Midsommar – Ari Astier

Dani, jeune étudiante en psychologie, sort avec Christian étudiant en anthropologie. Elle souffre de dépression due à ses relations fusionnelles avec sa sœur. Suite à une tragédie familiale, elle décide de suivre Christian, invité par son ami Pelle, à un festival estival basé sur le solstice d’été, qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans, quelque part en Suède.

Midsommar est un film atypique. Comme Hérédité, il a une certaine aura qui ne laisse pas indifférent. Ari Astier n’a que 2 films à son actif et on parle déjà de lui soit comme un génie, soit comme un fou. Certains diront qu’il a une obsession, d’autres que la lumière est si singulière… il ne laisse pas de place au doute. On aime, on déteste, on ne sait quoi penser, mais dans tous les cas, ce film dérange.

Dans les cultures scandinaves et baltes, la St Jean Baptiste (pour les chrétiens- fête de la St Jean) est une fête majeure et se situe pendant le solstice, d’où son nom de Midsummer. Des feux de joie sont allumés pour se protéger des mauvais esprits qui pouvaient alors à nouveau errer librement quand le soleil se dirigeait vers le sud. En Suède son importance est telle, qu’il a été envisagé de changer la date de la fête nationale, le jour précédent les célébrations de Midsommar (nom suédois). Ari Aster a déclaré qu’il souhaitait réinventer la fin d’un film de rupture, à travers ce folklore scandinave. Il a étudié les traditions nordiques et la transition entre le paganisme et la chrétienté avec son chef décorateur (originaire de Stockholm). Le directeur de la photographie quant à lui a du composer avec la lumière hongroise (le film a été tourné en Hongrie principalement pour des questions d’ensoleillement), et le chef décorateur a du faire reconstruire les décors d’après les plans d’Astier qui a créé l’Affekt ainsi que toute la topographie du lieu. L’Affekt justement est une langue fictive créée pour le long-métrage mais « c’est une version discordante de ce qu’on pourrait entendre dans un village du Hälsingland au cours d’un festival d’été ». Il a même été jusqu’à créer un alphabet runique très convaincant. Les décors contiennent aussi des fresques (peintes par Ragnar Persson puis transformées en papiers peints par des artisans hongrois) qui sont autant d’indices sur ce qui va arriver dans le film sans pour autant en révéler la réelle teneur. Ari Astier a totalement maîtrisé son film de bout en bout. Il n’est pas étonnant de voir ce second opus a l’air plus abouti que le premier.

Quand j’ai regardé mon programme ciné la semaine dernière je me suis dit, ok y’a pas ce que je veux voir (j’attends le dernier Tarentino là…), mais y’a le dernier film du mec qui a fait Hérédité. Hum, allez pourquoi pas, même si ça a l’air d’être un truc avec des hippies… on verra. Comme je ne lis jamais de critiques, et je vois rarement les trailers, avant d’aller au cinéma, c’était parti pour quelque chose d’inconnu. Au départ, ça semble bien parti. La scène relativement glauque du départ augurait un film plutôt sombre avec une espèce de drame familial et une psychologie fragile de l’héroïne. J’aurai dû me douter que ça n’allait pas en rester là.

Assez rapidement on se rend compte que Christian (le petit ami de Dani), veut la quitter. Et aussi que Pelle, l’ami de Christian, semble content d’emmener Dani qui a l’air d’un vrai bateau à la dérive à ce moment-là. Ils partent donc. Arrivés là bas, en Suède, la photographie change radicalement. On est cette fois en pleine lumière, en plein été, sous le soleil de minuit. Les gens sont accueillants, ouverts, c’est une communauté tellement différente que Dani en fait des crises d’angoisse (et à vrai dire, moi aussi dans mon siège, quelle horreur, tous ces gens d’un coup comme ça dans cette lueur éclatante…). Elle décide pourtant de prendre sur elle et participe avec les autres aux premières prises de champignons et autres substances pour l’aider à se détendre et à communier avec la nature. Et merde. C’est VRAIMENT un truc de hippies… Ca continue sur ce mode encore quelques minutes. Ils rejoignent la « famille » de Pelle, qui se trouve être une communauté qui existe depuis des siècles, avec sa propre écriture runique (l’Affekt), son code couleur (tout le monde est en blanc), sa vie bien réglée (les personnes sont séparées selon leurs âges et ont toutes une fonction). Et dans toute cette blancheur, cette pureté et cette bienveillance, quelque part quelque chose dérape. Personne ne s’y attend vraiment, ou alors si, justement c’est ce qu’on attend et là le film de hippie tourne carrément au vinaigre.

Il est compliqué de parler réellement de ce film sans le spoiler. En attendant, les acteurs sont assez incroyables. Dani (Florence Pugh, excellente), nous entraîne dans sa dépression puis dans son espèce de mutisme observatoire avec une facilité déconcertante. Christian (Jack Reynor) est tout à fait parfait dans son rôle de jeune américain typique sorti d’une université avec ses amis aussi typiques que lui. Les acteurs et figurants du village, tous suédois, donnent un air de réel à cette communauté qui ne semble pas du tout être sortie d’un imaginaire. C’est tellement réel et en même temps tellement lumineux qu’on peut se demander s’il ne s’agit pas là d’un gigantesque délire dû aux drogues que les uns et les autres ont l’air d’ingérer de façon consciente ou pas.

Ce qui trouble vraiment c’est ce côté si lumineux dans un film finalement sombre et plutôt sur le modèle de l’âge de cristal. Assez curieusement, les critiques parlent unanimement de The wicker man (celui avec Christopher Lee, l’autre, n’existe pas m’a t on dit!), et personne n’a fait référence à l’âge de cristal, film (et série!) des années 70, qui mettait en scène une société idéale régie par un cristal qui décidait de la mort de ses habitants. Il y avait quelque chose de très rituel et de très païen, extrêmement proche de Midsommar. Ici la dimension païenne est très forte et très exploitée. Mais ce n’est pas le « problème », Dani passe de dépressive à observatrice, puis actrice sans vraiment s’en apercevoir. Ou plutôt si, elle abandonne petit à petit ses anciennes valeurs pour embrasser celles de ce nouveau mode de fonctionnement. Comme si elle oubliait son éducation et son ancienne vie au profit de celle-là. Ou qu’elle faisait une rupture. Oui oui, comme une rupture amoureuse.

Il y a plusieurs niveaux de lecture de ce film et le rythme lent laisse toute la latitude de se plonger dans ce monde lumineux (c’est assez violent) et coloré. Certains diront que cela manque de rythme, mais je ne suis pas d’accord. Pour moi il s’agit d’un rythme de vie. On peut aisément se retrouver dans la timeline du film à l’instar des protagonistes qui semblent paumés, drogués et quelque peu troublés (fascinés aussi il faut bien le dire). Evidemment on peut y voir la cellule familiale dans tous ses états, le couple et sa rupture, la ritualisation et une approche de l’horreur originale.

Je vous avertis néanmoins, ce film est cru et aucune scène n’est coupée. On ne vous épargnera pas le sang, ni les rituels amoureux chelous et encore moins tout ce qui peut expliquer le pourquoi du comment. Certains trouvent ça mou, d’autres que ça part dans tous les sens, d’autres encore que c’est prévisible. Certes. On ne se trouve pas devant un film à suspens, il s’agit bel et bien de l’histoire d’une communauté avec ses codes et ses travers, et de la scène assez trash et frontale. Ne vous attendez pas non plus à sauter de votre siège, ce ne sera pas le cas. Par contre vous aurez 2h27 pour plonger avec Dani dans la lumière de Midsommar. Bon voyage, personne ne revient indemne, même ceux qui n’ont pas aimé.

Midsommar

écrit et réalisé par Ari Astier

avec Florence Pugh, Jack Reynor, Vilhelm Blomgren

A24

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