CA : CHAPITRE 2 – ANDRES MUSCHIETTI

27 ans sont passés depuis que le club des losers a fait reculer Grippe-Sou au fin fond de son égout. Tous ont des vies plus ou moins remplies et réussies, mais Mike, seul membre encore à Derry, les appelle tous à l’aide pour l’aider à se battre une dernière fois contre leur ennemi juré.

Ça : Chapitre 2, signe le retour d’ Andrés Muschietti et est, comme son nom l’indique, la seconde partie de l’adaptation du roman éponyme de Stephen King (dont on avait déjà eu une première adaptation télévisuelle en 1990). Le succès populaire du premier opus a permis à Muschietti de s’étendre jusqu’à plus de 2h45 pour ce second volume, une mode commencée avec Les Avengers et autres blockbusters du même type. Le film s’ouvre comme le livre, sur un fait divers réel qui a secoué la petite ville de Bangor en 1984, réécrit par King pour Derry dans ça, et transposé par Muschietti en 2016, pour la suite du chapitre 1. La scène nous met immédiatement dans l’ambiance, introduisant Grippe-Sou de manière remarquable (et violente à souhait). Au passage, le réalisateur en profite pour poser les jalons qui vont nous mener à avoir quelques scènes sur l’homosexualité supposée de l’un des personnages. Par ailleurs, dans le livre, King avait développé le sujet et il était donc légitime de l’intégrer dans ce chapitre 2 qui revient plus précisément sur la version « adulte » du club des losers.

Justement, parlons-en. À l’instar du premier film, qui se concentrait plus sur ce qu’il s’est passé pendant leur enfance et perdant au passage de nombreux fans de la première version (Ca, Il est revenu), en raison notamment de la non-présence du narrateur ET de la sous-exploitation de Mike (et toutes les autres raisons citées dans cette excellente critique du 1 : http://www.emaginarock.fr/2017/cinema/it-premiere-partie-andres-muschietti-2017/ ), ce film est basé sur ce qu’ils sont devenus. Richie (bip bip richie!) est toujours aussi volubile, Bev vit un mariage difficile, Bill est écrivain… Bien entendu, vous verrez aussi Eddie, Ben et Mike. Tous parfaitement campés et totalement crédibles. On notera la présence (fugace) de Stanley. Tous semblent avoir perdus la mémoire, plus ou moins, et reviennent sans vraiment avoir eu le temps de tout comprendre. Mike prend enfin sa place et il devient le narrateur que l’on attendait et que l’on savait présent. La chose la plus remarquable dès le début est que Muschietti remet les pendules à l’heure, les points sur les i et les barres sur les t. Tout est parfaitement en scène quand l’histoire démarre après un repas épique. On retrouve aisément tout ce qui nous a manqué dans le film précédent, passant plus vers cet esprit 80’s, si cher à King (qui d’ailleurs a l’air de bien s’amuser;)).

J’ai lu qu’on ne ressentait pas l’esprit de groupe contrairement au livre, et honnêtement je ne comprends pas le bien-fondé de cette critique. Au contraire, le second opus remet tout cela sur le tapis et l’esprit du livre est beaucoup plus représenté ici. Ce qui est le plus étonnant est que le clown qui a l’air si différent et pourtant si proche du livre, soit aussi « autre » que celui de Tim curry. Bill Skarsgård, donne à ce personnage une autre dimension. Il a l’air plus inquiétant et en même temps plus classique. En fait, j’ai l’impression que Grippe-Sou reprend sa place de vilain croquemitaine et on perd son côté manipulateur. C’est le monstre du placard, contrairement à ce qu’il apparaît dans la mini série de 1990.

Le film est remarquablement bien interprété. James McAvoy en Bill est absolument parfait, rejoint par Jessica Chastain (que Muschietti avait déjà dirigé dans Mama) et Bill Hader entre autres. Les acteurs s’amusent et c’est visible à l’écran. On a utilisé des litres de faux sang (17 000 au total et au passage un hommage à Carrie), Jessica Chastain s’est prêtée à plusieurs prises, mais il s’agit d’une des scènes les plus sanglantes de tout le cinéma, n’en déplaise aux détracteurs du film. Muschietti a tenté de limiter les effets numériques (il y en a quand même un certain nombre et tous ne sont pas forcément au top mais cela passe bien dans ce monde un peu parallèle) et je dois dire que j’ai apprécié les efforts des uns et des autres. La photographie est également bien maîtrisée, Checco Varese s’est appliqué à reprendre les décors avec une grande fidélité et les transformer pour le look 27 ans plus tard. C’est extrêmement bien joué et l’illusion est parfaite. J’ai vraiment eu l’impression de me retrouver dans le livre, comme si la première partie avait enfin une justification.

Bien entendu, il y a quelques ratés, des détails qui manquent, mais honnêtement l’esprit du livre est présent. Je me base sur un ressenti, je sais que certains fans ne seront certainement pas d’accord avec moi pensant que ces deux films ont tourné un bouquin génial en nanar. Ceux qui attendent un film d’horreur, passez votre chemin. On n’a pas du tout cette dimension là. Je dirai qu’on est plus proche de Stranger Things version adaptation de King (avec tout ce que ça comporte de nanaritude, oui parce que disons-le franchement, les adaptations de King, y’en a quand même peu qui sont VRAIMENT réussies à 100%… vraiment, pas beaucoup), que de l’exorciste ou autre Damien. Dans le livre, l’angoisse est celle des enfants envers un croquemitaine. Dans la mini série, c’est une angoisse d’adulte et d’enfant envers un tueur sanguinaire et manipulateur. Ici c’est une angoisse enfantine, avec un monstre qui tue comme celui qui attend dans l’ombre, le monstre du placard. Pour moi, on retourne aux fondamentaux. Ne vous y méprenez pas, la version de 1990 pour moi, est 1000 fois plus angoissante et je n’arrive toujours pas à oublier le rire de ce clown si particulier. Mais dire que le Grippe-Sou de 2019 est nul, serait un mensonge. Ce n’est simplement pas du tout le même genre.

Le gros problème du film réside dans la fin. J’ai lu quelque part que la dimension de King est le macroverse. Un réseau de personnages interconnectés (je ne connaissais pas le terme) qui du coup donnent une globalité à l’oeuvre de King. C’est à peu de choses près ce qu’on découvre en regardant la série Castle Rock (c’est très étrange comme série, mais totalement dans l’univers de Stephen King). Un des personnages chargé de notre univers a comme ennemi, Grippe-Sou. Ici, pas d’allusion à cette mythologie (ce que je comprends parfaitement c’est totalement impossible à retranscrire) et une fin plus… classique, dirons-nous. Je ne pense sincèrement pas que cela nuise au roman, dans mon esprit, je n’avais pas relevé ce macroverse (probablement parce que je n’ai pas lu tout King et que du coup pour moi ce ne sont que des clins d’œil et autres cameos, au lieu d’être quelque chose de plus profond que ça). En tous les cas, sachez, si vous êtes puristes de King que ce truc-là est purement et simplement squeezé.

En conclusion, ça : chapitre 2, on y va ou pas ? Et ben moi je vous dirai que c’est un film tout à fait divertissant, bien fait et bien joué. Il faut à mon sens voir les 2 pour se rendre compte de ce que ça donne au global. Mais j’ai été convaincue pour ma part de cette suite tout à fait nécessaire pour compléter et comprendre vraiment le premier chapitre.

Ça : chapitre 2

d’après l’oeuvre originale de Stephen King

réalisé par Andrés Muschietti

avec : James McAvoy, Jessica Chastain, Bill Skarsgård

New Line Cinema

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