L’Eveil du Démon – Demons Wars T.1 – R.A. Salvatore

demon wars 1 mythologicaProfondément emprisonné dans les entrailles de la terre de Corona, le monstrueux Dactyl s’éveille. Après des décennies, il a enfin retrouvé ses forces et parvient à s’extraire de sa geôle naturelle. Démon parmi les démons, sa liberté retrouvée s’accompagne de déferlements de créatures avides de sang. C’est ainsi que le village d’Elbryan et de Pony est soudainement frappé par la rage et la mort, laissant les deux jeunes gens traumatisés à vie et orphelins. Mais la force du destin les rattrape et tandis qu’ils pansent leur cœur grâce à la générosité de celles et ceux qui les ont recueillis, le jeune Avelyn s’apprête à devenir l’un des frères que le monastère de Sainte-Mère Abelle enverra recueillir les gemmes magiques qui ne tombent du ciel que tous les 63 ans en un lieu tenu secret. Les épreuves qui les façonnent les réuniront pour l’affrontement final avec les griffes tendues du Dactyl.

Roman initiatique, ce premier tome de la nouvelle saga de R.A. Salvatore se lit avec un grand plaisir en dépit de sa structure classique, de quelques longueurs nécessaires au développement des protagonistes principaux et de leur l’univers. Tous trois sont des adolescents au commencement du récit et partagent une candeur propre à l’enfance, à ses illusions nourrie d’une enfance paisible. Source de leur équilibre psychologique malmenée par les épreuves, la générosité de leur cœur les garantit contre la folie, la dépression et le découragement et pousse leur nature rebelle au défi de leur vie : combattre l’ennemi, qu’il soit un humain, un elfe, un gobelin ou le démon lui-même.

Bien qu’intimement liés par le cœur et destinés l’un à l’autre, Elbryan et Pony sont forcés à l’éloignement et finissent par grandir sous la protection de gens bienveillants qui les guident et les renforcent. Quelles que soient leurs détours, Salvatore insiste par une maligne alternance dans la construction du récit sur leur lien et la force de ce qui les unit. Cette relation au-delà des mots et de la chair attise la curiosité du lecteur autant que sa sympathie pour ces personnages.

Avelyn fait bande à part pendant une bonne moitié du roman, moyen subtil d’insister sur sa vocation première qui s’assimile volontiers à la vie monacale. Enfermé dans le sanctuaire de Sainte-Mère Abelle, il enchaîne les apprentissages et les désillusions mais ne renonce jamais, même lorsqu’il doit abandonner tout ce en quoi on lui a appris à croire.

La force de ces personnages fait beaucoup pour le récit, oblitère son schéma trop classique car les révèle très attachants.

Une première moitié consacrée à cet apprentissage, la seconde partie est dévouée à leur rencontre ou retrouvailles et à leur cheminement périlleux, semé d’embûches vers le combat de leur vie, la traque et la charge contre le démon des démons, le Dactyl.

Héroïque à souhait, cette deuxième moitié fait la part belle aux protagonistes secondaires qui, ennemis ou alliés, ont jalonné les parcours des héros pour le meilleur comme pour le pire. Chaque intervenant a ainsi son moment de gloire, même sombre, et aucun n’est mis au rebus sans bonne raison.

Cette pléiade de personnages, tous bien décrits, bien construits, déroule une histoire qui tient en haleine quoi qu’il arrive. Salvatore ne trahit ni son public ni le genre dans lequel il excelle, créant dans Demon Wars un univers à la fois typique de la Fantasy et unique essentiellement grâce à ces gemmes magiques dont la puissance et la grande variété d’effets apportent une infinité de possibles dans l’action et les rebondissements.

L’écriture de Salvatore demeure égale à ce que l’on aime dans ses romans : fluide, directe, sans mot de trop, juste ce qu’il faut pour installer un décor parfois très chargé comme au coeur de l’abbaye de Sainte-Mère Abelle, un paysage qui peut être dépouillé mais terrifiant comme sur l’île secrète de la récolte des gemmes, une scène de pure terreur comme de pur bonheur, des personnages dans toute leur différence et ne pas avoir le temps de s’ennuyer. On glisse aisément des réflexions d’Avelyn aux épreuves qu’il doit endurer pour maîtriser la magie des pierres, de la candeur romantique pleine d’espoirs de la jeune Pony à l’obscurité qui habite son coeur depuis l’attaque de son village, de la mélancolie d’Elbryan à son acharnement alors qu’il s’entraîne toujours plus durement avec les elfes qui ne lui passent rien.

Milady présente une édition de poche avec une bonne traduction de Sandra Kazourian, une typographie agréable, une illustration de couverture dans le ton qui accroche le regard, œuvre d’un Alexandre Dainche qu’on ne présente plus, même si on peut regretter la finesse de cette couverture assez fragile.

L’Eveil du Démon, premier volet de Demon Wars n’est pas qu’une introduction. Certes, il met en place un monde et ses héros mais chacun d’entre eux y trouve déjà de nombreux défis et la source d’une destinée sans pareille. Du très bon R.A. Salvatore !!

L’Eveil du Démon – Demon Wars T.1

R.A. Salvatore

Milady

Collection : Fantasy

Illustration : Alexandre Dainche

Traduction : Sandra Kazourian

12,90

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