirmera le potentiel qu’on peut y déceler, toutefois cette suite semble déjà frappée d’un mal très frenchie : trois ans entre deux saisons, c’est beaucoup trop long.

Missions

Une série de Julien Lacombe, Ami Cohen, Henri Debeurme

Avec Hélène Vivies, Clement Aubert, Arben Bajraktaraj, Mathias Mlekuz

Diffusé sur OCS

Disponible en DVD et BR

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