Glass – M. Night Shyamalan

David Dunn traque Kevin et ses vingt-trois personnalités, coupables de l’enlèvement de quatre jeunes filles. Mais la police est également sur ses traces. Quand il est capturé, David se retrouve enfermé dans un hôpital psychiatrique où on l’accuse de se prendre pour un super-héros.

Glass est la conclusion de la trilogie super héroïque de M. Night Shyamalan initiée par Incassable en 2000 et prolongée en 2017 par Split. On y retrouve les protagonistes des deux précédents films avec la volonté de poursuivre la réflexion sur la construction des héros et des méchants telle qu’initiée dans le premier opus de cette trilogie très étalée dans le temps.

David Dunn affronte donc la Bête, comme on pouvait l’attendre à la fin de Split et l’apparition surprise de Bruce Willis. Mais le duel tourne court suite à leur capture et leur enfermement dans un hôpital psychiatrique. La psychiatre en charge de leur cas (Sarah Paulson) tente de les convaincre de leur folie.

M. Night Shyamalan surprend encore avec Glass : la promesse d’affrontement des premières minutes est rapidement écartée pour se tourner vers le film psychologique, genre favori du réalisateur. En cela, ce troisième film porte de belles questions : qu’est-ce qui fait de nous des héros ? Des méchants ? Le pouvoir définit-il l’homme ou n’est-il qu’une composante permettant d’agir ? Pour l’occasion, le spectateur va revisiter  les précédents films et s’interroger sur la réalité de ce qu’il y a vu. Cette réflexion globale sur le super héros est prometteuse, mais complètement annihilée par le discours verbeux autour de la psychiatre. Elle tente de se convaincre (et nous avec elle) de questionner ce que l’on voit, les faits tenus pour acquis, mais les arguments sont faibles, la thérapie ridicule (comment croire que ce n’est que folie alors que les personnages doivent être maîtrisés par des dispositifs spécifiques,, preuve que la psychiatre ne croit pas non plus  à ses affirmations) et Shyamalan échoue à instiller le doute ou la tension. Résultat, on perd presque la moitié du film sur un point ni convaincant, ni intéressant.

Glass change encore d’angle quand il décide de s’intéresser au personnage titre, joué par Samuel L. Jackson. Comme si la sortie de route ou le cours magistral s’achevait, le scénario s’intéresse plus à ses personnages qu’à ce qu’ils représentent. Ce retour salvateur relance nettement l’intérêt.

Glass s’appuie principalement sur ses acteurs pour exister. Bruce Willis a laissé pousser ses cheveux, un indice qu’il tente à nouveau de jouer le mec normal et pas un ersatz de John McLane ; Samuel L. Jackson est dans un fauteuil pour jouer le méchant retors ; James McAvoy poursuit sa performance de Split avec une impressionnante présence physique et un jeu bluffant. Si Anya Taylor-Joy, Charlayne Woodard et Spencer Treat Clark jouent les utilités, afin de rappeler le lien aux deux films précédents, c’est finalement Sarah Paulson qui peine à faire exister le personnage fade de la psychiatre au milieu de cette galerie. Elle ne servira finalement qu’à justifier les twists finaux, énième marque de fabrique du réalisateur.

Car on ne peut pas nier que Glass est un film de M. Night Shyamalan. Avec une économie de moyens qui frôle le DTV, il parvient à créer une ambiance et à nous replonger dans cet univers. Quelques plans iconiques font mouche et l’affrontement final se révèle plutôt bien géré. Le thriller psychologique qui bascule à coups de twists colle parfaitement à la définition du film made in Shyamalan. On peut juste regretter que la tension de Split ne soit plus, ce qui nuit fortement à l’intérêt d’une partie du film.

Que veut nous raconter Glass au final ? C’est une profession de foi au sujet des super héros et des messages qu’ils portent. Héros ou vilains, ils dessinent des mythes, inspirent les gens. Mais Shyamalan nous rappelle qu’il ne faut pas oublier l’homme derrière, l’inspiration, l’auteur. C’est à des années-lumière du propos des séries DC et Marvel, ce qui fait sans doute une partie de l’intérêt de Glass au final. Même si Incassable le faisait sans doute avec plus de finesse. Voilà de quoi résumer la carrière de son réalisateur ces dernières années.

Conclusion

Glass est un film frustrant. Il n’offre pas un feu d’artifice, mais prolonge des réflexions et thématiques propres à M. Night Shyamalan dans une trilogie désordonnée. Si la partie centrale apparaît comme inintéressante, l’ensemble n’est pas dénué de pistes de lecture et profite de solides acteurs pour laisser de bons souvenirs. J’en espérais plus, mais le voyage ne fut pas désagréable.

Glass

Un film de M. Night Shyamalan

Avec Bruce Willis, Samuel L. Jackson, James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Charlayne Woodard et Spencer Treat Clark

Universal Pictures

Disponible en DVD et Bluray

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