Chimères – Jean-Marc Ligny

Tous les trois siècles, une étoile rouge apparaît dans le ciel de Galova, illuminant d’écarlate les nuits de la planète. C’est alors que se manifestent les chimères. Redoutées par les autochtones, conjurées par les prêtres et les mages, elles ne semblent pourtant pas effrayer Feïn, l’innocent berger. Serait-il possédé ?
Au pays d’Enlall, Thazi, fille de pêcheurs, se découvre un étrange pouvoir, qu’elle va déchaîner bien malgré elle sur un seigneur local. Traqués tous deux par les autorités religieuses de leurs pays, Feïn et Thazi vont affronter une destinée plus mystérieuse encore…

Galova est en effervescence : l’Étoile Rouge arrive dans la période de son cycle où ses émanations laissent apparaître les chimères, tant redoutées par la populace. Seuls les Manes, hauts dignitaires religieux, sont protégés par leurs Doigts Verts, une pierre aux pouvoirs mystérieux. Empêtrés dans leurs préceptes stupides, ils n’ont de cesse de trouver des solutions pour lutter contre les chimères et les rendent responsables de tous les maux qui s’abattent sur eux ; y compris l’inexorable montée des eaux qui, dans certaines régions, vont engloutir des villes entières. L’un opte pour le sacrifice d’un serviteur des chimères, un autre pour un pèlerinage saint, un autre encore pour l’évacuation totale de sa ville et le départ vers l’inconnu… C’est dans ce chaos que tentent de survivre Feïn, Thazi et Phalène ; dont les destins sont intimement liés.

L’histoire est racontée du point de vue de ces trois personnages principaux et s’enchaîne à un rythme soutenu, même si certains passages religieux ralentissent un peu l’intrigue, à mon goût (surtout dans la seconde partie du livre). Plusieurs chapitres m’ont ennuyée dans cette seconde partie, certainement parce que je m’attendais à autre chose qu’à des questionnements métaphysiques parfois laborieux. La révélation finale leur donne certes un sens, mais j’ai tout de même eu de la peine à ne pas décrocher de l’histoire, me demandant à de trop nombreuses reprises où l’auteur voulait en venir avec tout ça. Une fin en demi-teinte, donc.

L’univers décrit par l’auteur est assez sympathique mais j’ai beaucoup regretté que certains aspects ne soient pas assez bien décrits. Par exemple, pour des plantes ou des animaux, l’auteur se contente de leur donner un nom original mais ne les décrit pas du tout. C’est au lecteur de se faire son idée et j’avoue avoir trouvé cela très dommage. Laisser une dose d’imaginaire au lecteur, d’accord, mais pas à ce point-là. Comme il s’agit d’éléments importants pour dissocier cet univers d’un autre plus classique, c’est d’autant plus embêtant.

Les personnages sont, eux, bien décrits et l’on suit facilement leur cheminement mental qui conduit leurs actions. Feïn m’a paru trop effacé pour un personnage aussi important dans l’histoire, mais je suppose que c’est voulu de la part de l’auteur : c’est dans le caractère du garçon. Du côté des autres personnages, j’ai trouvé un peu exagéré la description des religieux : ils sont tous vils, retors, gras, hautains, violents, portés sur le sexe, etc… il n’y a rien de positif chez eux, pas même chez quelques-uns. Je suppose aussi que c’est voulu, mais pas très cohérent, à mon sens, d’autant qu’il n’y a pas d’autre autorité pour gérer les cités. Ce sont eux qui occupent tous les postes à responsabilités : je vois mal une population supporter des gens pareils à longueur de temps sans rien dire, même s’ils sont aidés par l’armée. Ça ne tient pas.

Le style de l’auteur est globalement assez fluide, même s’il souffre parfois de quelques lourdeurs. En fait, c’est surtout dans les passages décrivant les introspections des personnages que cela se ressent ; peut-être avant tout parce qu’ils sont trop longs et, surtout, pas assez dynamiques.

Au final, une lecture en demi-teinte. J’ai apprécié la première partie, beaucoup moins la seconde : j’aurais souhaité un autre traitement pour parvenir à ce final intéressant. Je crois vraiment que le cheminement de Feïn aurait pu être beaucoup plus dynamique et, du coup, s’accorder avec le reste du roman. Les passages où l’on sent un décrochement sont trop nombreux. Lorsque j’ai refermé le livre, j’étais un peu déçue parce que le début m’avait vraiment emballée. Je ne savais plus trop quoi en penser et je n’aime pas ça, rester sur un sentiment aussi mitigé. Une lecture réservée à ceux qui apprécient de voir la métaphysique l’emporter sur l’histoire.

Chimères
Jean-Marc Ligny
Éditions Lokomodo
7,50 euros

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