Les Chants de Felya – Intégrale – Laurent Genefort

9791090648159La vie sur Felya est rude, quelle que soit la tribu dont l’on est issu, sauf pour les Vangkanas uniques possesseurs de la technologie. Lorin, pêcheur de fer, le ressent sans doute plus que ses pairs tant une sorte de malédiction semble peser sur lui. Harcelé par une curiosité incontrôlable, il ne cesse de contrevenir aux coutumes et d’enfreindre les règles de son clan. Pour avoir tant voulu en apprendre toujours plus sur les puissants Vankganas, il a déjà été puni par Assoudim, le sorcier qui décide de tout pour le clan et son visage a été tatoué du labyrinthe mythique. Cette marque, Lorin la porte tel un fardeau jusqu’au jour où le clan doit fuir le courroux des Vangkanas. Assoudim déclare que tous doivent le suivre vers d’autres terres sauf Lorin qui devra d’abord passer une épreuve, celle d’affronter un territoire aride peuplé de vapeurs suspectes et de fantômes. Ce n’est qu’ensuite qu’il sera autorisé à partir à son tour et à retrouver la trace du clan grâce au labyrinthe inscrit sur son visage. Interdit, Lorin sait qu’il ne peut aller à l’encontre de cette décision qu’il ne comprend pas. Seul son frère, Diourk a le droit de le suivre. Loin d’être un soutien, Diourk n’a jamais eu de cesse de le sermonner sur tout ce qu’il faisait. Lorin commence alors un voyage semé d’embuches et de rencontres, parmi la plus étonnante et la plus belle, Soheil, elle-même exilée de son clan, deviendra sa priorité, à ses risques et périls. Car dans le monde de Felya, la loi du plus fort est reine et l’avidité des Vangkanas sans limite.

Les éditions Critic éditent cette intégrale regroupant en un volume les tomes Labyrinthe de Chair, De Chair et de Fer et Lyane tous parus dans les années 1990 chez Fleuve noir. Sous une jaquette de qualité superbement illustrée par François Baranger, un papier épais et une typographie nette, on découvre une trilogie représentatrice de l’imaginaire de Laurent Benefort.

Ce space opéra présente une planète à la flore envahissante et plutôt inhospitalière, qui oscille entre végétation dense, agressive, parfois meurtrière et déserts torrides que l’on ne peut traverser qu’à dos de crabes géants sur le dos desquels poussent de minuscules oasis. Plusieurs tribus s’y côtoient, tant bien que mal, opposées en tout ou simplement par leurs croyances mais mues par le même instinct de survie. Etrangement, ces tribus sont toutes attachées à une forme de commerce et d’entente avec la seule peuplade maîtrisant engins volants et technologie mais gardent aussi les mêmes réserves, telle une peur primale de ce qui pourrait advenir si elles venaient à entrer pleinement en contact. Cette menace est au cœur du récit, elle supplante les autres tant elle est latente tout au long de la première partie avant de prendre corps dans les deux suivantes.

Si la découverte physique de Felya et la mise en place des personnages et évènements clés tels que la quête de Lorin ralentissent le récit, on s’attache néanmoins rapidement au héros et à ceux qui finissent par le suivre. Lorin manque de réactivité au début, brimé par sa situation humiliante au sein de son clan, mais il brille ensuite par son inventivité et l’audace dont il sait faire preuve avec les nécessités. Avec lui, on avance sur un chemin initiatique qui gagne en densité et en rebondissements, au fil des pages.

Après une première partie qui met donc en place les protagonistes et les enjeux, on passe de plein pied dans une suite sombre qui voit Lorin affronter ses pires craintes, des ennemis puissants et sans pitié. La tension va crescendo jusqu’à la dernière page d’une seconde partie qui entraîne le lecteur au cœur du monde technologique et sadique des Vangkanas. La troisième partie correspondant au dernier roman de l’édition simple ouvre une autre porte non moins chargée d’action, à la fois continuité logique et renouveau. Les secrets de Lorin et de son labyrinthe se déploient ainsi sur toute la trilogie que l’on prend plaisir à lire d’autant plus que plusieurs intrigues viennent se greffer à mesure que le voyage se poursuit. Avec une écriture tout en économie, justesse de mots et métaphores féériques, Laurent Genefort a structuré son récit de telle façon qu’il est impossible de ne pas avancer dans les pas de Lorin jusqu’au bout tant on veut à la fois savoir ce qu’il va advenir de lui mais aussi trouver les réponses aux indices semés ça et là (son labyrinthe, la véritable nature des Vangkanas…).

Roman initiatique évoluant vers l’aventure pure et dure, Les Chants de Felya recèle bien des qualités qui font de cette intégrale non seulement une parfaite immersion dans l’univers d’un auteur mais surtout un très bon roman de SF.

Les Chants de Felya – Intégrale

Laurent Genefort

Illustration : François Baranger

Editions Critic

Novembre 2013

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Clémentine Fourau

Prisonnière ravie du monde des rêves et de l’imaginaire depuis l’enfance, j’ai connu mes premiers émois littéraires avec les classiques contes et autres aventures des héros de cape et d’épées avant de glisser dans un univers encore plus riche : Histoire, mythologies, légendes, sorcellerie, Fantasy, fantasmagories… Le charme grandiose des oeuvres de Stephen King, JRR. Tolkien, H.P Lovecraft, Edgar A. Poe et Anne Rice furent autant de rencontres magiques éveillant un appétit d’ogre pour le fantastique sous toutes ses formes. Egalement férue de mangas, de films d’animation et de cinéma, j’ai vogué entre mes passions et des études d’histoire de l’art et archéologie, traînant un sentiment persistant que le Livre était ma véritable voie. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre, remplissant sans cesse le peu d’espace dans lequel je vis avec toujours plus de livres et partageant ma passion des mots et de l’image à travers mes chroniques et un travail d’écriture qui, je le souhaite, aboutira à séduire un lectorat plus large encore. Car rien n’est plus savoureux que de créer son propre univers du rêve… ou de cauchemars !

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